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Débat : 
le MAK pour l’indépendance de la Kabylie

Cette semaine, direction Kabylie, au nord de l’Algérie avec le Tour du Monde de l’Actu et Divague. Depuis le début de l’année, la Kabylie connaît un regain de tensions. Selon Jeune Afrique, 175 personnes ont été arrêtées à la suite d’émeutes violentes. Au coeur des tensions, les séparatistes du MAK, Mouvement pour l’Autodétermination de la Kabylie. Pour comprendre qui est ce groupe et pourquoi il divise les Kabyles, nous avons donné la parole à Amar et Catherine, deux amis kabyles aux opinions diamétralement opposées.

Le MAK est-il légitime ?

Amar : « Pour commencer, j’ai un problème avec la forme que prend le MAK. On sait pas trop ce que c’est. Un parti politique ? Un simple mouvement ? Un coup ils se présentent comme un mouvement d’autonomie, un coup comme un mouvement indépendantiste. Si c’était un simple parti politique, cela ne me dérangerait pas… mais c’est bien plus que ça. Ce que je leur reproche dans un premier temps c’est un problème de légitimité. Ils ont autoproclamé un gouvernement kabyle, un drapeau kabyle, un président kabyle. Ils parlent au noms des kabyles, font le tour des ambassades pour une nation kabyle en parlant toujours au nom des kabyles. Mais de quel droit ? »

Catherine : « Le Mak, selon moi, n’est pas bien connu des kabyles. Par conséquent, il effraie. Le gouvernement algérien n’hésite pas à le qualifier de « séparatiste », de « fauteur de troubles » et à instrumentaliser ce mouvement en son sens. Depuis des décennies, il existe des conflits entre les kabyles et le gouvernement panarabiste et ses partisans. »

En avril 2001, de violentes émeutes éclatent en Kabylie. La gendarmerie réprime les ardeurs des manifestants, 126 personnes sont tuées, 5000 sont blessées.

Catherine : « L’état n’a pas hésité à foncer dans la foule avec des chars alors que les kabyles manifestaient pacifiquement. Après toutes ces horreurs commises, plusieurs questions se sont posées. Comment s’affirmer politiquement et sans violence ? L’état ne verse pas de subvention en Kabylie. Les écoles sont abandonnées, tout comme les hôpitaux. On a mis en quelque sorte cette région kabyle en autarcie. C’est en réponse à toutes ces injustices que le célèbre chanteur Fellag a décidé avec d’autres personnalités de créer le MAK, le mouvement pour l’autodétermination. »

Le MAK pour l’indépendance de la Kabylie

Le MAK se veut pacifique. Son but est de lutter contre l’Etat central, qui l’opprime. Mais l’idée d’indépendance ne plaît pas à tout le monde.

Amar : « J’ai un problème avec le projet politique du MAK. Une indépendance n’est  envisageable ni sur le plan idéologique – ça serait aller contre l’histoire même et la culture de la Kabylie – ni sur le plan économique. En effet, la Kabylie n’est pas en mesure de prospérer économiquement. Je leur reproche aussi une vision très européanisée de la culture kabyle avec des penchants assez islamophobes. Or l’islam et la culture berbère sont très liés. »

Les avis opposés de Catherine et Amar montrent bien que la question divise les Kabyles. Aucun sondage n’est fiable. Il est impossible de déterminer si les Kabyles sont plutôt pro ou anti-indépendance.

Catherine : « Mon père était un fervant makiste au départ. Mais il a changé d’avis. Il affirme qu’on ne peut pas « leur laisser le reste de l’Algérie ». Ainsi, se séparer du reste de l’Algérie reviendrait à lâcher le reste du territoire pour lequel les kabyles se sont battus pendant la guerre. Moi je suis pour, car il n’y a plus aucune négociation possible avec l’Etat. On nous tue, on nous assassine, on interdit nos prénoms berbères, on refuse notre langue et on ne nous aide pas financièrement et médicalement. Par exemple, un chanteur kabyle avait demandé à être transféré d’urgence en France et l’Etat n’a pas accepté. Il est donc décédé. Pendant ce temps, le Président Bouteflika se soigne avec l’argent public à Paris. C’est inconcevable de continuer à vivre avec des aveuglés qui soutiennent le régime du FLN (Front de Libération Nationale). Je pense donc que si l’on ne veut pas de nous, après tout ce que l’on a subit, comme dans un vieux couple, on doit se séparer pour le bien de notre peuple qui doit continuer d’exister. »

Point de consensus entre les deux amis, vous l’avez compris. Cependant, Amar résume bien leur amitié : “On est ouvert d’esprit donc ça pose pas de soucis”.

Claire Duhamel
Alix Guiho

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