Arts Cinéma

L’Opéra de Jean-Stéphane Bron : la face cachée du spectacle

Mercredi dernier sortait le nouveau documentaire de Jean-Stéphane Bron, une immersion pendant toute la saison 2015-2016 dans l’Opéra de Paris. Le bâtiment, l’institution et ses rouages comme vous ne les avez jamais vu et à la clé des frissons encore et toujours.

Non, vous n’irez pas voir un film d’opéra

Je vois déjà des spectateurs rechigner devant un « documentaire sur l’opéra », parce qu’il y a « documentaire » et « opéra ». Mais faites nous confiance, L’Opéra n’est pas un film-opéra. Et si mon argumentaire ne vous convainc toujours pas, eh bien zut.

Plus sérieusement, le film épouse assez bien la forme d’un film narratif (comme l’ensemble des films de fiction aujourd’hui). Il ne s’agit pas d’un documentaire qui chercherait à inculquer un savoir ou à livrer un point de vue restrictif. Le film est dense mais cohérent, ce qui donne encore plus envie de s’y plonger tout entier. Premièrement parce que la saison 2015-2016 a été très chargée en événements, mais aussi parce que suivre des personnages crée un lien entre le spectateur et eux, à côté duquel il est difficile de passer.

©Les films du losange

De plus, le film est complet dans sa présentation de l’institution puisqu’il laisse une large place au bureau du directeur, où se jouent des négociations plus importantes qu’on ne peut l’imaginer. Pour qu’une organisation d’une telle ampleur continue de vivre, chaque corps de métier est nécessaire et leurs interactions, inconnues du grand public, sont parfois étonnantes de complexité. Ces différents corps de métiers sont d’ailleurs quasiment tous à l’image, sans hiérarchie et avec toujours le même regard de celui qui est là pour transmettre ce qu’il a vu.

Une construction ludique

Quoi de plus ingénieux que de construire son film selon les règles de l’opéra, ce spectacle prestigieux et grandiose ? Une ouverture toute en musique, un développement au cœur de la mise en scène, un spectacle ou deux et une conclusion intense. Voici le premier et le plus important des choix qu’a opéré Jean-Stéphane Bron en écrivant son documentaire.

En suivant la chronologie des événements, et en ponctuant son film de dates que nous connaissons tous plus ou moins – les attentats du Bataclan, la démission de Benjamin Millepied, les manifestations – Jean-Stéphane Bron rend son documentaire très accessible et s’éloigne de l’élitisme généralement accordé au genre. Le spectateur suit donc l’année 2015-2016 depuis l’intérieur de l’Opéra, sans se perdre dans des interviews ou entre des thèmes dont il ne percevrait pas nécessairement la pertinence.

L’immersion sur une saison entière a permis au documentariste de relever plusieurs comportements récurrents, de les filmer plusieurs fois et ainsi de monter son film tout en fluidité. Il a pu recréer une narration (dont l’absence peut agacer les amateurs de fiction) grâce à sa présence en continu. Et c’est là, la force du documentaire.

Un point de vue original et puissant

Jean-Stéphane Bron a choisi de s’intéresser aux seconds : hormis le directeur, Stéphane Lissner, le film suit un jeune chanteur russe de 21 ans qui débarque de sa petite ville natale, une danseuse du corps de ballet, un remplaçant de dernière minute sur un opéra de cinq heures ou encore les deux régisseuses lors d’un spectacle. En plus de donner la parole aux moins médiatisés, Bron souligne le fourmillement qui permet à cette immense structure de fonctionner.

©Les films du losange

L’image, quant à elle, vient directement des coulisses et des loges. Le point de vue est immédiatement intimiste, on se sent embarqué avec les chanteurs, les danseurs, les costumiers, les assistants… C’est ce point de vue original et inédit qui confère à l’image une telle puissance, mais presque inconsciemment. L’explosion de sensations devient perceptible et vous submerge lors des scènes les plus intenses : une démonstration de Micha, le jeune chanteur russe, ou l’essoufflement incessant de la danseuse. Qu’on aime ou non l’opéra, il est impossible de rester de marbre devant le gros plan envahissant de Micha, de son regard et de sa voix qui dépassent les limites du cadre.

Loin de l’élitisme malheureux de l’opéra, profitez des dernières séances de ce film. Le cinéma doit rester un art populaire, Jean-Stéphane Bron le sait et l’exploite remarquablement bien.

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