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Leonard Cohen, à celui qui part sans s’éteindre

Leonard Cohen s’est éteint cette semaine, à l’âge de 82 ans. Le poète, musicien, auteur-compositeur-interprète, représenté dans l’imaginaire collectif avec des cheveux gris et toujours coiffé d’un chapeau, exprimait il y a à peine un mois sa volonté de « vivre éternellement ». Mais en cette année 2016, il meurt aux côtés d’une longue suite de célébrités, rappelons notamment David Bowie, Alan Rickman et Ettore Scola en janvier, Umberto Eco en février, Mohamed Ali en juin, Michel Rocard et Elie Wiesel en juillet… Rétrospective. Hommage à celui qui nous parla. 

A celui qui se battit pour l’amour, et pour un monde meilleur

Leonard Cohen est né en 1934 au Canada. Très rapidement, il publie son premier recueil de poèmes, Let US Compare Mythologies, en 1956. Trois ans plus tard, il fait son entrée dans les cercles de poètes canadiens. Dépressif chronique depuis son plus jeune âge, il alterne des moments d’espoir et de souffrance profonde. Poète jusqu’au fond de son âme, tourmenté comme pouvaient l’être Verlaine, Rimbaud ou Baudelaire, romantique tel Keats, parfois halluciné à l’image de Blake, un peu gothique à l’exemple de Poe, il voyage beaucoup et vit en bohème ses débuts de poète. Par la suite, il commence à chanter aux Etats-Unis. Dès 1966, sa chanson Suzanne devient un tube, grâce à Judy Collins, chanteuse de 5 ans sa cadette. En 1967 paraît son premier album, Songs of Leonard Cohen, contenant la fameuse chanson qui l’a rendu célèbre, ainsi que So Long, Marianne, un titre destiné à la Muse du poète, Marianne Ihlen, qui s’est éteinte peu avant lui en juillet. Il lui avait d’ailleurs promis de la rejoindre bientôt dans une lettre qu’il lui a fait parvenir peu avant sa mort.

Marianne, le temps où nous sommes si vieux et où nos corps s’effondrent est venu, et je pense que je vais te suivre très bientôt. Sache que je suis si près derrière toi que si tu tends la main, je pense que tu pourras atteindre la mienne. Tu sais que je t’ai toujours aimée pour ta beauté et ta sagesse, je n’ai pas besoin d’en dire plus à ce sujet car tu sais déjà tout cela. Maintenant, je veux seulement te souhaiter un très bon voyage. Adieu, ma vieille amie. Mon amour éternel, nous nous reverrons.

A celui qui venait d’un autre temps

Sombre, l’album de ses débuts contient déjà son univers qu’il étoffera ensuite à travers ses différents albums. L’amour et la passion, la religion, que ce juif pratiquant a toujours concilié avec sa vie d’artiste, la solitude du poète maudit, de celui qui comprend ce que les autres ne perçoivent pas, la sexualité, et plus fondamentalement les relations sociales font partie des thèmes récurrents de Leonard Cohen. Entre espoir et portrait réaliste et désabusé du monde, les paroles s’accompagnent d’une musique au plus simple mais toujours travaillée, pour renforcer le poids du texte.

D’autres albums ne tardent pas à suivre : Songs from a Room, sorti en 1969, est considéré comme l’album le plus classique de Leonard Cohen, qui mêlait souvent les genres, entre folk, country, blues, gospel et classique. C’est dans cet album que figure la première chanson avec des paroles en français de l’artiste, The Partisan, reprise de La complainte du partisan composée par Anna Marly, celle-là même qui composa aussi le plus connu Chant des partisans.

Une deuxième chanson, Bird on the Wire, résonne encore davantage dans les esprits à l’heure de son décès. Testament avant l’heure, la chanson parle de la liberté, de cet amour de la liberté qui fut celui de Cohen jusqu’au bout et qui fut plus fort que tout. L’écouter, c’est en soi lui rendre hommage.

A celui qui écrivit LA chanson

On ne le sait pas toujours, mais Leonard Cohen fut l’auteur du fameux titre Hallelujah, mondialement connu et repris par un nombre incalculable de chanteurs. La reprise de son gendre, Rufus Wainwright, qu’on retrouve notamment dans le CD de Shrek, ou celle de Jeff Buckley, apparaissent d’ailleurs avant l’original dans YouTube. Ecrite en 1984, Hallelujah figure dans l’album Various Positions. Reprise plus de 100 fois, elle fut modifiée, avec l’accord de l’auteur, par John Cale en 1991. C’est par la suite cette version qui est reprise par de nombreux grands noms, au choix Bob Dylan, Céline Dion, Ed Sheeran, Damien Saez, Bastian Baker, ou plus récemment Pentatonix. Un auteur parfois moins connu que ses repreneurs, parmi lesquels figurent notamment Joe Cocker, et à qui il est temps aujourd’hui de rendre hommage.

A celui qui part sans s’éteindre

Canadian singer and poet Leonard Cohen is pictured on January 16, 2012 in Paris. Leonard Cohen's new album "Old Ideas" will be released in France on January 30. AFP PHOTO / JOEL SAGET (Photo credit should read JOEL SAGET/AFP/Getty Images)

Repose en paix, Leonard, parmi Rimbaud, Verlaine, Poe, Baudelaire, Blake, Keats et tous les autres. Si tu n’as pas vécu éternellement, tu as rejoins ta Muse, et ta mémoire, elle, est éternelle.

Après neuf albums entre 1967 et 1994, dont deux live, et plusieurs tournées mondiales, Leonard Cohen se retire dans un monastère bouddhiste durant 5 ans et ne produit aucune chanson. Son dixième album sort en 2001, intitulé Ten New Songs. Dès 2004 cependant, après son onzième album, le poète refait une pause et ne sort plus de nouveauté avant 2012. Il sortira alors trois albums en 4 ans, le dernier, You Want It Darker, datant de moins d’un mois. Comme David Bowie, il meurt sans fausse note, sur une dernière œuvre, plus sombre, plus personnelle que jamais. Presque programmatique, l’album révérence, salué par Bob Dylan, récent prix Nobel, contient des titres tels que I’m ready, my Lord, Leaving the Table et surtout Traveling Light, où Cohen nous dit « It’s au revoir ». Au revoir, donc, et non adieu.

Lucile Carré

En recherches sur l'imbrication sphère publique sphère privée à travers la prison, j’aime écrire sur tout ce qui a priori n’intéresse personne (genre les prisons, le big data et la santé). J’aime beaucoup la polémique, mais je sais aussi être sérieuse. Quand je veux. Intéressée par beaucoup, beaucoup trop de choses, je ne dors pas, ce qui me permet de chiner plein de trucs cools sur le web, à l’extérieur, ou encore dans les arts. En bref, je ne m’interdis aucun domaine

2 Comments

  1. Leszczynski sylvie

    Très bel hommage à un des grands noms de la chanson internationale

    • Lucile Carré
      Lucile Carré

      Merci à vous ! Cela me tenait beaucoup à coeur de pouvoir lui rendre hommage.

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