Musique

Baxter Dury, chanteur au cœur blessé

Baxter Dury revient tout en finesse et gravité avec son cinquième album Prince of Tears. Toujours accompagné des deux superbes chanteuses Madelaine Hart et Rose Elinor Dougall, le crooner anglais se révèle chanteur au cœur blessé dans cet album qui évoque sa récente rupture amoureuse. Mais promis, Prince of Tears n’est pas triste et ne vous sapera pas le moral. Listen.

« Je suis venu te dire que je m’en vais et tes larmes n’y pourront rien changer »

Bel adage pour illustrer cet album dont la naissance a été motivée par la douloureuse rupture amoureuse du chanteur. Justement, celui que l’on compare de plus en plus – et un peu trop vite ? – à Serge Gainsbourg, a en effet distillé dans son oeuvre des références à son histoire et au-delà, ce sont surtout des sentiments que l’on découvre, oscillant entre mélancolie et humour, gaieté et grisaille. Toutefois, cet album « n’est pas autobiographique »; « je me contente de disperser quelques morceaux de vérités brisés », avoue le chanteur.
Prince of Tears est un album de souvenirs amers, une peinture de sentiments d’un amoureux écorché, mais il n’en est pas sombre pour autant.

« Je pense qu’il est plus honnête que sombre. Tout dépend de qui l’écoute. C’est comme lors d’une séance de psychanalyse. Si je montre une tache sur une feuille, certains verront un bébé mort, d’autres un papillon. Cela dépend de votre propre état d’esprit. Il a peut-être plus un côté sordide, un peu glauque mais certainement pas sombre. »

Une recette améliorée

Refusant de faire tremper sa musique dans un pathos lancinant, Baxter Dury reste fidèle à son univers musical marqué par des mélodies électroniques rebondies et entêtantes, soutenues par des chœurs féminins extrêmement présents, à l’image du titre Miami qui ouvre l’album. Cependant, un instrument jusqu’alors peu présent des précédents opus fait une entrée magistrale au répertoire Dury : les violons. D’une mélancolie enivrante, leurs mélodies sont en total contraste avec les paroles évoquant une brutalité non dissimulée et revendiquée.

I’m the turgid fucked up little goat
Pissing on your fucking hill
And you can’t shit me out
‘Cos you can’t catch me
‘Cos you’re so fat
So fuck ya
I’m Miami

Malgré une étreinte sublime des corps et des couleurs, le clip est froid, Baxter Dury nous fixe de ses yeux noirs, nous provoque avec ses « fuck you », nous nargue avec ses déhanchés.

Pour la première fois jouées par un orchestre, les chansons sont parfois légèrement moins pop, mais elles laissent place à une nouvelle dimension non moins déplaisante : la gravité. La preuve en est avec Porcelain : l’angoisse ascendante des synthétiseurs et des violons vient se frotter avec la mélodie de la basse qui elle, reste la même tout au long du titre.

Non seulement l’orchestre crée une atmosphère nouvelle et moins artificielle, mais le chanteur anglais précise également : « ça donne à mes chansons un côté cinématographique. C’est comme si mes failles personnelles étaient projetées sur un écran de cinéma. »

Un album à trois voix

Le jeu entre la voix rocailleuse de Baxter Dury et celles, cristallines, de Madelaine Hart et de Rose Elinor Dougall, continue à être aussi séduisant que sur les précédents albums. Le trio Mungo, Listen et Almond Milk (composé en collaboration avec Jason Williamson) regorge de vitalité ; le duel des graves et des aigus laisse éclater des sonorités vives, enrobées des partitions amples et palpitantes des instruments.
Letter bomb est clairement un objet non identifié : comme une balle de flipper, ça vous prend par surprise, accélère par-ci, ralentit par-là, et ça se finit aussi sec que ça a commencé.
Le calme revient avec Oi, une chanson adressée au jeune garçon qui avait cassé le nez du petit Baxter Dury au cours d’une bagarre. À coups de batterie, de pianos électroniques et de « Oi, do you remember me ? », Baxter Dury règle ses comptes en chanson.
August et Wanna sont les deux titres mélancoliques de cet album lumineux, comme deux larmes sur le visage si tendre et si souriant de Baxter Dury. August – « le mois le plus douloureux que j’ai jamais vécu » – est émouvant par son introduction au piano et par ses paroles éloquentes « teardrops keep falling… ».

Wanna est dans le même ton, la voix de Baxter Dury est encore plus cassée et plaintive, sublimée par des violons et un piano empreints eux aussi d’un certain vague à l’âme.
L’ultime titre Prince of tears est selon moi le plus réussi de l’album. Avec un parlé-chanté des plus séduisants, des « everybody loves to say goodbye » sensuels et alléchants, des violons comme des vagues venant caresser deux corps se déchirant, Prince of tears est à l’image de l’album, à l’image de l’oeuvre de Baxter Dury. Et oui, dear Baxter, quand il s’agit de se dire au revoir de cette façon, yes indeed, everybody loves to say goodbye….

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