Arts Cinéma

Lion : d’une histoire vraie à une fiction touchante de réalisme

Lion, le premier film de Garth Davis, a été nominé dans six catégories aux Oscars sans repartir de la cérémonie avec une seule récompense. Retour sur un drame particulièrement émouvant, adaptation de l’histoire de Saroo Brierley.

Synopsis
Lion est basé sur une histoire vraie, celle de Saroo, un petit garçon indien. L’histoire commence en 1986, alors que Saroo a 5 ans. Il vit en Inde avec sa famille, dans la pauvreté mais entouré par ceux qu’il aime. Tout bascule le jour où il accompagne son frère Guddu au travail. Ce dernier le laisse seul et Saroo s’endort dans un train vide. Deux jours plus tard, le train s’arrête, à Calcutta. A 1600 kilomètres de sa maison, sachant à peine prononcer le nom du village d’où il vient, Saroo se perd dans l’une des plus grandes villes indiennes. Recueilli après plusieurs mois par un orphelinat, il finit par être adopté par une famille australienne. Puis, vingt-cinq ans après s’être perdu, Saroo entreprend de rechercher sa famille biologique.

Sunny Pawar, de Mumbai à Hollywood

Avec Lion, Garth Davis s’est attaqué à une adaptation très risquée. Vous vous en doutez, avec une histoire aussi triste, la difficulté était avant tout d’éviter de sombrer dans le pathos. Mais heureusement, même si Lion amène quiconque doté d’humanité et de compassion au bord des larmes, il n’est pas pour autant un long-métrage à l’eau de rose. La performance bouleversante du jeune indien qui joue Saroo, Sunny Pawar, est en partie responsable de l’émotion qui se dégage du film. Pour l’anecdote : le petit garçon a été déniché par la production dans une école pour enfants défavorisés de Mumbai.

Pendant toute la première partie du film, qui dure environ une heure, c’est Sunny, grâce à sa petite bouille d’enfant perdu qui donne une dimension complètement réelle à Lion. C’est dans son regard et à travers sa silhouette frêle que le film prend son spectateur aux tripes et lui permet de plonger dans l’histoire de Saroo, comme si c’était la sienne.

Beauté et réalisme

Pour rendre ce film encore plus réaliste, pour faire de cette fiction notre réalité l’espace de 129 minutes, Garth Davis a su choisir les paysages et le directeur de la photographie idéaux. C’est à Greig Fraser, le directeur de la photographie du dernier Star Wars, que l’on doit les belles images de Lion.

Ensemble, Davis et Fraser dressent avec Lion un magnifique portrait de l’Inde sans tomber dans le cliché et en évitant toujours d’y insérer trop de détails pathétiques qui auraient nui au film. Que ce soit en Inde ou en Australie, les paysages sont époustouflants et le travail de Greig Fraser sur les lignes de train, la foule et les rues indiennes est remarquable. Grâce à cette esthétique particulière et quasiment documentaire, les distances parcourues par le jeune Saroo deviennent un peu plus concrètes à nos yeux de spectateurs.

Nicole Kidman, maman pleureuse

Etrangement, je n’ai pas évoqué les deux têtes d’affiche de Lion, à savoir Nicole Kidman et Dev Patel (Slumdog Millionnaire). Pour ce qui est de Nicole Kidman, j’ai rapidement pris conscience que son rôle était largement secondaire contrairement à ce que laisse entendre la communication autour de Lion. Et tant mieux : la star joue la mère australienne de Saroo, et même si ça peut sembler étonnant, elle est peut-être le seul point faible du film. Sans aller jusqu’à dire qu’elle surjoue, j’ai trouvé que son monologue était vraiment le seul moment où Garth Davis se perdait pour plonger légèrement dans le théâtralisme…

129 minutes d’émotion

Dans la deuxième heure du film, Dev Patel livre en revanche une performance très juste et à l’image du reste du film. On aurait pu s’attendre à ce que le passage de l’enfance dans la première partie à la seconde partie, centrée sur l’adulte qu’est devenu Saroo sous les traits de Dev Patel, soit un peu abrupt. Mais tout est finement joué et le film ne perd rien de son réalisme.

Dans cette seconde partie, Garth Davis a su entourer son personnage principal : un père, une mère, un frère, une petite amie (Rooney Mara) apportant leur lot de détails, si bien que l’on se sent vraiment concerné par l’histoire d’un bout à l’autre. Garth Davis, en incluant un quotidien et des émotions humaines qui vont bien au-delà de son passé d’enfant perdu au personnage de Saroo adulte, a donné un vrai relief à son personnage. Les sentiments des uns et des autres sont les mieux retranscrits à l’écran, dans un souci du détail assez étonnant.

C’est justement ce réalisme qui apporte toute la charge émotionnelle que l’on ressent en regardant Lion. Je n’aime pas pleurer au cinéma, mais je crois qu’on peut faire une exception pour ce petit bijou du grand écran…

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