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Le 14 juillet, fête nationale, que célébrons-nous en ce jour ?

On entend chaque année les gens associer « la fête du 14 juillet » à « la Prise de la Bastille », eh bien oui… mais non. Nous célébrons aujourd’hui la fête de la Fédération, Grande Fédération de la Commune de Paris qui eut lieu en 1790.

Historiquement vôtre…

Le 14 juillet 1789 a bien eu lieu la Prise de la Bastille dont nous nous souvenons aujourd’hui.

Posons tout d’abord un peu les choses 

Début juillet, suite à la Réunion des États généraux qui décident d’écrire une Constitution suivant l’exemple américain, les députés se proclament membres de l’Assemblée Nationale Constituante. Paris est en ébullition. Le 13 juillet au matin, une rumeur circule dans la capitale selon laquelle des troupes royales projetteraient de forcer les portes de la ville pour arrêter les députés. Le matin suivant, le 14, des artisans et des commerçants parisiens se regroupent devant l’hôtel des Invalides pour y récupérer des armes. Le Gouverneur cède face à la pression populaire et la foule accède à 28 000 fusils, fusils inutiles puisqu’ils n’ont pas de poudre. Rugissent alors dans la capitale des hurlements « à la Bastille ! à la Bastille ! ». En plus d’être un réservoir de poudre, la Bastille est un symbole. Le peuple a une revanche à prendre sur cette vieille forteresse qui lui rappelle tant l’arbitraire royal de l’Ancien Régime.

Cependant une garnison de vétérans et une trentaine de soldats suisses gardent encore la forteresse. Les émeutiers, environ un millier, bien que supérieurs en nombre, sont rapidement défaits par les soldats, mieux entraînés et mieux équipés. Le Gouverneur de la Bastille, le marquis de Launay, tente de gagner du temps en recevant pour le déjeuner trois représentants du peuple en colère. Ils tentent ensemble de trouver un compromis mais une explosion fait peur aux émeutiers restés dehors. Les hommes crient à la trahison et envahissent la forteresse. Les soldats tirent et font plus d’une centaine de morts.

La Prise de la Bastille

La Prise de la Bastille

Puis, deux détachements de gardes rejoignent la foule et prennent le parti des émeutiers, choix qui va les mener jusqu’à la victoire finale. Les Parisiens sont notamment dirigés par deux officiers, Élie et Hulin.

Vers 16h, les soldats suisses convainquent le marquis de brandir le mouchoir blanc pour tenter de parlementer avec les émeutiers, qui peuvent désormais entrer dans la forteresse sans aucune résistance. Ces mêmes soldats ont le temps de retourner leur uniforme pour que les Parisiens les confondent avec des prisonniers et les épargnent. En revanche, le marquis de Launay est décapité par un boucher, et sa tête, ornant une pique, est promenée dans Paris, rituel macabre encore inédit dans l’Histoire du pays. Cet acte annonce la tournure violente que va prendre la Révolution.

Pour ce qui est de la Bastille, le peuple délivre, non sans une pointe de déception, les sept « petits » prisonniers et découvre, avec stupéfaction et dégoût, les chambres spacieuses et confortables que les intellectuels tels que Voltaire ou le marquis de Sade avaient décrit dans leurs récits comme d’abominables cachots.

À Versailles, le bon Louis XVI note dans son journal « Rien. ». Rien ? Vraiment ? Il parle sûrement de sa chasse habituelle d’après le déjeuner…

Si nous ne célébrons pas la prise de la Bastille de 1789, que célébrons-nous ?

En 1880, le député Benjamin Raspail propose l’adoption du 14 juillet comme fête de la République française, comme fête nationale. Mais cette proposition ne fait pas l’unanimité.

En effet, l’État cherche, pour consolider son pouvoir, un symbole d’unité nationale, un symbole qui serait susceptible de porter en son sein, la naissance de la République. La IIIème République cherche à construire un nouvel imaginaire national. La Prise de la Bastille en est un, cependant il demeure pour les députés un souvenir sanglant et douloureux, qui ne semble pas de bon augure pour la jeune République. Les députés trouvent donc un consensus en choisissant plutôt de célébrer le 14 juillet 1790.

Que se passe-t-il le 14 juillet 1790 ?

À l’été 1790, le pouvoir royal est affaibli suite aux différentes émeutes et révolutions. Les provinces françaises créent donc des « fédérations » régionales de gardes nationaux. La Commune de Paris et, à sa tête, Lafayette décident de fonder une grande Fédération nationale avec des représentants des fédérations locales en les réunissant à Paris le 14 juillet. Le but est alors d’unifier et de codifier un pays qui manque cruellement de cohésion nationale. 14 000 soldats fédérés se retrouvent à Paris sous la bannière de leur département respectif. Se déroule alors une messe au Champ de Mars où Louis XVI jure de maintenir « la Constitution décidée par l’Assemblée nationale » : il est acclamé par plus de 400 000 Parisiens (mêmes Parisiens qui deux ans plus tard acclameront le bourreau qui lui tranchera la tête).

Le Petit Journal écrit en 1880 « (…) sa signification vraie : la reconstitution de la France, la reconstitution de son armée nationale, s’affirmant enfin à la face du pays. » Cet événement devient l’écho de la Prise de la Bastille et le glissement se fait rapidement au sein de la mémoire collective. Le Champ de Mars devient le théâtre de la fête nationale avec, en son centre, un autel dédié à la patrie, qui deviendra la base d’un culte civique. Cette journée commémore l’intervention du peuple dans sa propre histoire et symbolise la conquête de la liberté. Les festivités et le défilé militaire, les deux institutions de cette commémoration, se déroulent dans des espaces publics. C’est également une des premières cérémonies officielles qui exclue totalement le domaine religieux.

Défilé du 14 juillet à Nancy

Défilé du 14 juillet à Nancy

Aujourd’hui, 14 juillet 2016

De multiples bals, illuminations et feux d’artifice sont organisés dans l’ensemble de la France. Ces festivités peuvent devenir des outils politiques : en 2007, pour la première fois, des soldats des vingt-sept pays européens défilent lors du défilé militaire. En 2012, quatorze pays africains dont l’histoire était associée à l’histoire française, ont défilé pour célébrer leur indépendance. De 2007 à 2009, des centaines de « héros » et de « victimes » anonymes ont été invités à la réception aux jardins du Palais de l’Élysée après le défilé militaire, mesure supprimée par le président Nicolas Sarkozy.

Feu d'artifice du 14 juillet 2012 à Paris

Feu d’artifice du 14 juillet 2012 à Paris

La fête nationale du 14 juillet est donc un événement fédérateur, festif et populaire qui s’inscrit dans une tradition vieille de plus d’un siècle. La mémoire collective a associé le 14 juillet à la Prise de la Bastille, car cette forteresse prise d’assaut par le peuple en colère est un symbole de cohésion nationale. Cependant, le gouvernement a choisi de commémorer un événement, certes fédérateur, mais qui symbolise l’ordre et non la révolution ; événement qui eut lieu à peine un an plus tard et qui demeure aujourd’hui beaucoup moins présent dans la mémoire des Français.

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