Voyage

Croatie : autopsie d’un road-trip en autostop

L’air sent la fin de vacances estivales, et puisque Divague, une fois n’est pas coutume, est dans le vent, on vous propose une formule de vacance possible. La Croatie, un pays qui sans en avoir l’air, est assez neuf, entre atemporalité éternelle, un héritage encore bouillant d’un passé tourmenté et la volonté de se mettre à neuf. Autopsie d’un Road Trip.

Etape 1 : Zagreb

Que l’on aille à la rencontre de la nation croate en avion, en voiture ou en bus, Zagreb semble être le point de chute le plus probable pour votre séjour. La vie y est, comme dans toute la Croatie, peu chère et il est tout à fait possible de trouver refuge dans une auberge de jeunesse à une dizaine d’euros la nuit. Notez juste que le secteur du tourisme, principal poumon du pays, commence à s’éveiller de façon importante et donc à augmenter les prix. Ici, dix euros, c’est déjà un prix qui a augmenté. Ce n’est pas mal.

Une ville qui, sous les blessures de la guerre récente encore, laisse fleurir l’art, comme pour panser les blessures.

Zagreb, comme toute bonne capitale, est une parfaite synthèse du pays. Architecturalement, la ville est prise entre plusieurs feux : celui d’un passé encore palpable, d’un héritage venu des différentes influences étrangères (on dit merci aux Autrichiens pour leur baroque par exemple) et une volonté d’être moderne en Europe. Tout cela est condensé dans le quartier des musées par exemple, où des toits ultra modernes côtoient des architectures austro-hongroises. Cette bigarrure montre ce qui est à la fois la faiblesse et la beauté de la ville : ne pas savoir où se situer dans le temps.

L’enjeu culturel de la jeune République de Croatie : montrer une existence de culture nationale ancienne avant l’existence en tant qu’Etat nation reconnu, et une présence artistique contemporaine dans l’Union européenne.

Mais cet entre-deux sur lequel s’assied la ville s’étend même sur un plan géographique. Pour faire simple, historiquement, la ville s’est créée en 1093 autour de deux pôles : Kaptol, ville aujourd’hui haute, quartier religieux autour de la cathédrale et Gradec-Gric, ville basse, quartier bourgeois à l’époque et dynamique aujourd’hui avec les universités, les musées et les grandes enseignes. La ville réussit à vivre pleinement à l’air frais après des temps de guerre d’indépendance (1991 – 1995), avec ces deux poumons.

La statue de Jelacic, figure de proue du nationalisme croate sous l’Empire d’Autriche, veille sur les passant de la Place centrale avec ses grandes enseignes : croisement entre hier et aujourd’hui.

Notez que là, l’autostop est possible, bien que ce ne soit pas encore dans le mode de vie des croates de prendre des gens dans leurs voitures. Cependant, Zagreb – Plitvice (la seconde étape) reste une route empruntée par nombres de touristes, et ils peuvent aussi vous prendre. Sinon, plutôt que les trains, l’ensemble de la Croatie est bien desservi par un réseau de bus.

Etape 2 : Plitvicka Jereza

Comprenez « Les lacs de Plitvice ». C’est le parc naturel, entré à l’UNESCO, qu’il ne faut pas louper. Bien que les conflits de 1991 aient commencés par l’incident des lacs de Plitvice, avec les deux premiers morts du conflit avec les serbes, l’endroit est tout simplement hors du temps. C’est une nature bleue et verte qui vous y attend. Les chutes d’eau se succèdent les unes après les autres, et c’est un ravissement absolu.

Une des cascades de l’autoroute à touristes…

… qu’il est possible d’éviter…

Pour vivre cette expérience, qui doit être vécue, il y a deux solutions : la légale avec billet, et la moins légale. Il est possible d’y entrer sans billet, autre part que par les entrées 1 et 2, tout en pouvant bénéficier des différents bateaux mis en place pour passer d’un spot à l’autre.

