Voyage

Divague ailleurs : on a flâné à Casa

Embarquement pour le Maroc « ramadanesque » terminé, paré à décoller !

Pour la première fois, Ernest a pris l’avion en direction du Maroc. Il a découvert Casablanca, une ville portuaire située sur la côte Atlantique. Ernest s’est immiscé au cœur des traditions marocaines en devenant spectateur du quotidien de la population bercée par le Ramadan.  En ce mois de juin, cette fête religieuse anime tout le pays et rythme la vie de ses habitants.  Laissez-vous guider par Ernest en suivant son périple parsemé de découvertes et de surprises. En route pour l’aventure !

Au cours de son séjour, Ernest a appris que le Maroc était régi par une monarchie constitutionnelle et héréditaire, au sein de laquelle les pouvoirs politique et religieux ne forment qu’un.   Le roi représente ainsi le chef spirituel qui se doit de montrer l’exemple. Des lois ont été mises en place pour faire respecter la religion dans tout le pays (par exemple, le fait de manger ou de boire en pleine rue lors du Ramadan est pénalement condamnable), mais ne s’appliquent pas pour les étrangers.


Lors de son voyage, Ernest a eu la chance de rencontrer plusieurs personnes résidant sur le sol marocain, avec pour chacune d’entre elles, une vision personnelle de la conception du Ramadan.

Ernest a d’abord rencontré Sarah, âgée de 20 ans et franco-marocaine. Elle a été élevée en France par une mère originaire de Safi (petite ville portuaire spécialisée dans la pêche et la poterie), qui lui inculquait une culture marocaine traditionnelle. Sarah a cependant grandi avec une mentalité et une culture française. Elle étudie aujourd’hui au Maroc dans le cadre de la FIFMA. Sarah nous livre sa conception des traditions musulmanes et du Ramadan : « Je ne me perçois pas comme étant musulmane. Je ne veux pas qu’on m’impose une religion sans prendre la décision de savoir moi-même si je crois ou non en Dieu. Je ne veux pas qu’on choisisse à ma place mais je veux que ce soit un choix personnel, qui vienne uniquement de moi. Ma mère me fait culpabiliser parce qu’elle sait que je ne fais pas Ramadan. Elle me met la pression en me disant que tout le monde dans ma famille le fait… Même en sachant que je ne jeûne pas, elle dit le contraire à ma famille parce qu’elle a honte de moi ». Sarah ne se sent pas libre au sein de sa famille. Elle s’adapte mais elle est perçue comme le « vilain petit canard » et, aux yeux de sa mère, elle n’est pas une bonne musulmane. Sarah a alors l’impression qu’il y a un « fossé » entre ses cousines qui pensent déjà à se marier et à avoir des enfants, et elle. Elle ne se sent pas appartenir à cette famille qu’elle voit comme une famille de sang et non de cœur. Sarah ne veut pas partager cette culture, au grand regret de sa mère qui pense qu’elle déshonore sa famille. Cette jeune fille aimerait parvenir à s’éloigner de toutes ces traditions ancrées profondément dans l’esprit des membres de sa famille.

Ali, quant à lui, est musulman pratiquant. Il vit actuellement chez ses parents et travaille en tant qu’ingénieur. Le Ramadan est devenu une habitude qu’il aime. Cette fête est, pour Ali, le fait de « refléter le respect vis-à-vis de sa religion et des femmes ».  Ce jeune homme âgé de 23 ans nous relate une de ses journées au cours de ce mois religieux : « Je me lève aux alentours de 3h pour manger. Je prie juste après en plaçant  mon tapis de prière de sorte à avoir la Mecque devant moi et la plage dans le dos. Ensuite, je me recouche et je me réveille à 6h pour partir au travail. Je commence à 8h et je termine à 14h avec une pause de 30 min pendant laquelle je fais de nouveau une prière. Nos horaires lors de Ramadan sont aménagés pour nous permettre de tenir toute la journée. Je rentre chez moi vers 16h et j’essaie de faire passer le temps le plus vite possible jusqu’à 19h43 ! (rires). Au moment du Ftour (nom du repas du soir), on regarde des émissions à la télé qui passent uniquement pendant Ramadan, et on commence par manger une datte et de l’eau pour rompre le jeûne ; il faut que notre corps se réhabitue aussi à manger. Je me rends à la prière du soir à 21h30 jusque 23h. L’Imam guide cette prière et lit des passages du Coran. Il se doit de terminer tout le Coran à la fin du mois. On rentre à la maison et on dîne vers minuit. Puis, chacun va se coucher ».

