Arts Littérature

Livre Paris : Gaël Faye, Kamel Daoud, (…)

Dimanche dernier, c’était le salon du Livre à Paris. Le plus grand événement littéraire de France, avec plus de trois mille auteurs, se tenait porte de Versailles du vingt-quatre au vingt-sept mars. Divague s’y est rendu et y a dérobé quelques jolis mots entre deux dédicaces. Entre anciens ministres, auteurs connus, dessinateurs de talent, Divague s’est baladé dans tout le salon, au milieu des expositions, des conférences et des stands. Petit résumé.

Un salon du livre vivant, entre conférences et expositions

Le Livre Paris ne se contente pas de proposer des dédicaces. Le parc des expositions de Versailles permet en effet une grande liberté d’agencement grâce à son haut plafond et sa longueur. Comme chaque année, un pays était à l’honneur. Il s’agissait cette fois du Maroc.

Pavillon du Maroc

En dehors de ce stand, le salon du livre de Paris comporte d’autres particularités. Notamment, il mélange des stands par région (littérature africaine, littérature des diverses régions de France), des stands par éditeur, et des stands par type de produit (BD, romans, essais, animations…). Avec, au milieu de tout ça, des expositions et des conférences. Divague est notamment passé voir la rétrospective sur Jirō Taniguchi, mort il y a quelques semaines.

 

Imagine… Paris

Enfin, Divague s’est rendu à la conférence « Imagine… Paris », à laquelle étaient présents Bilal, Peeters et Schuiten, Burgel et Graffet. Le thème portait sur la représentation de Paris, selon une idée imaginaire ou au contraire en essayant d’être le plus fidèle possible à la réalité.

Pour Burgel, par exemple, « Paris est figée », c’est un ensemble de monuments et d’architecture qui ne bouge plus.

Bilal renchérit : « Paris reste figée car elle n’a pas réussi à trouver un nouvel élément social, donc on reste dans l’éclatement social. Paris paye sa situation figée. Il y a un potentiel de vivre-ensemble, mais ce sont des mots vides en soi. Il faut attendre une nouvelle génération pour dialoguer. Paris reste traumatisée par sa tour Montparnasse, elle fait état d’un pays un peu tétanisé. » Néanmoins, il reconnaît que “cette ville est d’une beauté à couper le souffle.”

Pour Graffet, en revanche, Paris est vivante et change, il la voit « comme un labyrinthe » : « Quand je viens à Paris, je regarde beaucoup en l’air. Je cherche des perspectives qui pourraient m’intéresser. Aujourd’hui, on a une possibilité de faire des bâtiments plus légers avec les éléments actuels, et ce n’est pas encore assez présent. »

Enfin, Schuiten déclare qu’il « ne se reconnaît pas dans le terme d’utopie ». En effet, pour lui, « on ne représente pas le Paris qu’on désire. Aujourd’hui, on a encore cette coupure entre un Paris intramuros, dont les murs sont d’ailleurs plutôt le périphérique, et le grand Paris. Mais les gens ne se vivent pas comme ça, les gens ne se vivent pas parisiens. De fait, ils ne sont pas parisiens. Dans notre ouvrage, on a pris le contre-pied : c’est un Paris sans Parisiens. Un contre Paris. »

Des dédicaces et des entretiens

Entre deux dédicaces, Divague s’est faufilé aux comptoirs pour obtenir quelques mots des auteurs présents, pour vous livrer des informations croustillantes. Portraits succincts.

Kamel Daoud

Kamel Daoud est le seul à avoir un garde du corps à côté de sa table. Et pour cause, le chroniqueur et écrivain est la cible d’une fatwa, un jugement rendu par un mufti, un spécialiste de la loi islamique. Rappelons que Charb était également la cible d’une fatwa lorsqu’il a été tué dans la tuerie de Charlie Hebdo.

Kamel Daoud est avant tout chroniqueur radio. Son premier livre, Meursault contre-enquête, reprend le mécanisme de L’étranger de Camus, mais du point de vue de l’Arabe et non du Français. Son nouveau livre, Mes indépendances : Chroniques 2010 – 2016, reprend ses chroniques radio. On lui a posé quelques questions rapides.

Divague : Comment on passe de la radio à l’écriture ?

Kamel Daoud : Tout d’abord, je n’ai pas arrêté la radio. C’est quelque chose en plus.

D : On vous l’a demandé ou c’est quelque chose que vous vouliez faire ?

KD : On m’a demandé de publier mes chroniques. Beaucoup de lecteurs me l’ont demandé. Alors je l’ai fait.

D : Comment vous avez choisi ?

KD : Ca a été un travail très dur. Il y avait environ 2200 textes, je devais en choisir autour de 180. Ca m’a pris beaucoup de temps et de réflexion.

