Arts Expositions

Etienne Cournault, médiateur des matières à Nancy

Jacques Doucet dit des œuvres d’Étienne Cournault qu’elles sont des « choses d’art qui sont un des charmes de la vie ». L’artiste né à Malzéville en 1891 joue en effet avec les matières pour y développer une sensibilité émouvante et charmante, que le musée des Beaux arts de Nancy met en valeur jusqu’au 20 juin à l’occasion d’une exposition intitulée Étienne Cournault – La part du rêve.

Etienne Cournault est un artiste reconnu par le monde de l’art et surtout par Max Berger en 1928 lorsque ce dernier décide de l’exposer dans sa galerie Vavin Raspail à Paris. Cette exposition est déterminante pour l’artiste car il y rencontre notamment Jacques Doucet – célèbre couturier, grand collectionneur et premier possesseur des Demoiselles d’Avignon de Picasso qu’il achète à l’artiste en 1924 – qui a un « coup de foudre » pour son travail sur verre et ses plaques décorées. Dès lors, une amitié se crée et il ne cesse de lui commander des oeuvres, jusqu’à sa mort le 30 octobre 1929.

A la recherche d’un dialogue entre les matières, Etienne Cournault mêle peinture, photographie, miroir et métal, pour des résultats toujours surprenants et délicats. Les frontières entre beaux arts et arts décoratifs deviennent poreuses avec cet artiste qui ne se conformera jamais à une seule technique de production mais qui cherchera au contraire à faire tomber les éventuelles limites entre les différentes techniques et courants.

Admirateur du cubisme quant à l’emploi de la peinture au sable, les collages ou certaines thématiques comme la danse, il s’en détache cependant sur le plan formel et s’approche davantage de l’expressionnisme et de l’abstrait dans son traitement presque obsessionnel des formes géométriques et des déformations du figuratif. De même, malgré quelques rapprochements possibles, il est éloigné du courant surréaliste qu’il trouve « fabriqué », alors que lui aspire justement à un éclectisme des styles et des surfaces, des matériaux et des formes. Cournault, par sa capacité à dessiner ou peindre des motifs faussement enfantins, ouvre une nouvelle perspective de la réalité, innocente dans le trait mais ne la sous-entendant jamais comme née du hasard. Aussi, cette ouverture à un autre monde est comme agrandie par l’utilisation de miroirs et de plaques de verre parfois superposées, permettant une visibilité altérée du dessin mais révélant finalement un jeu de profondeur, de transparence et de reflets.

Le figuratif est quelque peu maltraité par Cournault, comme on peut le remarquer dans l’oeuvre intitulée Le Lion et le moucheron (1928). Cette peinture sous verre avec miroir d’argent présente en effet des traits non figuratifs : le lion ne ressemble pas vraiment à un lion et le moucheron a plutôt des allures d’oiseau. Cette œuvre, comme d’autres, est candide dans son apparence, visible à travers le tracé simple des formes. Cependant, cette candeur est rompue par l’emploi novateur du verre comme support de la peinture et par la volonté de jouer avec l’imagination du spectateur, lui qui revendiquait sa force créatrice comme totalement libre. Aussi, la technique de la peinture sous verre révèle l’importante maîtrise de matériaux par Cournault qui doit alors travailler une image inversée par rapport au résultat définitif. Le travail du verre, du miroir et de la peinture est un domaine prolifique pour Cournault qui réalisera de nombreuses œuvres alliant ces différentes matières, pour toujours des résultats empreints de sensibilité, de délicatesse et de douceur. 

Le lion et le moucheron

Étienne Cournault, Le lion et le moucheron, 1928

Cournault commence à faire des graffitis en 1927 après avoir effectué un voyage en Italie en 1924. Il s’essaie alors à cet exercice de dessin et propose par exemple dans son œuvre Graffiti (1927) des espèces de « bonhommes », imprécis, incomplets et naïfs. Ce traitement des formes révèle peut-être le désir de Cournault de représenter l’être humain de manière enjouée, risible et simplifiée ; comme un retour à la simplicité après une société et un monde artistique encore bouleversés par le souvenir de la Première guerre mondiale. Encore une fois, une certaine innocence émane de l’oeuvre, les couleurs sont primaires et diluées, comme afin d’adoucir leurs teintes.

Graffiti Cournault

Étienne Cournault, Graffiti, 1927

 

En bref Cette exposition met donc à l’honneur un artiste peu connu, qui tente par des techniques artistiques innovantes et frôlant parfois l’avant-gardisme de créer un monde onirique, sensible et imaginaire. La richesse des inspirations et des matières lui permet de partager et de plonger le spectateur dans une poétique du figuratif, qui se retrouve déconstruit mais pas pour autant chaotique. Chacun se retrouvera dans l’univers doux et chaleureux de Cournault, possibilité de le rencontrer jusqu’au 20 juin au musée des Beaux-arts de Nancy.

Lola Schidler

Yo ! Certes Lola ne rime pas avec littérature, shoes, musique, hippopotame, chemise, booty shake, théâtre, chaussettes et humour, mais ces quelques mots sont essentiels pour moi. En espérant qu'ils le deviennent un jour pour vous.

2 Comments

  1. Abel Oshio

    Madame,
    Merci beaucoup d’avoir consacré votre article à l’œuvre et l’exposition de mon grand-père à Nancy.
    J’ai aussi constaté avec plaisir la clarté de votre regard sur le sujet.
    Avec mes sincères remerciements.

    • Lola Schidler
      Lola Schidler

      Merci beaucoup pour votre commentaire, cela me touche beaucoup et ce fut un réel plaisir d’écrire sur cette exposition et sur l’oeuvre de votre grand-père.

      Sincère salutations.

      (Mes excuses pour le retard de réponse, je viens seulement de voir votre commentaire)

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