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INTERVIEW – Guillaume Meurice : messire punchlines

Espiègle et malicieux, Guillaume Meurice nous dresse, à travers ses chroniques, une critique de la société, sans jamais oublier d’y ajouter un zeste d’ironie. Interview EXCLUSIVE de l’humoriste, qui manie la joute verbale avec virtuosité. Et ça, on aime ! 

Si vous deviez faire une chronique sur vous-même, quels traits de caractère retiendriez-vous ou quels éléments de votre parcours développeriez-vous ?

Comme je le fais avec tout le monde, je chercherais mes contradictions ! Et il y en a ! Mais je ne vous ferai pas la joie de vous les révéler. À vous de découvrir si je roule en 4×4 Diesel, si j’écoute régulièrement du Michel Sardou, ou si j’ai un poster de Valérie Pécresse dans ma chambre. (Pour indice, une de ces propositions est vraie).

J’ai lu que vous étiez passé par le cours Florent. Que vous a apporté cette formation ?

Des rencontres. Par exemple, mon professeur de deuxième année,  Julien Kosellek. Une claque ! Un pédagogue fabuleux. Un mélange de Michel Bouquet et des Sex Pistols ! Et puis plein de potes, de bons souvenirs, et bien sûr, un découvert sur mon compte en banque.

Vous êtes actuellement en tournée dans toute la France avec votre one man show intitulé « Que demande le peuple ? », question que vous posez d’ailleurs au public pendant le spectacle. Avez-vous des réponses cocasses?

Oui, très régulièrement ! Une fois quelqu’un m’a dit « ligoter Éric Zemmour et lui réciter des discours de Martin Luther King ». Bonne idée ! Une autre fois quelqu’un m’a dit « obliger Emmanuel Macron à être clair dans son discours ! ». Bon, c’est un souhait complètement improbable mais l’imagination populaire me rend optimiste !

Et vous Guillaume, si on vous adresse cette question, que répondez-vous ?

En tant que citoyen, le droit d’être pris en compte dans les décisions, ou tout du moins d’être correctement représenté. Vu que c’est un peu le principe de la démocratie…  Que je sache, l’étymologie du mot ne signifie pas « Pouvoir de vieux riches ventripotents vaniteux qui capitalisent leur cholestérol sur les bancs du Sénat ».

Vous êtes chroniqueur depuis 2012 à France Inter, d’abord dans On va tous y passer et maintenant dans l’émission de Charline Vanhoenacker, Si tu écoutes j’annule tout. Auriez-vous un petit scoop sur les coulisses de l’émission à nous raconter ?

Mis à part qu’André Manoukian sniffe de la colle, qu’Alex Vizorek se masturbe dans les ficus, et que Charline est en fait un hologramme d’Annie Cordy, aucun. Si l’on excepte le fait que je suis le fils caché que Pierre Gattaz a eu avec une syndicaliste de la CFDT lors d’une négociation qui a mal tourné. De toute façon, les gens de la CFDT finissent toujours par se faire baiser dans les négociations.

André Manoukian sniffe de la colle, Alex Vizorek se masturbe dans les ficus, et Charline est en fait un hologramme d’Annie Cordy.

Dans l’émission Clique, Mouloud Achour demande à Jérémy Ferrari pourquoi les humoristes comme ceux de France Inter (plus précisément Charline Vanhoenacker et Sophia Aram), qu’ils nomment « des humoristes subversifs autorisés », n’ont plus l’adhésion des jeunes. Comme vous n’étiez pas explicitement visé, vous sentez-vous cependant concerné par cette vision des choses ?

Ils ont raison. D’ailleurs, eux-mêmes sont des modèles de subversion. En bossant pour Bolloré, Ruquier, Hanouna, ils ont eu l’occasion de la prouver à de multiples reprises. S’ils ouvrent une école de rébellion, j’en suis ! De même que j’ai hâte de lire leur étude chiffrée sur l’âge moyen des auditeurs de Charline et Sophia. C’est pas tous les jours qu’on a l’occasion de parler sociologie avec les Claude Lévi-Strauss du PAF !

D’après Jérémy Ferrari, « ces humoristes ne parlent qu’à eux, ils ne font pas leur chronique pour les gens mais pour le journaliste qui les paie et les reçoit dans son émission ». Qu’en pensez-vous ?

