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ÉDITO – Non Messieurs, vous n’avez pas la parole

340 000. En trois jours, c’est le nombre de fois où le hashtag #balancetonporc a été utilisé sur Twitter. Autant de témoignages de femmes harcelées. Mais quelques heures après le lancement de #balancetonporc, surprise : #balancetatruie a émergé. Mains au cul, baisers volés, SMS déplacés d’une boss. « Les hommes aussi souffrent. Bon sang, vous n’êtes pas toutes seules les filles, ouvrez les yeux ! », semble-t-on nous dire. Alors pourquoi ne pas donner la parole à ces hommes ?

Parce que les hommes ne subissent pas le harcèlement sexuel dans la rue. Les hommes ne se font pas systématiquement siffler, héler, injurier dans l’espace public – alors que 100% des femmes ont déjà été harcelées dans les transports, comme le révélait en avril 2015 le Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes (HCEfh). Ils n’ont pas à changer d’habitudes, de trottoirs, de vêtements, afin d’anticiper et d’éviter les ennuis.

Parce que les hommes ne sont pas quotidiennement victimes de violences liées à leur sexe. Ils étaient 197 000 à avoir subi une agression sexuelle dans les 12 derniers mois, contre 580 000 femmes, d’après une enquête réalisée en 2015 par l’Ined.

Parce que les hommes sont plus en sécurité dans l’espace privé. Dans 3 cas sur 4 de viol ou de tentative de viol sur une femme, le crime a été commis par le conjoint ou l’ex-conjoint, ou alors dans un cadre familial ou amical.

Parce que les hommes ne voient pas le harcèlement qu’ils subissent légitimé, justifié ou excusé d’une quelconque façon. Ils n’ont pas à craindre qu’on leur demande « mais t’étais habillé comment ? », après avoir subi une situation de harcèlement, une agression ou un viol. Ils ne sont pas inaudibles lorsqu’ils souhaitent porter plainte : « le mieux que l’on puisse faire, c’est une main courante ».

Parce que les hommes ne sont pas confrontés à des personnes physiquement plus puissantes qu’eux. Harcelée par un homme (ou pire, un groupe d’hommes), la femme se retrouve dans une situation de domination et ne peut pas se défendre. C’est une forme d’abus de pouvoir dont les hommes ont rarement idée et qui entraîne le silence, par peur de représailles.

Parce que les hommes sont moins sous l’emprise hiérarchique des femmes. Celles-ci ne représentent que 12 % des emplois de direction dans le secteur public, 17 % des dirigeants d’entreprise et 24 % des membres des conseils d’administration du CAC 40, d’après une étude du LIEPP en 2014. Les hommes sont, de fait, plus souvent les supérieurs hiérarchiques des femmes que l’inverse.  Or, en France, 1 femme sur 5 est victime de harcèlement sexuel au travail, selon une enquête Ifop de mars 2014. Dans le cas où elle serait harcelée dans son milieu professionnel, pour une femme, dénoncer, c’est perdre son emploi dans 95 % des cas.

Il ne s’agit pas là de déconsidérer la souffrance endurée par les hommes harcelés. Les voix, de femmes comme d’hommes, qui portent courageusement le témoignage de ce harcèlement n’ont pas à être étouffées. Mais les deux phénomènes demeurent pourtant incomparables.

Tout simplement, parce que les hommes ne subissent pas un harcèlement sexuel systémique.

Article initialement publié sur Les Ateliers du CFJ.

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