Feu! Chatterton : interview exclusive de Sébastien !

Feu ! Chatterton vient tout juste de sortir L’Oiseleur, un deuxième album empreint d’une douce mélancolie. En concert la semaine dernière à L’Autre Canal, le groupe nous a offert un show électrique et envoûtant pour commencer cette intense tournée ! On en a profité pour poser quelques questions à Sébastien, guitariste et pianiste du groupe. 

Vous avez sorti votre album l’Oiseleur le 9 mars 2018, comment avez-vous travaillé ?

Sébastien : On a commencé à écrire après la fin de la tournée du premier album en décembre 2016. Au début, on voulait prendre un studio mais on s’est vite rendu compte que ce n’était pas du tout l’idéal parce qu’on ne trouvait pas nos marques. On s’est dit qu’on allait louer un petit appartement dans lequel on pourrait retrouver un peu l’ambiance dans laquelle on était au moment où on a créé les premiers titres du groupe.

On s’est installé là-bas, on a ramené tout notre matos et l’album s’est fait à partir de là. On y est resté pendant deux, trois mois. C’était un moment hyper sain parce que les deux ans de tournée avaient été un peu éreintants. C’était hyper stimulant mais en même temps on s’est énormément donné émotionnellement. On avait besoin de se retrouver dans une forme d’intimité, entre nous, quelque chose de simple. Et je pense que l’album est d’ailleurs assez empreint de l’ambiance où l’on se trouvait.

Auriez-vous une petite anecdote sur l’élaboration de cet album ?

Des anecdotes, on en a pas mal ! Comme on était dans un appartement et qu’on aime bien travailler la nuit, on avait énormément de problèmes avec les voisins. Les instruments ne sont pas très forts parce qu’on travaille avec des cartes sons mais le chant, tu ne peux pas le limiter et c’est vrai que Arthur a tendance à crier. Alors parfois, à 3h du matin les voisins débarquaient parce qu’ils ne comprenaient pas ce qu’on faisait.

Mais au final, se retrouver comme ça face à des gens qui en ont juste marre de ce que tu fais et qui s’en foutent, ça te met bien. C’est un peu comme quand tu es ado ou gamin, tu es avec ton pote et tu fais une tente ou une petite cabane avec les draps, tu as l’impression d’avoir bravé une sorte d’interdit de tes parents parce que tu as sorti ta petite montre qui fait de la lumière (rires). C’était un peu ça la création de l’album aussi, un peu caché, un peu reclus. Grâce à ça, je pense qu’on a réussi à retrouver très vite une inspiration sincère.

Et selon vous, qu’est-ce qui rend cet album différent du premier ?

Ce sont les thèmes parce que le deuxième est peut-être plus simple. Il raconte des ruptures amoureuses, la perte d’êtres chers. Il propose des émotions qui peuvent peut-être toucher plus directement au cœur. Même si la musique est riche dans les textures, dans les arrangements elle est peut aussi être plus simple et plus directe.

L’oiseleur désigne une personne qui prend des petits oiseaux avec des filets ou des pièges. Pourquoi avoir choisi ce titre ?

Quand on a commencé à faire le bilan de l’album, on s’est rendu compte qu’il y avait des oiseaux qui se cachaient un peu partout dans nos chansons. Ils peuvent signifier quelque chose d’un peu fugace comme certains moments, quelque chose que tu ne peux pas vraiment attraper ou conserver. Et puis, ce n’est pas forcément des oiseaux en tant qu’animaux, mais ils peuvent prendre d’autres formes, être des personnes par exemple. Ça nous arrive peut être à tous de se retrouver face à un oiseau qui vient se poser à côté de nous, et d’avoir l’impression qu’il y aurait une personne qui se cache derrière.

Ce disque est une sorte d’allégorie des sentiments mélancoliques qu’on peut avoir quand on perd quelqu’un, que ce soit physiquement ou émotionnellement. Cette mélancolie est lumineuse, car on se souvient des beaux moments qu’on a passés avec ces êtres chers. Et ces souvenirs sont peut-être indirectement incarnés par ces oiseaux. On a essayé de mettre en avant la Nature aussi. On était dans une sorte de lien charnel avec elle, on était à la lisière de la forêt des Landes, et ça nous a peut-être influencés.

C’est comme si les chansons nous précédaient. On es dans un état émotionnel, on se délivre de ça parce qu’on écrit nos chansons et puis à la fin, on les regarde et on se dit « ah oui effectivement, c’était ça qu’on ressentait ».

Qui est Anna ?