Le dernier témoignage est celui de Simohammed, musulman pratiquant également, et âgé de 26 ans : « Le fait de faire Ramadan, pour moi, c’est de sentir les familles pauvres qui elles, n’ont pas la chance de pouvoir manger à leur aise. Quand tu as faim, tu ressens la privation des autres. J’aime le Ramadan parce que c’est une ambiance festive et qu’on a l’impression que tout le monde le fête. Pour moi, ça m’apaise l’esprit ». Simohammed nous explique qu’il est «  obligatoire de montrer que tu fais Ramadan dans l’espace public. En revanche, quand tu es chez toi, tu fais ce que tu veux. Personne ne viendra vérifier. Par contre, si tu es marocain musulman et que tu te fais prendre dans la rue en train de manger ou de boire, tu risques une peine de prison».


« Machaban » (bienvenue) à Casablanca !

Casablanca constitue une des villes les plus importantes du Maroc puisqu’elle est perçue comme sa capitale économique. Cette ville, remplie de contrastes, fascine autant qu’elle déroute. Notre petit explorateur a voulu en percer le mystère !

Pendant Ramadan, Casa ne ressemble plus à la ville qu’elle a été tout au long de l’année. Le rythme de vie de chacun change totalement. Les Marocains voient leurs horaires de travail aménagés : ils finissent de travailler à 15h et rentrent chez eux. C’est la cohue dans Casa ! La circulation devient plus dense que jamais, chacun se ruant dans un taxi pour rentrer chez soi le plus vite possible et préparer le Ftour qui aura lieu au coucher du soleil, vers 19h45. A l’heure du repas, un calme règne dans les rues de Casa. La ville devient désertique ; plus aucune voiture ne circule. Le silence pèse sur les grands boulevards, qui ne sont plus que des longues avenues devenues insonores et dépourvues de civilisation. Ce n’est qu’à partir de 21h que la ville s’anime et s’éveille de nouveau. C’est la fin du Ftour et le début d’une nuit interminable, remplie de repas ! Les restaurants accueillent alors des Marocains, venus discuter avec leur famille ou leurs amis autour d’un café.

Réveillez votre palais, le Ftour est proche !

Tout au long de ce mois sacré, de nombreux restaurants proposent des ftours avec des plats plus savoureux les uns que les autres. Le paradis des gourmands existe : des buffets à volonté combleront toutes vos attentes gustatives. A vos couverts, l’heure de manger a sonné !
Venez prendre un Ftour au Haistee ! Un mélange de spécialités marocaines telles que les choubakia (sucreries au miel et au sésame), les msemen (petites crêpes feuilletées) ou encore les briouates (triangles aux amendes aromatisés de fleur d’oranger et de cannelle), vous y attend. Plaisir garanti !
Un petit aperçu du menu (juste pour vous mettre l’eau à la bouche)

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La médina ou le labyrinthe interminable de Casa

Commençons notre visite par cet endroit attirant l’œil de notre petit explorateur.
L’ancienne médina (en arabe « ville ») se détache du paysage, délimitée par d’épais murs rouges. Une fois franchis, Ernest s’enfonce au cœur d’un dédale de rues parsemées de petits commerçants, essayant à tour de rôle de nous faire acheter la totalité de leur boutique à des prix défiants toute concurrence selon leur dire. Déambuler dans les rues de la médina, c’est prendre le risque de perdre son chemin en repassant une vingtaine de fois au même endroit. Chaque rue vous semblera totalement similaire à la précédente. C’est cependant à cet instant que l’on comprend ce qu’est la médina : un labyrinthe difficile à résoudre. Impossible d’en trouver la sortie !

Les Habous aux mille et une merveilles

Il est inconcevable de partir à Casa et de passer à côté du souk et de ses bonnes affaires ! Les commerçants sont installés sous les arcades et attendent avec impatience la venue de clients. Les boutiques, collées les unes aux autres, comportent de nombreux objets disposés de sorte à optimiser tout l’espace en l’exploitant au maximum. Chaque emplacement semble avoir été minutieusement pensé et réfléchi. Difficile de se déplacer dans une des boutiques sans faire tomber quelque chose ou marcher dessus (en particulier, lorsque ces boutiques ne sont pas plus grandes qu’un placard à balai). Nos yeux se perdent au milieu de toutes ces babioles qui, dans certains cas, peuvent même être suspendues au plafond ! Notre regard est sans arrêt sollicité par de nouvelles découvertes ; il devient alors pratiquement impossible de choisir un objet en particulier.

