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Divague Ailleurs : Dans le plus grand des calmes à Karlsruhe

Une chanson traditionnelle Badoise annonce la couleur, une couleur qui a toujours teinté le Land de Bade-Wurtemberg : « J’ai perdu mon cœur à Heidelberg ». Notez que si Stuttgart est la tête de ce Land du sud de l’Allemagne, Heidelberg et Karlsruhe en sont les poumons. Divague a respiré l’air frais du poumon-Karlsruhe, et en dépit du cœur qu’on ne sait qui a perdu à Heidelberg, Divague s’est refait une santé et a retrouvé son cœur perdu à Heidelberg. Karlsruhe, c’est la jeunesse, et on y a travaillé avec la vieillesse. Itinéraire dans une ville qui date réellement de la dernière pluie.

 

Secrets d’histoire

Cette dernière pluie, c’était il n’y a que 300 ans. En réalité, la ville de Karlsruhe n’est que la fille de celle de Durlach. Ces destins croisés sont tellement liés l’un à l’autre qu’ils s’entremêlent jusqu’à devenir paradoxaux. Durlach était la ville, et le Karlsruhe en devenir n’était que de la forêt, bien calme, bien paisible. Karl Wilhelm a décidé que ces forêts étaient le lieu parfait pour construire son havre de paix. C’est de là que vient le nom de Karlsruhe, à savoir littéralement « le calme de Karl ». Il a donc fait construire ex nihilo son château pour son plaisir en 1715, pour le nôtre en 2016. Entre-temps, la ville de Durlach est devenue la périphérie, et la périphérie qu’était Karlsruhe est devenue la ville.
Le château, inspiré comme celui de Sanssouci, de Versailles, est réellement à voir. La géographie le rend inévitable. Tout converge vers ce celui-ci, grâce aux travaux de Friedrich Weinbrenner. Cette organisation solaire prolonge l’idée de Versailles et de son roi soleil. Les allemands ont eu le château-soleil. Tout est fait en réalité pour qu’un bout du château soit visible le plus loin possible.

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Vue de Karlsruhe depuis la Turmberg de Durlach : On ne peut pas éviter le château

Silence, ça bouge

La ville de Karlsruhe, aussi paradoxal que cela puisse paraître pour une ville dont l’aspiration première est le calme, se présente comme une ville en éternel mouvement. Divague a eu un mois pour le voir, et cela se vérifie. Il y’a toujours quelque chose à faire à Karlsruhe. Surtout au mois d’août.
Entre son zoo en plein cœur de la ville, ses pianos en libre accès à chaque coin de rue, son jardin botanique, ses piscines en plein air, ses glaciers aussi fréquents que les pianos, ses bars encore plus fréquents que les glaciers et les pianos et les tramways toutes les 7 minutes, non seulement la ville est en perpétuel mouvement, mais le touriste et l’habitant aussi. Tout bouge à Karlsruhe, tout le temps. On y mène une vie tambour battant, aussi battant que le cœur qu’on y a retrouvé.

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Mais qui dit bouge tout le temps, dit ne dort jamais. En définitive, le destin de Karlsruhe a été de s’éloigner de son étymologie. On y adore les lumières. La mairie a jugé bon de réitérer cette année le jeu de sons et lumières organisé en 2015 pour les 300 printemps de la ville. Les allemands, de souche ou par procuration comme l’a été Divague pendant un mois, aiment les lumières et chaque soir, une foule innombrable se déplace sur le parvis du château pour le voir s’habiller de différentes façons. C’est réellement devenu un spectacle, avec un entracte, de la publicité et deux parties où le ZKM (Zentrum für Kunst und Medien) propose des œuvres originales. C’est ainsi une belle publicité pour le musée de la ville et pour l’art contemporain en général. Mais l’amour de la lumière ne s’arrête pas là. Le Zoo fait aussi des nocturnes où l’on peut voir différentes structures lumineuses et assister à des concerts.

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Lichterfest du Zoo d Karlsruhe

Le Karlsruhe d’hier aujourd’hui : que reste-t-il de notre cœur ?

Si la ville est définitivement tournée vers l’avenir qu’en reste-t-il ? A tel point tournée qu’elle se le prépare, son avenir. Le centre-ville ou le centre névralgique, est en constante ébullition sous les travaux qui vise à créer un réseau de tramways sous-terrain. Le centre-ville n’est pas celui du calme. Il a d’autres avantages.

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Paradoxalement, c’est dans la vieille ville de Durlach que le calme se trouve. C’est dur à atteindre. Après une forêt dans la ville. En résumé, Divague s’est baigné dans le mouvement de la jeune ville, et a travaillé avec la vieillesse dans la vieille ville. Pendant un mois, Divague a travaillé dans le centre pour senior de Parkschlössle. On peut vous dire que c’est le cadre parfait pour se refaire une santé ou pour la faire durer un peu plus. A cheval entre la fougue du centre-ville et la sérénité de la vieille ville, on peut vous en faire la synthèse. Pour faire court et pour vous présenter Durlach, le quartier de la vieille ville, on enlève le bruit et la foule du centre-ville. On enlève l’architecture moderne et on découvre qu’en dessous, se cache la patte du passé, du rustique et du typique. C’est l’esprit de Karlsruhe qui se trouve dans les ruelles de Durlach. Des boulangeries où le pain n’est pas à conseiller mais où les bretzels se vendent comme des petits pains. Divague a goûté, Divague a acheté, Divague s’est ruiné.
Comme déjà dit plus haut dans l’historique de la ville, Durlach est la mère de Karlsruhe, et à ce titre, surplombant, le quartier de Durlach offre une vue imprenable sur le centre-ville. Au sens propre comme au figuré, c’est à couper le souffle. Il faut pour cela, outre du courage, monter les quelques 700 marches pour atteindre le sommet de la Turmberg. C’est le point le plus haut de Karlsruhe, et derrière cette tour, plus de Karlsruhe, juste de la forêt.
Pour vraiment savourer cette ville, dans son entière intégralité, il vous faut donc un bon foie, un sommeil peu envahissant, des cartes mémoires vides et être prêt à observer. Joseph Roth disait justement à ce titre dans La Fuite sans fin que « le plus important, c’est d’observer ». Et se reposer.

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Le havre de calme, à Karlsruhe : une fontaine dans le jardin du château. Divague a trempé les pieds.

Divague a pris la fuite Karlsruhe justement pour observer, mais notre fuite à nous a eu une fin.

Guillaume Vernier

Master Philo bébé, j'suis né prématuré, j’ai plutôt du retard sur mon temps. J’ai un vieil esprit dans un corps quasi neuf. On a gardé l’emballage. Je suis à cheval entre aujourd’hui, hier et demain. J’aime par-dessus tout trouver des traces de hier dans aujourd’hui, pour voir ce que ça peut donner demain. Philosophie, Musique et Littérature. Ouais, je suis une sorte d’archéologue du dimanche, un explorateur domestique, un poète amateur en bout de course. J’aime bien les modestes aussi. C’est la culture qui m’intéresse, et j’essaie de découvrir la synthèse, parmi toutes les couches de temps qui nous enveloppent, de ce qui fait que culturellement nous sommes tous humains. Anthropophile à tendance anthropophage. C’est ce que j’aime. Avec le vin blanc. Et le fromage. Avec du pain.

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