Portraits

Amnesty International, un combat, des vies

« Amnesty International ? Ah les gars en jaune qui demandent des thunes dans la rue ? » « Mais non, ceux qui se battent pour les droits de l’homme ». Ok bon, on y est presque, mais Divague s’est renseigné pour vous auprès d’une militante pour vous permettre d’enrichir un peu la conversation.

Un petit point sur Amnesty International

1961, Peter Benenson, un avocat anglais, indigné par la condamnation de deux étudiants portugais pour avoir prôné la liberté sous la dictature de Salazar, lance un appel dans The Observer. Cet article est repris dans le monde entier, les gens se mobilisent, Amnesty International est crée.

Aujourd’hui l’organisation compte plus de sept millions de militants qui se battent pour promouvoir et faire respecter les droits de l’homme selon la DDHC de 1948. Indépendante de tout gouvernement, elle peut agir partout et en toute liberté, toujours dans le respect de la loi. Leurs principales actions consistent à enquêter (grâce à toute une équipe d’experts), à alerter et à agir. Il existe aujourd’hui des sections dans quatre-vingt dix pays. C’est une organisation qui possède un fonctionnement démocratique, les décisions étant le résultat de l’adéquation entre les bénévoles et les salariés.

En 1977, Amnesty International reçoit le Prix Nobel de la Paix.

« 10 jours pour signer »

Vous avez peut-être croisé, au détour d’une rue ou d’une page internet, ce slogan au cours de la semaine. Cet événement s’étend du 2 au 11 décembre. Il a lieu tous les ans autour du 10 décembre, le jour des droits de l’homme : pendant dix jours, les quatre-vingt dix sections d’Amnesty International se battent ensemble pour dix causes, dix personnes dans le monde qui ont besoin de soutien dans les plus brefs délais. Le but est alors de faire signer des pétitions adressées aux différents gouvernements par le plus de personnes possible. Un lien pour plus d’informations : https://www.amnesty.fr/actualites/du-2-au-11-decembre-rendez-vous-pour-10-jours-pour

Cette année, Amnesty a choisi de défendre, entre autres, Edward Snowden, que l’on ne présente plus, Zeynab Jalalian, une Iranienne qui milite pour les droits de la minorité kurde et qui a été condamnée à perpétuité ou encore Fomusoh Ivo Feh, un jeune étudiant camerounais qui a été condamné à dix ans de prison pour avoir envoyé un sms.

Dans ce cadre, ces 9 et 10 décembre, une poignée de bénévoles ont bravé le froid pour les idées auxquelles ils croient, et ont visité, à bord d’un bus itinérant, des collèges, des lycées ou encore des universités dans Paris.

Dessin d'un militante, signé par les étudiants de Paris 13 affiché dans le bus itinérant

Dessin d’une militante, signé par les étudiants de Paris 13 et affiché dans le bus itinérant.

À la rencontre d’une militante, Léa Antoni

En plus d’être agréable et à l’écoute, Léa est également très engagée, portant de multiples casquettes au sein de l’organisation. Elle a accepté de répondre à nos questions :

  • Peux-tu te présenter en quelques mots ?

« J’ai 27 ans, je fais partie d’Amnesty International depuis quatre ans maintenant. J’ai découvert cette organisation lorsque j’étais à la fac, où j’ai commencé par étudier la sociologie et la science politique pour ensuite m’intéresser au droit international. J’ai commencé par voir quelques affiches, puis je me suis renseignée, et j’ai assisté à une réunion sur le commerce des armes qui m’a tout simplement passionnée. Cette réunion avait pour objet la signature d’un traité concernant le marché des armes, et ce même traité a été signé quelques semaines plus tard. »

  • Peux-tu alors nous expliquer pourquoi tu es entrée, puis restée à Amnesty ?

« J’ai rencontré des gens qui partageaient les mêmes valeurs et les mêmes convictions que moi. Je voulais être diplomate pour faire la paix dans le monde quand j’étais plus jeune mais je me suis rendue compte à quel point ce milieu était corrompu, ne correspondait pas à ce que je voulais ; j’ai donc décidé de faire la différence à mon échelle. Je ne pouvais pas rester inactive, j’étais frustrée face aux injustices autour de moi. Amnesty s’intéresse à de nombreuses thématiques, je me sens utile ici, voilà pourquoi je suis là aujourd’hui. »

  • Quelle place occupes-tu au sein de l’organisation ?

