Arts Musique Portraits

INTERVIEW. Chilla : « le rap c’est l’ouverture »

Chilla, 22 ans, et déjà des projets plein la tête. Cette jeune Lyonnaise n’imaginait pas un instant épouser une carrière dans le hip-hop. Et pourtant, son profil atypique la place déjà comme l’une des belles promesses du rap français. Musicienne avant tout, cette adepte du chant et du violon navigue d’un genre à l’autre, d’une facilité réjouissante…. Petite virée au coeur de la « galaxie Chill » !

Pour ceux qui ne vous connaissent pas encore… Qui est Chilla ?

Je vis à Lyon et ça fait plus ou moins trois ans que j’écris du rap. Et un an et demi / deux ans que je concrétise le projet Chilla. J’ai sorti deux freestyles et un single pour le moment.
J’ai chanté avant de rapper et je me suis mise au rap un peu tardivement. C’est là ou j’ai décidé finalement de rallier les deux parce que ça allait plutôt de soi vu que le chant prenait une place importante en général dans ma vie. Et j’ai fait la rencontre de Tefa (son producteur, ndlr) il y a un an maintenant, donc on travaille ensemble et on essaie de concrétiser ce projet.

Quand et comment avez-vous découvert le rap ?

J’ai toujours écouté du rap quand j’étais gamine. Je dirais que j’ai découvert le rap au collège via mon frère. Il m’a fait découvrir Kery James et le groupe Bone Thugs N Harmony. Ca a été un peu mes premières découvertes dans le rap. Ensuite, j’ai toujours écouté du rap en général mais toute la période du lycée, j’étais vraiment baignée dans le monde du reggae un peu dance soul. Et puis un jour, avec des potes, on était à une soirée et eux avaient pour habitude de rapper comme ça, par plaisir. Et puis ils m’ont dit « joins-toi à nous pour écrire un petit texte » et je n’ai jamais lâché le truc depuis…

Hormis le rap, avez-vous d’autres pratiques musicales ?

J’ai fait douze ans de violon en école de musique et au conservatoire. J’ai commencé le violon à l’âge de 6 ans et ça fait trois/quatre ans que j’ai arrêté.

Ça vous a aidée ?

Ça m’a aidée bien sûr à forger mon oreille. Ça m’a aidée aussi à me faire une culture musicale plus large que justement, m’en tenir aux musiques qui passaient à la radio… J’ai baigné autant dans le classique que dans le jazz. C’était surtout un héritage familial. Je suis née dans une famille de musiciens donc forcément j’ai repris le flambeau. À l’avenir, si j’ai l’opportunité, j’essaierai d’intégrer le violon dans un concert, ce serait vraiment top.

Est-ce difficile d’être une femme dans l’univers du rap français ? Le rap est-il un milieu macho ?

Oui, le rap, c’est sûr que c’est un milieu macho. Après, en ce qui me concerne, je dirais non dans l’immédiat. Ce n’est pas difficile d’être dans le milieu parce que je me suis fait prendre sous l’aîle d’un des plus gros producteurs de rap français. Du coup, je suis amenée à voir plein de rappeurs qui ont validé mon travail. Et forcément, je suis directement très bien reçue. Je suis dans une équipe où on est tous très soudés… C’est peut-être plus difficile à faire intégrer aux gens qui n’envisageaient peut-être pas une fille qui débarque dans le rap en chantant… C’est par rapport à l’exposition. Je vois que ma famille est témoin de certains commentaires qui sont écrits. C’est peut-être ça qui est compliqué. Mais je dirais que les gens sont durs avec les femmes dans les médias en général. Dans le rap, on est peut-être des cibles, des proies plus facile.

« En tant que jeune de 22 ans, j’avais besoin d’exprimer certaines choses. »

 

Dans votre morceau « Lettre au président », vous exprimez la colère de la jeunesse vis-à-vis de la classe politique. Selon vous, c’est important aujourd’hui, d’être engagée politiquement en tant que rappeuse ?