C’est une fille qui a existé mais elle peut être plein de choses aussi.  Je pense que ce qui est important, c’est que les gens peuvent y mettre ce qu’ils veulent. On aime rarement donner des explications précises sur les textes parce que je trouve que ça renferme l’idée que l’on peut avoir d’un morceau. C’est comme pour un bouquin, tu préfères te faire toi-même ton idée sur les personnages, sans forcément entendre parler l’auteur ou ton pote.

Anna, Ginger, Grace, Juliette, toutes les filles qui sont dans le disque peuvent représenter une seule personne qui a fait partie de nos vies à un moment. Elles représentent énormément de choses pour nous parce qu’on était tous un peu dans le même état, ce qui est assez fou et étrange. C’est Arthur qui écrit les textes mais tout le disque nous correspond à tous les cinq à plein d’endroits.

Vous avez chacun des références ou des influences différentes, comment faites-vous pour créer une musique tous ensemble ?

Pour créer des morceaux ensemble et trouver une sorte de cohérence (enfin je ne sais pas s’il y en a une), on a tous individuellement une confiance  très forte en nous. Si un de nous à un doute sur un arrangement, une mélodie, ou un morceau de texte, ça veut dire que ce n’est pas suffisamment bon. Cette confiance, c’est ce qui nous pousse, parce qu’on sait que si on était chacun à faire notre truc tout seul, ça serait moins bien, moins touchant, moins beau. Notre guide premier c’est vraiment l’émotion et d’une certaine manière, juste le fait d’écouter. Il y a une sorte d’émulation très porteuse entre nous. Quand Arthur écrit les textes, on est souvent en train de faire de la musique à côté, et il y a constamment des allers-retours entre les mots et le son.

Dans vos chansons, il n’y a parfois pas de différence entre le chanter et le parler. Que voulez-vous mettre en avant en procédant ainsi ?

On ne voit pas énormément de différence. Ce qui est important c’est que l’émotion passe le plus justement. Quand un texte est long, qu’il a besoin de temps pour s’installer, peut-être que le parler ou le scander a plus de sens. Parfois, l’émotion portée par la mélodie va encore plus porter le texte. On ne s’impose pas de règle. Après, ce qu’on aime c’est les mélodies et on sait que les émotions premières naissent quand un texte et une mélodie sont dans un «accord parfait». C’est ça que l’on recherche.

Dans cet album, il y a des moments où les textes sont rappés ou parlés. Dans le morceau l’Ivresse, on a choisi de faire des couplets de manière plus saccadée, assez proches du hip-hop parce qu’on aime aussi ce genre de musique. Mais c’est un peu au cas par cas, il n’y a pas vraiment de théorie derrière ça.

Envisagez-vous d’écrire pour d’autres personnes ?

Oui, c’est quelque chose qui nous plairait beaucoup. On s’est prêté à cet exercice cette année parce qu’on a travaillé avec Bernard Lavilliers sur deux chansons son album (5 minutes au Paradis) qui est sorti à l’automne dernier. Il y a des artistes comme ça qui sont pour nous un peu des guides dans leur carrière, dans ce qu’ils ont pu développer pendant toutes ces années, tant d’un point de vue musicale que parfois juste en tant que personne. Ça a été une chance énorme de travailler avec lui surtout sur un morceau comme Charleroi où il fait le parallèle entre cette ville et l’endroit où il est né, Saint-Etienne.  Il y décrit comment ses faubourgs sont des lieux de perdition, de pauvreté.

Ce qui est fou, c’est qu’à son âge, il est encore sincèrement touché par ce que font les autres et ce qu’ils écrivent. On pourrait croire qu’après des dizaines d’albums, on s’assèche un peu émotionnellement et qu’on n’est plus sensible à ce qu’il se passe autour de nous. Mais quand on a enregistré avec lui dans le petit appartement (dont je te parlais au début), à la fin du morceau Charleroi, quand il a posé sa voix sur la maquette qu’on avait faite, il était en larmes et il était profondément touché par ce qu’il disait.

Dans une interview pour GQ, vous disiez que vous aimeriez écrire pour Lana Del Rey. Est-ce toujours le cas ?

Ah oui bien sûr ! C’est pareil pour cette artiste, il y a dans sa voix une forme d’émotion et de mélancolie qui est tellement forte que je pense que pour tout musicien, pouvoir écrire pour des interprètes comme ça, c’est magnifique.

Vous commencez votre tournée à Nancy à L’Autre Canal. Etes-vous impatient de retrouver la scène ?

