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Brimstone : le coup de poing dans tes tripes

Sorti en France le 22 mars 2017, Brimstone est une combinaison drama-thriller-western, concoctée par Martin Koolhoven, scénariste et réalisateur. Ce film néerlandais regroupe plusieurs bons acteurs dont Dakota Fanning, et ce n’est pas pour nous déplaire. Lors de la Mostra de Venise 2016, il avait été nominé à deux reprises, une pour le Lion d’Or et une pour le Prix Spécial du Jury. 

On vous plonge dans l’ambiance : les Etats-Unis et plus précisément la fin du XIXème siècle. Elisabeth, ou plutôt Liz est une jeune femme muette qui vit paisiblement avec sa petite famille, quand un jour débarque un mystérieux révérend. Le regard d’effroi de Liz nous indique tout, elle connait cet homme et n’est pas heureuse de le revoir. En vérité, cet homme la traque depuis son enfance. Explications.

Un construction originale

Le film est découpé en quatre chapitres « Revelation » (Apocalypse), « Exodus » (L’exode), « Genesis » (Genèse) et « Retribution » (Châtiment). Rien que les titres, ça annonce la couleur.

Le premier chapitre est vraiment intéressant, car le scénario prend soin de ne nous donner que très peu d’éléments. Une intrigue insoutenable, pleine de mystères et d’incompréhensions. On perçoit la tension entre Liz et ce révérend, mais on ne distingue pas encore la complexité de leur histoire.

Le second et le troisième chapitre sont des retours en arrière, pour finir sur le dernier qui reprend la suite du premier chapitre, Apocalypse. Une minutie a été portée à cette construction, de part ses titres et sa chronologie, vous l’aurez compris.

De plus, malgré notre avancée dans l’histoire de ces deux personnages, on ne sait pas le moins du monde comment cela va se terminer. Impossible de deviner une fin à cette histoire toute particulière.

Un choix d’acteurs judicieux

En plus de cette construction originale, Martin Koolhoven n’a pratiquement choisi que de très bons acteurs.

On retrouve la belle Dakota Fanning, dans le rôle de Liz, qui est un rôle muet et qui demande donc un jeu d’acteur encore plus convaincant, ce qu’elle fait à merveille. Son regard parle à lui seul : du regard inquiet et effrayé au regard froid et perçant, elle est plus que convaincante.

Guy Pearce joue le rôle du révérend. Un rôle qui a dû lui demander beaucoup de travail vu la dureté du personnage. Dans son rôle, Pearce est un personnage extrêmement noir, il est imposant de part sa posture et sa voix. Littéralement marqué par des cicatrices, mais aussi par la vie, son visage exprime la haine et donne facilement des frissons dans le dos

On pourra noter aussi l’impressionnante performance de deux toutes jeunes actrices de quinze ans et de neuf ans. La première, Emilia Jones, interprète le personnage de Liz plus jeune. Malgré certaines scènes dures et violentes, Emilia donne à son personnage un courage et une force énorme. Il se pourrait bien qu’elle soit une actrice à observer de près.

Mais la plus grande surprise est le jeu d’acteur de la petite Ivy George, qui vers la fin du film, va jouer une scène extrêmement violente pour une petite fille de son âge. Une scène qui aurait pu faire peur à plus d’un enfant.

Petit plus, deux acteurs de Game of Thrones se trouvent dans ce film : Kit Harrington et Carice van Houten !

Une distance marquante avec le spectateur

La bande-annonce du film présentait des images quelque peu violentes, voir un peu trash. Cependant, c’est d’autant plus violent moralement que visuellement. Beaucoup de scènes sont glaciales, presque insoutenables psychologiquement.

Une distance se crée naturellement : on est choqué, effrayé, mal à l’aise, ou même en colère mais on ne joue pas avec le « tire-larme » du spectateur. La musique, peu présente, et le soin esthétique ne sont pas les points forts du film. Et on le comprend bien, l’attention devait être toute portée vers l’histoire, les personnages et cette violence morale.

Tout est tellement rude qu’on arrive à avoir cette distance nécessaire avec le film nous permettant de le regarder jusqu’à la fin. Derrière cela, on sent bien que Martin Koolhoven voulait traiter de choses plus importantes.

Deux sujets qui ressortent : la religion et les femmes

Durant tout le film, la place de la femme est montrée dans toutes sortes de situations et ce n’est pas agréable à voir. La place de la femme, non seulement en société, mais aussi dans la religion. On ressent l’importance du sujet abordé par Martin Koolhoven.

Je pense que chaque film doit être lié au présent, même les films historiques. Il est très compliqué de faire un film sur la façon dont la religion traite les femmes sans penser que cela n’a toujours pas changé. De plus, misogynie et religion font toujours bon ménage au XXIème siècle, donc le sujet n’a rien perdu de sa pertinence – Martin Koolhoven.

La question de la religion est omniprésente, notamment avec ce révérend qui se cache sous sa couverture d’homme d’église. Cela pourrait rentrer dans des sujets actuels, bien moins violents mais non moins importants.

Je trouve que la religion n’a pas un impact très positif dans le monde d’aujourd’hui et je crois que cela se ressent dans le film. Mais je trouve trop simple de dire que le film s’attaque violemment à la religion car dans de nombreuses scènes, la religion est absente et les femmes sont traitées de façon terrifiante. Ce que le film exprime néanmoins, c’est à quel point il est facile de justifier ses actes (souvent misogynes) à travers les textes religieux. Le prêcheur est un personnage qui confond ses propres besoins avec ceux de Dieu. – Martin Koolhoven.

Ainsi il n’est pas uniquement question de violence dans ce film. Le sujet est mûrement réfléchi, et malgré la dureté de certaines scènes, on ressent ce que veut aussi nous montrer l’auteur.

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