Arts Expositions

Barockissimo : le rock’n’roll du XVIIe siècle s’invite au CNCS

Divague vous emmène découvrir le Centre National du Costume de Scène (CNCS). Prêts à voyager dans le temps ? Alors ouvrez grands vos yeux, et laissez-vous porter à travers les différentes époques.

Petite présentation des lieux

Situé à Moulins, le CNCS était à l’époque de Louis XIV une caserne militaire de cavalerie, la Caserne Villars (lui-même maréchal de France, rien que ça !). Le rez-de-chaussée accueillait les chevaux dans d’immenses écuries au plafond voûté tandis que les soldats logeaient chez l’habitant.

Mais, sacrilège ! En 1980, la destruction de cette grande bâtisse débute. Rien ne semble arrêter sa démolition. Vraiment ? Et pourtant… Classé monument historique en 1984, l’escalier à double révolution semble être la clef pour sauver la caserne (on peut le remercier) ! On rembobine et c’est reparti pour dix ans de travaux.

À la place de l’aile arrachée, un entrepôt servant à stocker les costumes est construit par Jean-Michel Wilmotte (connu aussi pour avoir aménagé les appartements à l’Elysée du président François Mitterrand). Il dessine un bâtiment sans fenêtre, privant ainsi l’intérieur de lumière, susceptible de détériorer les vêtements. Wilmotte propose que la bâtisse soit enduite de béton et recouverte de mailles d’acier ; un clin d’œil au passé militaire du bâtiment en représentant la côte de maille portée par les cavaliers, mais aussi pour faire référence au tissu des costumes conservés aujourd’hui dans l’entrepôt.

En 2006, le CNCS ouvre ses portes. L’opéra de Paris est le premier à lui envoyer des costumes (et pas qu’un peu, 5000 pour être précis). Arrivés dans ce centre, tous les costumes suivent un chemin spécifique. Ils sont tout d’abord mis dans une poche remplie d’azote. Cette protection permet d’éliminer toutes les petites bêtes qui auraient élu domicile sur les fibres du tissu, et d’éviter la contamination des autres vêtements.
Les costumes sont ensuite mis sur des cintres qui épousent la forme de chaque vêtement, à l’intérieur d’une penderie fermée par des portes vitrées où la température est réglée sur 18°C pile ! Les costumes plus fragiles ou trop lourds sont quant à eux rangés dans un tiroir (de la même manière que les vêtements liturgiques au sein des sacristies).

Tous les textiles sont très difficiles à conserver. Les costumes de scène sont censés vivre uniquement le temps d’une représentation et ne sont donc pas faits pour perdurer. C’est d’ailleurs pour cette raison que les règles de conservation sont très strictes. La mission du CNCS ? Conserver et exposer chaque costume qui lui est envoyé. Challenge accepted !

Le baroque ressuscité

Les Arts Florissants, association créée en 1979 par le chef d’orchestre franco-américain William Christie, décide de faire revivre la musique baroque en intégrant les instruments de l’époque au sein d’une mise en scène moderne et décalée.
L’exposition Barockissimo nous présente toute la panoplie de costumes réalisée et imaginée par Les Arts Florissants. Chaque salle nous transporte au cœur d’une époque ou d’un univers différent, nous laissant ainsi être surpris et émerveillés devant tant d’originalité et de créativité. Chapeau bas les costumiers !

« Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage »

Faites place au Retour d’Ulysse dans sa patrie (Il ritorno d’Ulisse in patria) de Monteverdi (1567-1643) ! Ulysse, héros victorieux de la guerre de Troie, revient de son voyage et accoste avec son équipage sur les terres d’Ithaque. Ne voulant pas éveiller les soupçons sur sa véritable identité, il s’introduit dans le palais déguisé en vieillard mendiant. Minerve (déesse de la guerre, de la sagesse et de la stratégie) insuffle à Pénélope l’idée d’organiser l’épreuve de l’arc. Ulysse est le seul à réussir cette épreuve et massacre tous les autres prétendants.

Pénélope attendait Ulysse depuis une dizaine d’année déjà, et reste plus fidèle que jamais envers celui qu’elle aime. Vêtue de noir, son costume fait écho à sa douleur. Les cercles sur sa robe symbolisent à la fois la cible qu’elle constitue pour tout le royaume mais également celle que les prétendants doivent atteindre lors du concours.