Oui, parce qu’on l’a quittée il y a longtemps et qu’on adore jouer sur scène ensemble. Je pense qu’on est encore plus impatient depuis la sortie du disque. On était tellement isolés pour cet album, (beaucoup plus que pour le premier), on ne pensait vraiment pas qu’il allait être reçu comme ça par nos fans. On a été hyper touchés par les messages qu’on a reçus. Pouvoir leur présenter sur scène et partager notre musique plus directement que via le disque, je pense que ça va être génial !

Que ressentez-vous lorsque vous êtes sur scène ?

Il y a plusieurs choses et ça dépend des soirs. Il y a des soirs où tu vas être plus concentré sur toi-même, et ça ne va pas être les mêmes chansons qui vont te toucher.

Pendant le concert, il y a une sorte d’osmose qui se crée, un langage où on entend ce que font les autres membres du groupe de manière très précise comme s’ils te faisaient une sorte de caresse, un petit bisou. Il y a vraiment un partage que l’on retrouve dans la musique mais qui est presque physique aussi. C’est difficile de le décrire avec des mots.

Ce qui était beau dans la tournée, c’est qu’on a aussi réussi à avoir ce partage émotionnel et presque sentimental avec le public. Parfois, il peut y avoir un groupe dans la salle que tu sens proches de toi, qui partage et qui est directement touché par ce que tu es en train de faire. Et ces personnes ont beau être parfois loin physiquement, tu ressens quand même leurs émotions. Tu sens l’attention prise dans des respirations, dans le silence tout d’un coup des gens qui sont touchés collectivement. C’est un peu bateau de dire ça mais c’est la magie des concerts et c’est pour ça que les gens continuent à aller voir des spectacles. Le concert, c’est un espace où les gens aiment être ensemble pour partager des émotions fortes.

On l’a senti particulièrement après les attentats du Bataclan. Le lendemain, on a décidé de faire le concert qui était prévu en Normandie mais au début on doutait. On se demandait s’il fallait faire le concert ou pas, est-ce que c’était juste, est-ce que c’était « moral » ? Mais très vite, on s’est rendu compte que ce qui était important c’est que les gens se retrouvent. Notre travail c’est de réunir des gens pour discuter sans parler mais simplement par des sons, de sentiments et d’émotions.

Ce n’est pas du tout ce qui nous est arrivé après les attentats de Charlie Hebdo qui ont été un véritable choc pour nous parce que, à ce moment-là on s’est dit : « pourquoi on fait de la musique ? Ce qu’on est en train de faire (notre premier album), ça n’a aucun sens». Faire de la musique c’est mettre un miroir devant toi et dire « ah c’est joli ça, bah vas-y je vais le faire ». Et quand il y a eu les attentats du Bataclan, on s’est rendu compte que ce qu’on faisait ça avait vraiment un sens.

Vous préférez être sur scène ou enregistrer en studio ?

C’est compliqué comme question parce que ce ne sont pas les mêmes boulots et ils te provoquent des émotions très différentes. Celles que tu peux avoir en studio, c’est des émotions que tu ressens quand tu écoutes une personne jouer.

Sur scène tu ne peux pas avoir cette émotion là parce qu’il n’y a pas d’accidents (enfin il y en a) mais il n’y pas la qualité d’écoute qu’il y a en studio où tu te laisses porter par tes émotions. Sur scène, c’est instantané.

A la fin des deux cents dates, on avait profondément envie de se retrouver dans l’état émotionnel dans lequel tu es quand tu es en studio, aller rechercher un accident et puis tirer le fil de cet accident pour voir s’il y avait une chanson qui arrivait.  Pour l’instant, les morceaux de l’album n’existent pas vraiment pour nous. Maintenant, on va les jouer cent fois et à chaque fois, ils vont nous provoquer des émotions nouvelles, et c’est vraiment cool !

Merci à Sébastien d’avoir pris le temps de répondre à nos questions. Feu! Chatterton est en tournée dans toute la France mais les places s’envolent vite ! 

Propos recueillis par Marion Monin-Iacono 

Marion Monin-Iacono

Actuellement en études d'histoire de l'art, je suis encore indécise quant à mon choix d'avenir. Mon physique est plutôt avantageux puisque la nature m'a fait grâce des pouces de Megan Fox (jaloux s'abstenir). En revanche, elle m'a également fait don d'un bon accent lorrain (ou beauf, à ta guise). Je suis passionnée par le 7ème art et surtout par l'œuvre monumentale que représente Dikkenek. Ma plus grande déception restera le départ de Diam's du monde de la musique...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Scroll Up