Arts Littérature

Bandes dessinées pour un automne parfait

Quand on dit “rentrée”, tout un chacun pense à des bancs couverts de graffitis et à la pluie sur le chemin de l’école, semé de feuilles. Plus rares sont ceux qui y associent le mot “littéraire”. Et parmi ceux-là, plus rares encore sont ceux qui pensent en fait “bandes dessinées”. Pourtant, le mois de septembre est aussi une période de renouvellement sur les étagères des librairies BD. Divague a sélectionné pour vous cinq ouvrages dans trois catégories, sans hiérarchie.

Catégorie Roman Graphique

Boulevard des SMS, Brigitte Fontaine et Alfred, CASTERMAN

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Brigitte Fontaine est poète, Alfred dessinateur. L’œuvre poétique transformée ici en planches est une ode contre la mort, qui mêle mystique, profondes vérités sur la nature humaine et divagations. Par des formulations cinglantes, à la limite du cynisme, les textes de Brigitte Fontaine ponctuent les dessins d’Alfred de notes sur la vie, comme des maximes. Le lecteur se trouve ainsi constamment en train de faire le lien entre textes et dessins, inextricables, dialogue inattendu et pourtant évident, à la fois poignant et drôle. Dès le titre, la connivence est en place, et elle ne lâche plus le lecteur, qui se trouve entraîné dans les pages à forte dominance blanche, dans lesquelles l’image se construit autour du texte et lui laisse une place propre, de même qu’au vide. Simple, presque trop.

 

Amelia Première Dame du Ciel, Arnü West, STEINKIS

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Le mot qui résume le mieux le travail d’Arnü West est “nuance”. Dans cette bande dessinée, chaque planche est en soi une nuance, nuance de couleurs, nuance de texte, nuance de trait de crayon. West raconte ici l’histoire d’une femme, Amelia Earhart, qui a marqué l’aviation de nombreux records et qui est pourtant totalement inconnue de la population. Alors qu’elle ne commence l’aviation qu’en 1920, elle marque dès 1922 l’Histoire d’un record d’altitude. Par la suite, elle décide de mener une vie d’aviatrice, aventureuse, intrépide, insaisissable. Ainsi, West se plonge dans les frontières mouvantes des années 1920, entre l’entre-deux-guerres, le féminisme naissant, l’aventure et la vie amoureuse précipitée par la situation de crise, à la recherche de ce qui fait l’essence d’une vie : la liberté.

Catégorie Labels Indépendants

Trashed, Derf Backderf,  ÇÀ ET LÀ

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Derf Backderf s’inspire de sa vie pour écrire. Après Mon ami Dahmer, où il racontait l’histoire d’un camarade de lycée bizarre devenu un des plus grands tueurs en série des Etats-Unis, il nous propose, avec Trashed, de découvrir sa vie d’éboueur. Dans ce récit trash, comme l’indique son nom, Derf Backderf nous livre la vie de nos poubelles, avec un trait de crayon presque caricatural et un noir et blanc aux reflets bleutés qui accentue la cynique machinerie de ce qu’on met au rebut. Tout au long du scénario défilent les saisons, les machinations, les petits complots et la tyrannie de ce qu’on ne pensait exister qu’en Italie : la mafia des poubelles. Un univers totalement à part, un sujet totalement à part. Et surtout, un univers habituellement au placard. Voilà qui résume bien l’ensemble de l’œuvre de Derf Backderf.

Promenade, Tim, LAPIN EDITIONS

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Timothy ‘Tim’ Hannen est dessinateur. Il aime explorer le monde, et surtout la ville, et plus philosophiquement, il aime explorer le quotidien. Son côté dessinateur ressort dans Promenade, qui mêle les couleurs et les univers dans des planches en case unique, grande, et sans texte. Chaque page est dominée par une couleur, dans laquelle les personnages se détachent par contraste. Chacune décrit aussi un univers, plus ou moins urbain. Davantage que scénariste, Tim est ici conteur, mais un conteur sans paroles, se fiant à son trait de crayon et à son génie des teintes. Parfois criardes, tantôt flashy, et quelquefois sombres, les couleurs s’alternent et font ressortir les détails. Une BD tout à fait dans la continuité de son travail dans Quotidien Survival, chez Lapin, et Urbex, chez Flammarion-Arthaud.

Catégorie Trimestriel

La revue dessinée

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La revue dessinée existe depuis automne 2013. Avec ce numéro de rentrée, elle fête donc officiellement ses trois ans. Un pari réussi pour les créateurs, donc, qui tentaient avec ce trimestriel un défi inédit : allier journalisme d’investigation et dessin. Entre rubriques reconduites, collaborations ponctuelles et sujets inédits, la revue dessinée rassemble plusieurs dessinateurs aux styles différents. Ainsi, ce numéro parlera de Macron, des migrants de Calais, des médecins du monde, entre roman graphique et caricature. Du fond sérieux sur des sujets souvent un peu en retrait de l’actualité brûlante, qui permettent un recul analytique. Avec ses éclairages et ses reportages, la revue dessinée apporte un angle à part, sur un temps long. On est ici bien loin du journal télévisé et des chaînes d’information en continu. A lire sans modération.

Lucile Carré

En recherches sur l'imbrication sphère publique sphère privée à travers la prison, j’aime écrire sur tout ce qui a priori n’intéresse personne (genre les prisons, le big data et la santé). J’aime beaucoup la polémique, mais je sais aussi être sérieuse. Quand je veux. Intéressée par beaucoup, beaucoup trop de choses, je ne dors pas, ce qui me permet de chiner plein de trucs cools sur le web, à l’extérieur, ou encore dans les arts. En bref, je ne m’interdis aucun domaine

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