En s’éloignant des arcades, un mélange de saveurs épicées vient nous chatouiller les narines. Une seule question occupe à présent nos pensées : d’où proviennent-elles ? Une petite cour se détache du reste du souk. C’est à cet endroit que se rassemblent les marchands d’olives : un véritable délice pour les yeux et la bouche nous tend les bras. Savourons ce moment rempli de magie pour nos papilles.

La mosquée Hassan II, un lieu de sérénité et de pureté

Au pied de cette mosquée (210 mètres de haut), une sensation de vertige, accentuée par la grandeur de l’édifice, nous envahit. Un Imam procède à l’appel à la prière à des heures fixes de la journée. Des hauts parleurs sont localisés dans la tour mais aussi sur la place pour que la prière soit entendue de tous.
La blancheur de la place fait scintiller le soleil et illumine la mosquée. Port de lunette obligatoire au risque d’être aveuglée par toute cette lumière !

« A-fàk* (s’il te plait), dessine-moi Casa ! »

Des artistes urbains s’invitent dans les rue de Casa pour redonner des couleurs à la ville blanche. Ils ont interrogé la population casaouite sur ce qui caractérisait cette ville pour eux.
Par exemple, la petite fille en rouge se bouche les oreilles ; de la fumée sort des immeubles pour dénoncer la pollution sonore et de l’air dans Casa.

Casa by night, entre le luxe et la démesure

En longeant la Corniche, on est surpris de constater très clairement une opposition frappante entre le luxe et la misère. D’un côté, le Cabestan, restaurant-bar-boîte de nuit qui borde l’océan Atlantique ; de l’autre, plusieurs bidonvilles.

L’excès et le luxe qui résident au sein du Cabestan s’invitent même aux toilettes, disposés le long d’un immense couloir. Lorsque l’on ouvre la porte d’une des cabines, un sentiment d’étonnement nous laisse sans voix. Dans chaque compartiment (tous plus grands qu’un F1 à Paris), une baie vitrée nous offre un aperçu de l’océan. Un canapé, disposé dans le coin de cette pièce, renforce notre sentiment d’incompréhension. On se demande alors à quoi ce canapé peut-il bien servir si ce n’est à pas grand-chose, (une idée aurait-elle germée dans l’esprit du décorateur d’intérieur pour combler tout cet espace indécent réservé uniquement à des toilettes ?). Des femmes sont postées à l’entrée du couloir et attendent les clients pour leur ouvrir la porte de chaque cabine. Elles voient ainsi défiler, tout au long de la nuit, l’élite de Casa, habillée de la tête aux pieds de vêtements achetés à des prix exorbitants pour la plupart d’entre eux, et dépensant, au cours d’une soirée, l’argent que ces femmes pourraient récolter en un mois de travail. Ces toilettes symbolisent le monde de la nuit à Casa, qui se laisse emporter dans une démesure totale.

Le cadre idyllique du Cabestan fait face à la pauvreté la plus totale qui réside au sein des bidonvilles. Un écart entre les très riches et les très pauvres se fait alors pressement ressentir. Chacune de ces classes sociales vit dans un monde opposé à l’autre même si elles cohabitent dans la plus grande normalité. Il n’existe pas de véritable milieu entre ces deux mondes.


Ernest est revenu de son voyage, la tête remplie de magnifiques souvenirs qu’il n’oubliera pas d’aussi tôt ! Notre petit voyageur vous invite à venir découvrir le Maroc sans plus attendre !

Marion Monin-Iacono

Actuellement en études d'histoire de l'art, je suis encore indécise quant à mon choix d'avenir. Mon physique est plutôt avantageux puisque la nature m'a fait grâce des pouces de Megan Fox (jaloux s'abstenir). En revanche, elle m'a également fait don d'un bon accent lorrain (ou beauf, à ta guise). Je suis passionnée par le 7ème art et surtout par l'œuvre monumentale que représente Dikkenek. Ma plus grande déception restera le départ de Diam's du monde de la musique...

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