Les costumiers utilisent des codes couleur pour permettre aux spectateurs d’identifier rapidement les personnages de loin. Par exemple, Neptune, Dieu de la mer et ennemi d’Ulysse porte un vêtement bleu qui symbolise la couleur de l’eau mais souligne aussi son caractère sombre et mauvais ; tandis que Jupiter, Dieu du Soleil, est vêtu d’un habit jaune, accentuant la brillance de l’astre et l’éclat de la lumière qu’il propage autour de lui.

En arrière-plan, le costume d’Ulysse jeune s’oppose au costume d’Ulysse déguisé en mendiant en premier plan.

Hippolyte et Aricie, la tragédie lyrique de Jean-Philippe Rameau (1683-1764)

Hippolyte, fils de Thésée, est épris d’Aricie, jeune princesse étrangère. Ayant appris la mort de son mari, Phèdre, l’épouse de Thésée se décide à avouer ses sentiments à Hippolyte. Elle lui propose de partager avec elle le royaume mais Hippolyte refuse par amour pour Aricie. Folle de rage, Phèdre tente de se suicider mais Hippolyte arrive à temps pour lui arracher l’épée des mains. Thésée, revenu du royaume des morts, surprend son fils avec l’épée dans les mains et le soupçonne alors d’avoir séduit sa belle-mère. Il ordonne à son père, Neptune de le tuer. Rongée par la culpabilité, Phèdre avoue tout à son mari avant de se suicider. Aricie, quant à elle, pleure son amour perdu. Mais Diane, déesse de la chasse, veille sur elle et Hippolyte, et lui promet leur bonheur. Hippolyte revient alors des Enfers et rejoint Aricie dans la forêt pour célébrer leur amour.

Les Parques, divinités maîtresses de la destinée des hommes, font leur apparition dans cette pièce. Ces trois sœurs sont généralement représentées en train de tisser la laine, chaque fil symbolisant la vie des êtres humains. Suivant leur décision, elles peuvent  trancher le fil et accueillir ainsi le mort dans le monde des Enfers.

Le costume réalisé à leur effigie est une robe de trois mètres quinze de large (oui, elle prend légèrement de la place sur scène), portée par trois hommes dont l’un était aveugle. Le costumier a choisi de ne faire qu’un vêtement pour les trois acteurs, permettant au chanteur aveugle de se passer de canne sur scène et de se diriger avec plus de facilité.

Le trésor caché de la dernière salle, attention les yeux

Les Indes galantes, de Jean-Philippe Rameau, jugé démodé et « kitsch » a été rejoué à l’opéra Garnier en 1999.

Le décor de cette pièce se compose essentiellement d’une sphère coupée pour représenter les quatre parties du monde. Lorsque le rideau s’ouvre, les personnages annoncent à tour de rôle les différents univers dans lesquels le spectateur va être emmené : l’Empire Ottoman pour « Le Turc généreux », Le Pérou pour « Les Incas », La Perse pour « Les Fleurs » et L’Amérique du Nord pour « Les Sauvages ». Sous les ordres d’Amour, les fils de Vénus s’envolent loin de l’Europe, découvrir ces contrées lointaines où quatre péripéties amoureuses seront relatées.

On vous laisse sur une belle « note » avec « Les Sauvages » ! Savourez ce petit bijou auditif et visuel qui, on le souhaite, vous comblera. Nous, on est restés complètement béats…

Marion Monin-Iacono

Je suis en étude d'histoire de l'art mais encore indécise quant à mon choix d'avenir. Mon physique est plutôt avantageux puisque la nature m'a affublée des pouces de Megan Fox (jaloux s'abstenir). En revanche, elle m'a également fait don d'un bon accent lorrain ou de beauf (à ta guise). Je suis passionnée par le 7ème art et surtout par l'œuvre monumentale que représente Dikkenek. Ma plus grande déception restera le départ de Diam's du monde de la musique...

1 Comment

  1. Un article dynamique, drôle et pédagogique! La lecture est fluide et plaisante. On se laisse guider dans le musée pour finir par un extrait décalé de Rameau. Un véritable enchantement qui redonne la pêche. Impossible de ne pas sourire à la lecture et de rire de bon coeur devant la vidéo. Bravo pour la rédaction subtile et synthétique de l’article. Comme j’ai visité ce musée, je m’y suis promenée à nouveau en suivant tes pas. 🙂

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