Je n’ai vraiment pas la prétention de me considérer comme une rappeuse engagée. Je suis musicienne avant d’écrire des textes. Là, j’écris des textes en parlant de ma vie, en faisant un constat. Et je pense que dans l’air du temps, dans ce qu’on vit actuellement, en tant que jeune de 22 ans, j’avais besoin d’exprimer certaines choses.
J’ai fait la première partie de Kery James au Zenith. Et la veille de ce concert, je me suis dit que je voulais vraiment faire honneur à la chance que j’avais d’être en première partie de Kery James. C’est là que je me suis dit, pour faire hommage à Kery, je vais écrire un texte et une lettre au président, en parallèle à sa « Lettre à la République ».
C’est important quand on commence à avoir la parole ouverte à tous, de dénoncer certaines choses. Vous voyez bien, sur « Si j’étais un homme », je me suis positionnée en tant que femme. Après, je dénonce juste les choses qui me concernent et c’est vrai que je ne vais pas prétendre m’y connaître en politique alors que, comme je l’explique dans le texte, je pense que nous, c’est le problème principal actuel de la jeunesse. De ne pas être assez concernée par tout ça… Mais parce qu’on ne nous donne pas envie et que personne n’est là pour nous représenter vraiment.

« Le rap c’est l’ouverture. »

 

Quelle est votre vision du rap ?

J’ai une vision futuristique du rap. Je pense qu’on est arrivé à une époque où le rap a évolué et a créé plusieurs sous-genres. Je pense qu’il y a plusieurs rap différents et c’est ce qui fait peut-être la force actuelle. Beaucoup de musiques deviennent de plus en plus accessible au grand public et permettent au grand public de s’intéresser à des rap, qui peut-être à une époque, étaient plus censurés ou moins acceptés dans la société. Je pense que le rap c’est l’ouverture. Je vois ça comme une porte ouverte, comme une culture très importante, souvent sous-estimée…

Vous avez fait la premier partie de Kery James au mois de novembre dernier. Décrivez-nous ce moment…

C’était très fort ! J’ai commencé le concert avec « Lettre au président ». Ce qui m’a le plus marquée, c’était le silence total qu’il y a eu quand j’ai commencé mon morceau. J’étais très impressionnée parce que je n’ai pas une grande expérience de la scène.
Et là, je me retrouve devant 6000 personnes… À la fin de « Lettre au président », tout le public avait le point levé et ça a été ma réussite de la soirée parce que j’ai réussi à capter l’attention du public. Et c’était vraiment ce dont j’avais peur parce que j’étais en première partie donc je me retrouve avec un public qui ne me connaît pas, qui écoute du Kery James. Et je me suis retrouvée avec un public à l’écoute.

« Kery James incarne la vaine du rap »

 

Kery James est un rappeur engagé… Il incarne votre vision du rap ?

Je pense que Kery James incarne la vaine du rap, ce à quoi le rap existe. Le rap, déjà de base, ça vient d’un milieu, d’un vécu et pour moi, il a la place peut-être la plus importante par rapport au fait que c’est un des seuls rappeurs engagés avec Médine ou d’autres… Je trouve que Kery incarne la base et l’origine du rap.

Quels sont vos projets dans les mois à venir ?

Il y a un EP donc plutôt un mini-album, qui devrait sortir d’ici juin. On n’a pas de date fixe pour le moment parce qu’on n’est pas pressé, on va continuer à envoyer des freestyles. Pour sûr, il va y avoir deux freestyles qui vont sortir . « Si j’étais un homme », c’était le premier single de l’EP. Ensuite, je vais faire la première partie de DJ Pone à Angers le 28 avril. La première partie de Soprano le 20 juillet à Béziers. Et on attend les prochaines propositions de dates pour pratiquer un peu la scène. Et je pense que d’ici l’année prochaine, il y aura un album, une tournée… Mais là, on est vraiment fixé sur le développement du premier projet.

Si l’on doit retenir une chose de Chilla, ce serait quoi ?

La passion !

Jean-Baptiste Pouillot

0 Comments

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Scroll Up