Ce parc est néanmoins connu de tous ceux qui viennent en Croatie, et il est possible de vite se laisser noyer sous la beauté du lieu, mais aussi sous la masse de touristes. Cependant, avec une carte des lieux, il est assez aisé de les éviter.

Si vous êtes d’humeur aventurière avec peu d’égard à la légalité, il est possible de « se laisser enfermer dans le parc » pour y dormir en camping sauvage : éloignez-vous des autoroutes à touristes, près d’un point d’eau – il y’en a partout -, et vous passerez une nuit magnifique, et sans doute le plus poétique des bains de minuit. L’eau chauffe toute la journée, alors l’excuse de l’eau froide ne marche pas…

Rien n’empêche d’user de la ruse pour profiter, en respect de l’environnement bien sûr, de spots inoubliables.

Etape 3 : Cres Otok

Comprenez « l’île de Cres ». Après être descendu au sud de Zagreb, Divague est parti vers l’Ouest des lacs, pour la ville même de Cres. Pour y aller en stop, privilégiez sans doute l’idée de le faire en plusieurs étapes, parce que Cres est la deuxième île en partant du nord. Le dernier point de chute avant de descendre sur les îles (Krk puis Cres) sera alors Rijeka. Il est possible ensuite de prendre le ferry pour 18 kunas sans voiture (environ 1 euro 50).

La Croatie propose une multitude d’îles à visiter. Après un bref passage sur l’île de Krk, trop bref pour en parler suffisamment, nous nous sommes arrêtés sur l’île de Cres, très touristique, mais très confortable après deux nuits de camping sauvage.

On peut camper aisément dans les grands campings au nord de la ville, ou préférer les chambres de particuliers en locations, une pratique très courante, nommée « Sobe », en Croatie. Ou alors, pour quelques euros de plus, et parce que les Sobe sont tous occupés en août si on ne réserve pas, on peut craquer pour un hôtel qui se dit de jeunesse, somptueux, pris en charge par la ville. On ne va pas se priver d’un trois étoiles à cinquante euros la nuit, après deux nuits dehors.

Le charme d’une petite ville de pêche qui s’aide du tourisme.

La ville de Cres, très balnéaire, très ensoleillée, s’étend véritablement le long de l’eau, allongée, presqu’harassée par le soleil chaud. La ville même de Cres est elle aussi entre deux eaux. Dans sa longueur, elle s’offre à tous les touristes, avec ses plages et son port. Mais pour ceux que les touristes effraient, ou du moins lassent, un labyrinthe de ruelles minces se laisse découvrir au petit bonheur. C’est à ce moment-là que l’on peut sentir, commencer à entr’apercevoir comment les « vrais » gens vivent : au rythme du soleil, et du linge séchant à l’ombre des ruelles.

L’horizontalité panoramique du littoral pour les touristes rencontre la verticalité rustique des cours intérieures.

Pour quitter l’île, en vue du continent ou en vue d’une île au sud, la solution est la même : utilisez le flot de touristes sur le départ en autostop pour rejoindre les ferries les plus proches (Porozina pour un retour sur le continent). On fait des rencontres, c’est cool.

Etape 4 : Bah, et après ?

Ensuite, Divague est passé par l’Italie pour le retour, mais la Croatie ne s’arrête pas à ces trois étapes. On aurait pu vous parler de Dubrovnik et sa côte adriatique, de Split, ou de Pula et son amphithéâtre. Une prochaine fois ? Prenez votre opinel et vos meilleurs copains et racontez-nous !

Guillaume Vernier

Affamé de soif et assoiffé de faim, je suis empêtré en Master Philo-Allemand mais je suis né prématuré. Il y'a forcément un lien entre ces deux infos. Né en avance, vie en retard, j’ai un vieil esprit dans un corps quasi neuf. Explorateur du dimanche de la distance entre hier et demain, je me dis qu'on peut peut être tomber sur aujourd'hui. Philosophie, Musique, Littérature et Voyage : un poète amateur en bout de course. A noter aussi : Anthropophile à tendance anthropophage. C’est ce que j’aime, les gens. Avec le vin blanc. Et le fromage. Avec du pain. Et Lévinas aussi.

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