Portraits

Maxime Leroy : « Mon truc en plumes ! »

Maxime Leroy : ce nom plutôt commun ne vous dit sans doute rien. Pourtant, ce jeune homme de vingt-sept ans vient de remporter le prix de la Jeune Création Métiers d’Art pour ses créations toutes conçues de … plumes ! Divague vous emmène dans le monde merveilleux du plumassier, pour son plus grand plaisir.

« Je ne trempe pas ma plume dans un encrier mais dans la vie »

Maxime Leroy a toujours aimé les arts sous toutes leurs formes. Il danse, il dessine, il peint. C’est donc naturellement qu’après son baccalauréat littéraire, il se dirige vers une MANAA (Mise A Niveau en Arts Appliqués) au lycée Le Paraclet (Quimper). Il décide alors de s’orienter vers un CAP en un an en plumasserie au lycée Octave Feuillet, à Paris. Entre la plume et le jeune homme, c’est une histoire d’amour : « J’aime la plume, car c’est une matière qui peut être réinventée en permanence. Elle peut être douce, raide, ou même coupante. Elle me fascine » (ici).

Et il faut dire que cette histoire d’amour ne date pas d’hier : déjà tout petit, Maxime leroy s’amusait à vider les vieux édredons familiaux de leurs plumes pour utiliser ces dernières à des fins davantage artistiques. Passionné de graphisme et de design, Maxime Leroy essaie d’adapter la matière de la plume à tous les secteurs. Ainsi, des ébénistes lui ont commandé des lampes où il fallait révéler la laque avec les plumes en transparence. On retrouve aussi les plumes sur des chaussures, des vélos, ou tout autre élément incongru.

Les œuvres de Maxime Leroy sont sculpturales, modernes et avant-gardistes, et ce des arts décoratifs aux objets de design. Aucun support ne l’effraie et il se plaît à les sublimer en utilisant toute la texture et la beauté des plumes. Il utilise minutieusement chaque plume, les brûlant parfois pour obtenir la bonne teinte.

La plume demande une sensibilité particulière et un maniement de professionnel

Un métier noble peu pratiqué mais reconnu par les plus grands

Lorsque Maxime Leroy énonce son métier, c’est toujours avec un grand sourire et un petit rire : « Je suis artisan plumassier » (). Sans doute à cause de l’originalité de son art. Lorsqu’il travaille sur un projet, la première étape est de « palper l’univers souhaité ». Il étudie la pièce de haut en bas, en large et en travers comme s’il voyait en elle, que ce soit une chaussure ou une tête de lion. Puis dès qu’il a capté la densité de l’objet, il sélectionne ses plumes et se lance dans sa réalisation. C’est ainsi qu’il a créé une tête de lion exceptionnelle et toute en légèreté.

La tête de lion de Maxime Leroy, désormais célèbre

Ce qui caractérise aussi la démarche de Maxime Leroy, c’est sa sensibilité : sensibilité aux arts et aux matières, mais aussi aux matériaux. Il est un « noblisseur de matière ». Dès le printemps, il se promène dans les forêts ou aux abords des lacs pour récolter les plumes au moment de la mue des oiseaux. Un point important de son travail lui tient particulièrement à cœur : ne récolter que les plumes tombées, ou sinon il se fournit chez un grossiste.

Très vite en sortant de l’école, il est repéré : il commence sur les chapeaux de roues par exemple en faisant les coiffes d’indiens du film Sur la piste du Marsupilami d’Alain Chabat, en travaillant pour l’éventailliste Anne Hoguet ou le créateur Jean-Paul Gauthier. Le jeune artiste reconnaît d’ailleurs qu’il a « eu de la chance que les professionnels [lui fassent] si vite confiance » (Par ici). ll se spécialise alors définitivement dans la plume. Sa définition très personnelle du métier l’a conduit à côtoyer les plus grands et à creuser son trou très vite.

Les créations délirantes de Maxime Leroy pour Jean-Paul Gauthier par exemple

Les rêves fous de Maxime Leroy

« Avec la plume, les possibilités sont infinies » (Ici) et les projets de Maxime Leroy aussi. C’est sans doute pour cela que dès 2013, il fonde sa propre marque M.Marceau, avec laquelle il signe régulièrement des collaborations dans les domaines de l’art, de la photographie, du cinéma et du design. Dans son atelier du XVIII arrondissement à Paris, il peaufine ses contributions aux plus grandes maisons de haute-couture : Chanel, Givenchy, Jean-Paul Gauthier ou encore Louis Vuitton. Il concède que la plume, « c’est très très luxe, très haut-de-gamme » (Source), mais contrebalance en expliquant que les plumes vieillissent très lentement.

Le jeune artiste travaillant dans son atelier, à Paris

Quelques temps après M.Marceau, Maxime Leroy est encore avide de nouvelles expériences plumesques : il cofonde alors la marque de maroquinerie de luxe Sacco-Baret en 2016. Invité d’honneur de Résonances (salon européen des métiers d’art) à Strasbourg en 2015, le Palais de Tokyo lui commande en 2016 la pièce maîtresse de l’exposition Double Je : une moto hérissée de plumes. Il a également exposé au MAMO et il sera exposé au Grand Palais du 4 au 8 mai 2017, occasion pour laquelle il projette de créer des tabourets avec des assises en plumes.

La fameuse moto à plumes de Maxime Leroy

Et ce qui compte plus que tout pour le jeune homme, même avant la création d’œuvres fantasmagoriques, c’est la transmission : il a été démarché dans son ancienne formation de CAP plumasserie pour enseigner aux élèves. Peu convaincu au début de l’aventure, il change d’avis après plusieurs mois : « C’est important pour un artisan. Cela permet de garder les pieds sur terre et de voir les évolutions du métier. Former de nouvelles générations remet parfois en cause mon travail » (Par là).

Manon Capelle

Véritable cœur d'artichaut qu'un caillou qui a l'air triste ferait pleurer, je suis aussi le genre de fille qui aime rêvasser la tête à l'envers sur le canapé et acheter des tasses à thé de toutes les couleurs parce que c'est joli. Je suis passionnée par l'histoire sous toutes ses formes, par les saveurs du thé, j'aime les anecdotes rigolotes qui ne servent à rien, les voyages où l'on ne fait que contempler ce qui nous passe sous le nez, et les boucles d'oreilles (ma petite addiction personnelle). Plus sérieusement, je suis étudiante en lettres modernes et en journalisme à l'Académie de l'ESJ, et je suis bien déterminée à prouver à la face du monde que l'info, c'est aussi de la légèreté.

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