Encore une fois, c’est très bien vu ! On ne fait pas nos chroniques pour les gens, mais pour la thune que nous file Patrick Cohen discrètement sous la table. Contrairement à Jérémy Ferrari qui lui, fait réellement de l’humour pour les gens. Enfin, ceux qui sont en mesure de casser leur PEL pour se payer ses places de spectacle.

Vous dites que « l’humour est une porte d’entrée permettant de s’intéresser par la suite, plus en profondeur, à une problématique ». En dehors des personnes déjà convaincues des causes que vous voulez défendre (injustice, racisme, défense des orques…), pensez-vous que l’on puisse faire évoluer les mentalités de ceux qui ne se sentent pas concernés ou des personnes persuadées du contraire ?

Mon but n’est pas de les convaincre que mon avis est meilleur mais de leur offrir des pistes de réflexions, de débat.

Je ne suis pas certain que Michel, 58 ans, dont 40 à boire du sang de chaton pressé au petit déjeuner en lisant Valeurs Actuelles sous un portrait de Robert Ménard puisse subitement changer d’avis à l’écoute d’une chronique humoristique. Mais beaucoup de nos concitoyens n’ont pas un avis tranché sur des sujets précis. Mon but n’est pas de les convaincre que le mien est meilleur mais de leur offrir des pistes de réflexions, de débat. Pour qu’ils puissent bien s’amuser au prochain repas de famille avec tonton Michel.

Dans vos chroniques, vous n’hésitez pas à appuyer là où ça fait mal. Cependant, avez-vous parfois recours à l’autocensure ?

Ma seule limite est ce qui me fait marrer ou non.

Jamais. Ma seule limite est ce qui me fait marrer ou non. Le risque c’est que ça ne fasse marrer que moi. Mais bon, le bide ne tue pas plus que le ridicule. Heureusement pour François Hollande.

Vous avez sûrement été confronté à des réactions virulentes de la part de personnes que vous interrogez. À votre avis, qu’est-ce qui les pousse dans leur retranchement ?

Rares sont les personnes qui aiment être remises en question dans leurs convictions. Alors, il arrive parfois que le ton monte un peu. J’ai toutefois rencontré peu de personnes virulentes au point de me sentir en danger physiquement. Heureusement car je suis épais comme un courrier de Patrick Balkany au FISC.

 Aimeriez-vous animer une émission d’humour à la télévision ? 

Absolument pas. De toute façon, ça me paraît difficile de faire plus drôle que le journal télévisé quand il se prétend neutre.

Merci à Guillaume Meurice pour ces réponses empreintes d’un humour subtil, et toujours aussi surprenantes que mordantes (zbrrr). Ci dessous, le dernier Moment Meurice, daté du 18 avril.

Marion Monin-Iacono

Je suis en étude d'histoire de l'art mais encore indécise quant à mon choix d'avenir. Mon physique est plutôt avantageux puisque la nature m'a affublée des pouces de Megan Fox (jaloux s'abstenir). En revanche, elle m'a également fait don d'un bon accent lorrain ou de beauf (à ta guise). Je suis passionnée par le 7ème art et surtout par l'œuvre monumentale que représente Dikkenek. Ma plus grande déception restera le départ de Diam's du monde de la musique...

7 Comments

  1. Chilperic

    J’ose le pari : Guillaume écoute Michel Sardou.

  2. Je dirais même qu’il écoute Michel Sardou à fond dans son 4×4 diesel.

  3. Guillaume, ton humanisme et ton humilité font que tu ignores la porté de ta subversivité (traduction pour les lepenistes: subvertuvation). Surtout, continue de l’ignorer.

  4. Juste merci en ces temps du peu de cas de toute réflexion un peu construite de donner quelques reliefs aux débats qui devraient animer , dans le respect et la joie de pouvoir partager ses différences, nos chers concitoyens.

  5. Bertrand80410

    Michel et les lacs du conemara… un programme pour ce soir! 😎

  6. Alexandra

    Cette interview est une petite perle, merci pour ton audace Marion. Et puis, si tu n’as que les pouces de Megan Fox alors la petite amie de Guillaume n’a aucune raison d’être jalouse ! question : l’engrais pour les ficus… faut-il qu’il soit 100% bio ?

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