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Brigitte, femmes je vous aime

Le duo français Brigitte a sorti son cinquième album en novembre dernier, Nues. Fidèles à elles-mêmes, les deux jeunes femmes s’amusent toujours autant avec les mots, les mélodies, les voix. À l’occasion d’un passage à Nancy pour un concert joué à guichet fermé à l’Autre Canal le 3 février, Divague revient sur Nues, heureuse célébration de la femme toute en puissance et sensibilité.

Femmes aux mille visages

Pourtant écrites et composées bien avant que tout s’échauffe à coup de tribunes et de lettres ouvertes, les chansons de Nues ne peuvent s’écouter sans s’accompagner d’une réflexion sur l’image et la place de la femme dans nos sociétés. Le titre de l’album annonçait déjà la couleur, et Brigitte de préciser au micro d’Augustin Trapernard dans Boomerang sur France inter : « C’est pas Nues dans le sens de nudité mais dans le sens de vérité, […] c’est sincère, c’est vrai, c’est fragile, c’est vulnérable. »

Dans un contexte où les femmes sont aujourd’hui plus que jamais divisées entre le droit à dénoncer et le droit à être importuner – raccourci simple je le concède mais ici nécessaire – écouter un album qui projette la figure féminine comme beauté multiple et paradoxale fait tout simplement du bien. Puissantes, blessées, amoureuses, séduisantes, jalouses, provocantes, rancunières et bien plus encore. Au delà de tout féminisme revendiqué, Brigitte rend hommage au sexe féminin avec une finesse musicale et littéraire présente chez peu d’artistes.

Palladium, titre phare, raconte le réconfort apporté à une amie qui s’est faite trompée par son mec. Sujet peu glorieux pourtant traité avec élégance et légèreté. Et le refrain déjà en boucle dans nos têtes :

Comme toujours ça passera, ça va, ça vient, ça s’en va.
Dans deux ans on en rira toi et moi.
Viens, je t’emmène au Palladium,
On boira du rock’n’roll sur des vieux hits à la gomme.

Le clip de la chanson offre un panorama de femmes de tout âges et de toutes couleurs ; bref c’est de toute beauté.

 

S’ensuit Sauver ma peau, femme malheureuse en amour décidant de « voler la clé des champs et jouer les filles de l’air ». La basse et le piano anime ce groove qui ne peut que vous prendre et vous faire danser.
La morsure nous amène sur des allures de musique orientale. Cette fois, c’est le portrait d’une femme à poigne qui est tiré. C’est elle qui mène la danse et rien ne saurait trahir son pouvoir. La trompette et la flûte traversière, déchirées et vibrantes derrière les voix de Brigitte puis du choeur d’enfants plongent dans une ambiance entre désert baigné de soleil et obscurité de cette femme « violente comme du mercure ».

 

Des paroles léchées

La force de Brigitte est de parvenir à se saisir et s’approprier la langue française pour la parfaire et la polir de poésie. Sont alors créées des titres comme Le goût du sel de tes larmes, petite touche mélancolique si bien écrite de l’album.

Le goût du sel de tes larmes agite mon cœur plus fort que tout.
Il me fait louve vengeresse et Diane.
Et je t’aime, et je lèche tes joues,
Et ton cou, et je mange les voyous.
Mon amour.

Le monde est fou, mais il en vaut la peine.
L’amour c’est nous, les rêveurs, les magiciennes.
Tant que je tiens debout, je m’inventerai des ailes.
Des chants du Bayou, pour défendre ton Eden.

Les notes de la harpe perlent dans nos oreilles comme perlent les mots dans la bouche de Brigitte.

 

Mon intime étranger relève du même ton mélancolique ; l’absence d’un père que des « impostures qui dansent » ne sauraient remplacer et que le temps ne saurait combler.

 Mais jusqu’à quel âge vais-je manquer de tes bras ?

 

La figure féminine libre et provocante est de retour avec Zelda, hommage rock’n’roll à Zelda Scott Fitzgerald, cette femme à la vie mouvementée, cocktail d’alcool et d’hommes, de fêtes et de paillettes, d’écarts et d’excès. La basse et la batterie contrebalancées par les voix d’enfants et le xylophone révèlent la vie si contrastée de Madame Scott Fitzgerald.

Tomboy manqué dessine les traits d’une femme voulant être désirée mais échappant toujours. Faite d’un « corps en bagarre » et d’un « cœur à papa », cette tomboy manqué fait la lumière sur sa dualité au travers des voix sexy et on ne peux plus féminine de Brigitte.

Comme la ville de Paris qui oscille entre « des palaces et des poubelles», à la fois « indocile et fatigante », la chanson Paris oscille brillamment entre le rythme des couplets, musclé et triplé par le piano, la guitare et la batterie et une mélodie soyeuse jouée par la trompette, le piano et la flûte traversière au cours d’une bulle mélodieuse.

La baby doll de mon idole est une sorte de réécriture de La groupie du pianiste de Michel Berger, artiste apprécié du duo. Ici, la groupie a troqué son pianiste pour un guitariste, mais c’est le même acabi: chez Michel Berger, « elle passe touts ses nuits à l’attendre pour un mot, pour un geste tendre » ; chez Brigitte, la baby doll est plus toride et affirme que « toutes les nuits, j’ai rêvé du cuir de ton blouson/Et d’enfoncer mes ongles dans tes cheveux longs ».

 

Nues se clôt comme il a commencé, avec brio. Insomniaque, avec sa trompette et ses voix crémeuses, s’amuse à mettre en scène l’insomnie avec humour tandis que le piano de Carnivore se montre désenchanté, et les voix sont pénétrées d’une plainte respirant un appel à l’amour.

Nues est une ode à la femme, une véritable tornade musicale envoûtante. Brigitte berce par ses voix puissantes et cristallines, par ses paroles imagées et romantiques, par ses mélodies flottantes et ondoyantes.

Rendez-vous à L’Autre Canal le 3 février : http://lautrecanalnancy.fr/BRIGITTE-o-COMPLET

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