Douglas Kennedy

Douglas Kennedy n’en est plus à son coup d’essai. Après plus d’une dizaine de romans, il revient au salon du livre de Paris pour dédicacer ses ouvrages. Avec un humour plutôt british pour un Américain pur souche, il fait quelques remarques sur les personnes qui l’entourent, prennent des photos.

« Oh, that’s the fameux selfie ! »

J’arrive à la table, demande une dédicace. « Votre prénom ? » « Lucile ». Le voilà parti sur le latin. « Oh, la lumière, le latin », dit-il dans un français fortement teinté d’un accent (américain celui-là). Je me demande si mon accent en anglais n’est pas pire. A côté de lui, Christophe Barbier, anciennement de L’Express, sourit.

Bernard Minier

Bernard Minier est auteur de polars à succès. Ancien douanier, il gagne le prix Cognac du polar avec son premier roman, Glacé, en 2011. Son personnage récurrent, Martin Servaz, apparaît ensuite dans deux autres romans, Le cercle, et N’éteins pas la lumière. Puis, brusquement, en 2015, dans le thriller Une putain d’histoire, il change d’écriture : pas de personnage récurrent, une histoire écrite avec un narrateur interne… Les fans sont inquiets. Va-t-il laisser tomber Servaz, en plein conflit avec Hirtmann, le redoutable tueur en série qu’il poursuit ? Et puis, en 2017, sort Nuit, qui signe la reprise de service de Servaz. Mêlant toujours des éléments d’actualité et de réflexion sociétale, la suite policière reprend du service.

D : Pourquoi avoir laissé tomber la série pendant trois ans ?

Bernard Minier : Je n’en pouvais plus de Servaz. On m’en parle tous les jours. Imaginez qu’on vous parle tous les jours de quelqu’un. Que dès le matin, il soit avec vous au petit déjeuner. C’est pour ça que je l’ai mis de côté pendant trois ans. Je n’en pouvais plus.

D : Comment on reprend sa série après l’avoir laissée de côté pour écrire autre chose ?

BM : D’un côté, c’est insupportable qu’on vous parle de lui. De l’autre, vous y êtes attaché, et ça fait plaisir de voir que les fans y tiennent, qu’ils le suivent, presque plus qu’ils ne vous suivent vous. A vrai dire, j’avais envisagé de le flinguer.

D : Le flinguer ? Comme Sherlock Holmes ?

BM : Oui. Mais ça n’avait pas empêché les fans de protester, il avait même dû trouver un moyen de le faire réapparaître (c’était assez mal fait d’ailleurs, il l’avait tellement bien tué que ce n’était pas crédible qu’il ait survécu).

D : Et finalement ?

BM : Et finalement, vous verrez en lisant.

Marc Trévidic, Gaël Faye, Catherine Meurisse

Marc Trévidic, juge antiterroriste, dédicace ses livres sur la démocratie et le processus de radicalisation. Tout ce qu’il aura le temps de me dire, au vu de la file qui s’étire derrière moi, c’est qu’il a des regrets. Notamment sur cette fameuse affaire du génocide rwandais, au bout de laquelle il n’a pas pu aller (et qui n’est toujours pas terminée aujourd’hui). Pour lui, ce genre d’affaires est frustrant, car les juges ont rarement le temps d’aller au bout (ils changent de dossier tous les quinze ans au plus tard). Et pourtant, c’est aussi complètement passionnant. Selon ses dires : “On fait partie de l’Histoire quand on est en charge d’une telle affaire“.

Derrière la table de Gaël Faye, c’est noir de monde. Dans la file, on se bouscule. Chacun veut une dédicace du prodige, qui, avec son premier roman Petit Pays, a gagné le prix Goncourt des lycéens.

Pour Catherine Meurisse, les gens se pressent également. La survivante de la tuerie de Charlie Hebdo (on fait parfois bien d’être malade) reprend le chemin du succès et des dédicaces, après une période troublée qu’elle raconte dans La légèreté.

Tout ce monde pressé derrière les tables semble de bon augure pour le Livre Paris. Alors que les nouvelles technologies prennent de plus en plus de place dans nos vies, il est agréable de voir que les Français lisent toujours, et se pressent aux rencontres littéraires.

Lucile Carré

En mémoire sur l’européanisation de l’univers carcéral, j’aime écrire sur tout ce qui a priori n’intéresse personne (genre les prisons, et la santé). J’aime beaucoup la polémique, mais je sais aussi être sérieuse. Quand je veux. Intéressée par beaucoup, beaucoup trop de choses, je ne dors pas, ce qui me permet de chiner plein de trucs cools sur le web, à l’extérieur, ou encore dans les arts. En bref, je ne m’interdis aucun domaine.

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