Arts Cinéma

Get Out : un antiracisme hypnotique

Sorti ce mercredi 3 mai, Get Out, le premier long-métrage de Jordan Peele, révolutionne les codes de l’horreur. Une invitation dans une demeure familiale et cauchemardesque, voici comment s’annonce ce thriller au goût de renouveau.

Synopsis : Chris (Daniel Kaluuya), un jeune homme noir, s’apprête à rencontrer sa belle-famille. À l’apparence insignifiante, cette dernière cache en réalité de terribles intentions.  

« L’horreur sociale »

Le racisme est un thème déjà longuement abordé dans le septième art. L’amour dans un couple mixte, la dénonciation d’une discrimination ou encore le regard sur la ségrégation raciale : cette question est désormais devenue culte dans l’histoire du cinéma. Get Out réinvente pourtant ce sujet, en explorant un racisme méconnu. En effet, il n’est pas question ici de dénoncer une Amérique ouvertement raciste, mais plutôt de montrer qu’il existe une haine raciale venant d’une population qui se définit elle-même comme étant antiségrégationniste.

« Si j’avais pu, j’aurais voté une troisième fois pour Barack Obama. » 

Cette citation, survenant à maintes reprises, révèle le paradoxe qui demeure autour de cette famille. Démocrate, c’est derrière son apparence bienveillante que son projet purement discriminatoire se dissimule. Get Out est construit sur un scénario paradoxal. En effet, il existe dans ce film deux parties complètement opposées. La première se concentre essentiellement sur la rencontre entre Chris et les parents de Rose. Pur modèle familial, explosant de générosité et d’intention, cette atmosphère apaisante n’a pourtant de cesse de provoquer, chez le spectateur, une gêne immédiate. Autant de générosité cache inévitablement un secret. Lequel ? La deuxième partie apporte la réponse.

Get Out concentre peu à peu son point de vue sur le comportement jouissif que porte cette classe embourgeoisée, vis-à-vis des afro-américains. Ces derniers apparaissent comme des objets destinés à satisfaire le bien-être des riches. Get Out est un thriller sur le racisme contemporain, abordant avec ingéniosité, de nombreuses thématiques inédites, telles que l’esclavagisme sexuel et l’exploitation intellectuelle.

Une rythmique implacable

1h44 minutes. C’est la durée pendant laquelle nous restons figés sur notre siège, les yeux rivés sur l’écran, imprégnés par une terrible sensation d’angoisse. Le dénouement arrive et le verdict tombe : Get Out apparaît comme étant un film multi-genre, à mi-chemin entre le thriller et la comédie. Humour noir et suspense haletant, voici sans doute la clé de la réussite de cette petite pépite de l’horreur.

Enfin, nous ne pouvions pas parler de Get Out sans évoquer l’originalité de la B.O, signée Michael Abels. Variée, elle nous offre une panoplie de symphonies, à la fois menaçantes et envoûtantes. Tout comme son genre cinématographique, la bande-son de Get Out est dans un entre-deux, et nous offre un voyage particulièrement réussi, dans le rêve cauchemardesque de Chris.

Une question se pose alors : avec ce premier long-métrage, Jordan Peele a-t-il révolutionné le genre du film d’horreur ? Arrivé dans l’ombre, Get Out, ressort dans la lumière. Ce thriller antiracisme, se dessine aujourd’hui comme une lueur d’espoir dans l’Amérique de Trump.

 

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