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Éthiopie : La presse en état d’urgence

La situation de la presse en Éthiopie est alarmante. Depuis l’instauration de l’état d’urgence le 9 octobre dernier, 11 600 personnes ont été arrêtées par les forces gouvernementales. La majorité d’entre elles sont blogueurs ou journalistes. Cela soulève de nombreuses questions, dans la mesure où cet état d’urgence a été décrété à cause de manifestations antigouvernementales qui ont lieu dans le pays depuis plus d’un an.

A l’origine de l’état d’urgence : des protestations anti-gouvernementales

Les manifestants sont issus des deux ethnies majoritaires en Éthiopie : les Oromo et les Ahmara. Ils représentent près des deux tiers de la population du pays. Ils se soulèvent contre le favoritisme accordé par les élites à l’ethnie tigréenne. Malgré sa part minoritaire au sein de la population (6%), cette dernière est présente à tous les niveaux du pouvoir. Les deux ethnies majoritaires protestent donc contre leur manque de représentation au sommet de l’Etat. Ce conflit avait été mis en lumière sur la scène internationale par l’athlète éthiopien Feyisa Lilesa. Défiant son gouvernement pendant les Jeux Olympiques de Rio, il avait fait le signe de croix des manifestants. Instauré pour répondre à ces protestations et à l’instabilité qu’elles ont engendrées dans le pays, l’état d’urgence ne visait pas la presse au départ.

L’état d’urgence : un prétexte pour arrêter les journalistes critiques à l’égard du gouvernement ?

L’état d’urgence semble se transformer en excuse pour arrêter les citoyens qui dérangent le président Mulatu Teshome et son premier ministre, Haile Dessalegn. Le pouvoir, contrarié, s’en prend aux militants de l’opposition. L’un d’entre eux, Befeqadu Hailu, s’est confié au Monde Afrique avant son arrestation. « Etre militant en Ethiopie, c’est comme dormir sur une branche d’arbre : tu ne peux pas fermer l’œil parce que tu sais que tu peux tomber à tout moment ». La citation du jeune blogueur, dont le compte Twitter a été fermé depuis son emprisonnement, est révélatrice de l’ambiance de ce pays situé à l’est du continent africain. Pour justifier ces nombreuses arrestations, le ministre de l’information Negeri Lencho a récemment déclaré : « les individus qui se prétendent journalistes ne le sont pas tous ». Cette défense semble fragile face à l’évidente restriction de la liberté d’expression qui sévit dans le pays. En Éthiopie, la majorité des médias sont sous égide de la capitale Addis-Abeba. Cela laisse peu de chance d’exister aux médias libres d’opposition.

Une presse sous contrôle depuis longtemps

Le musellement de la presse n’est pas un phénomène nouveau en Éthiopie. Derrière l’Égypte et l’Érythrée, il s’agit du pays qui arrête le plus de journalistes au monde. Quant à la censure sur internet, les autorités ne reculent devant rien. Seuls d’autres gouvernements comme celui de l’Iran sont plus efficaces dans ce domaine. L’Éthiopie se situe à la 142ème place sur 180 dans le classement de la liberté de la presse, établi par Reporters sans Frontières chaque année. Un chiffre qui laisse transparaître la situation préoccupante des médias dans le pays.

Quelle réaction de la part de la communauté internationale ?

Le communauté internationale se soucie de la situation générale de l’Éthiopie. Et pas seulement en termes de liberté de la presse. Le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon a fait part il y a quelques semaines de ses inquiétudes quant aux mesures prises dans le cadre de l’état d’urgence, qui ont été renforcées depuis le 16 octobre. A titre d’exemple, les diplomates étrangers n’ont désormais plus le droit de se déplacer sans autorisation à plus d’une quarantaine de kilomètres de la capitale. Une mesure qui montre bien que dans ce pays pauvre de la Corne d’Afrique, la situation est loin d’être réglée, tant pour les citoyens que pour les journalistes et militants de l’opposition.

Alix Guiho, Sarah Ouagueni et Margot Turgy.

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