« Je suis l’ancienne responsable de l’antenne jeune sur Paris, aujourd’hui responsable du relais-jeune ainsi que responsable de la commission arme. J’organise notamment des ateliers dans les classes, pour sensibiliser les jeunes et surtout pour les informer. On donne également des outils-pour-agir à nos militants, je leur explique comment défendre nos combats une fois qu’ils se retrouvent seuls face à des oreilles plus ou moins attentives. »

  • Pourrais-tu nous illustrer l’effectivité des actions d’Amnesty ? Quelques exemples ?

« Pour commencer, on peut entrer en contact avec les représentants du Ministre des Affaires étrangères pour essayer d’influer sur telles ou telles causes, même s’ils restent foncièrement des diplomates… Les avancées sont significatives même si ça reste un travail de longue haleine, travail qu’effectue notre pôle plaidoyer. Mais j’aimerais insister sur le fait que notre combat est un travail de terrain, un travail de militant. Les « 10 jours pour signer » de 2015 ont abouti à la libération de cinq personnes sur les dix défendues. »

  • Peut-être un combat qui t’a particulièrement touchée ?

« Sûrement celui d’Albert Woodfox. Cet homme a été condamné pour braquage, c’était un petit délinquant des rues. Il y a eu un meurtre dans la prison où il était détenu. Le faux témoignage d’un homme condamné à perpétuité, victime de chantage de la part des autorités, accuse Albert Woodfox et deux autres prisonniers, Robert King et Herman Wallace (ceux que l’on nomme les Trois Angola) pour ce meurtre. Ces trois hommes appartenaient au mouvement des Black Panther. Ils ont été condamnés à l’isolement. Robert King est sorti après trente-et-un ans, Herman Wallace après quarante-et-un ans et Albert Woodfox après quarante-cinq ans, le 19 févier 2016. En sortant il nous a remercié pour nos lettres de soutien qui l’ont aidé à tenir et à ne pas devenir fou. Je voulais vraiment qu’il sorte. Nous l’avons défendu dans le cadre des « 10 jours pour signer » de 2015. Il est venu à Paris il y a environ trois semaines, il a fait un conférence publique. Je me suis rendue compte que je pouvais réellement changer la vie de quelqu’un. »

Les trois Angola, au centre Albert Woodfox.

Les trois Angola, au centre Albert Woodfox.

  • Pourtant, certaines causes doivent être extrêmement frustrantes et décevantes, en as-tu un exemple ?

« Oui, je ne faisais pas encore partie d’Amnesty, mais on m’a raconté. C’est le cas le Troy Davis, un homme condamné à mort alors que tout le monde savait innocent. Tout le monde était sûr qu’il serait gracié définitivement. Il a été exécuté le 21 septembre 2011. Les réactions ont été très fortes. »

Des militants tenant un portrait de Troy Davis devant leur visage lors d'une manifestation.

Des militants tenant un portrait de Troy Davis devant leur visage lors d’une manifestation.

  • Un petit mot pour encourager d’éventuels indécis ?

« Devenir membre d’Amnesty est vraiment une expérience humaine fantastique, ça apporte énormément de choses. J’étais très timide en arrivant, ça forme le caractère, j’ai été obligée de tenir des discours, des plaidoyers, ce qui est très formateur. Sur le plan humain c’est aussi très enrichissant, on apprend à défendre nos idées, à défendre ceux qui en ont besoin. C’est gratifiant de voir que nos actions peuvent avoir des conséquences directes sur les conditions de vie des gens : même s’ils ne sont pas libérés, les prisonniers subissent souvent moins de mauvais traitements ou sont mieux nourris puisque leurs geôliers savent qu’Amnesty les regarde. De plus, d’un point de vue professionnel, c’est intéressant pour ce qui est de la gestion, de l’organisation d’événements. Ça m’a aidé notamment pour trouver des stages. »

  • Que penses-tu de l’engagement aujourd’hui ?

« Je pense qu’il n’y a pas plus d’injustices aujourd’hui, mais simplement il est beaucoup plus difficile de les ignorer, au vu du nombre de moyens de communication que nous avons. On ne peut ignorer ce qui se passe à l’autre bout du monde. Tout nous concerne aujourd’hui. L’injustice n’est pas plus présente, elle est plus flagrante. »

Grâce à cette rencontre, j’ai appris énormément de choses, j’ai parlé avec quelqu’un qui se bat pour ses idées, pour ses valeurs. Le premier de nos devoirs est de ne pas fermer les yeux, de ne pas rester immobile, et, de chaque jour et à notre échelle, contribuer à rendre ce monde un peu meilleur. Le mien est d’informer, alors ici j’écris, je vous écris.

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