Actualité Éclairage

Mayotte : une île asséchée

Depuis mi-décembre, Mayotte, le 101e département français, territoire situé dans l’archipel des Comores au large de l’Océan indien, connaît une pénurie d’eau très préoccupante.

Pourquoi cette pénurie d’eau ?

La saison sèche à Mayotte s’étend normalement de juin à décembre. S’ensuit la saison des pluies, de janvier à mars. Mais les Mahorais attendent toujours les précipitations de début d’année qui ne devraient pas arriver avant mars, d’après les experts. Le retard conséquent de la saison des pluies entraîne une pénurie d’eau ainsi qu’une sécheresse, paralysant le pays. Huit communes de la moitié sud de l’île, soit quelque 63 000 habitants, sont privées d’eau deux jours sur trois. Cette situation s’étend au centre, mais également bientôt au nord de l’île.

Quelles conséquences pour la population et le département ?

Aurélien Février, journaliste à Mayotte 1ère, explique qu’il y a « des maladies comme la peste ou le choléra qui sévissent. Les gens, comme ils n’ont pas d’eau dans leur robinet, n’hésitent pas à aller s’abreuver dans la rivière d’à côté […] et, du coup, boivent de l’eau impure ». Il n’est pas le seul à s’inquiéter des conséquences sanitaires. Oussani Ballache, membre du Collectif de lutte contre la pénurie d’eau à Mayotte, raconte qu’il y a des risques de « propagation des épidémies de typhoïde, de la gale, d’hépatite A…».

La sécheresse, couplée à la pénurie d’eau, freine le développement du commerce, de la restauration, du tourisme mais également du secteur du BTP où les entreprises sont contraintes d’utiliser l’eau fluviale pour fabriquer le béton. Des trafics d’or bleu sévissent : le prix de la bouteille d’eau d’1,5 litres, fixé par la préfecture, varie entre 62 et 80 centimes selon la marque, une somme déjà conséquente pour ce département très pauvre. Mais les trafiquants n’hésitent pas à monter les prix jusqu’à 2 euros, selon France Mayotte. En 2011, une grande partie de la population (84 %) vivait encore sous le seuil national de bas revenus.

Les écoliers de Mayotte pâtissent aussi de cette situation. La rentrée scolaire de janvier a été retardée, en attendant que les classes soient équipées de citernes. Désormais les enfants ne peuvent se rendre à l’école que pour deux heures de cours par jour, les conditions hygiéniques des sanitaires n’étant pas garanties.

Quelles mesures ?

Depuis le 23 novembre 2016, les Mahorais sont soumis à des restrictions d’eau : interdiction d’arroser les pelouses et terrains de sport, de remplir les piscines privées, de laver sa voiture en dehors des stations, etc.

Mais la situation s’empire à la mi-décembre et des « tours d’eau » sont organisés : des roulements sont mis en place pour aller chercher de l’eau aux rampes d’approvisionnement, évitant ainsi tout débordement ou tout abus dans la consommation. Néanmoins, ces solutions ne se pensent qu’à court terme.

Dans certaines villes et certains villages de l’île, des rampes de distribution d’eau ont été installées. Elles ressemblent à des robinets, utilisables pour s’approvisionner. Selon le ministère, l’installation de ces rampes permettrait de prolonger l’accès aux ressources existantes jusqu’à fin mars. La ministre des Outre-mer, Ericka Bareigts, avait annoncé dans un communiqué que l’État envisageait d’envoyer un tanker d’eau, en plus de la trentaine de rampes déjà installées.

Le 4 février dernier, Ericka Bareights et les autorités locales ont annoncé le déblocage en urgence d’un demi-million d’euros pour « l’achat de citernes et de bouteilles pour que les écoles [du département] puissent assurer dans les meilleures conditions l’accueil des élèves. »


Des habitants de l’île de Mayotte remplissent des bidons d’eau à un point de collecte, dans le village de Tsararano en décembre 2016. (ORNELLA LAMBERTI : AFP)

Projet d’aménagement


Selon la Mahoraise des Eaux (qui gère la distribution de l’eau potable sur l’île), près de 80% de la production d’eau potable de Mayotte vient des eaux de surfaces (eau courantes ou stagnantes, douces, saumâtres ou salées qui sont en contact direct avec l’atmosphère) stockées dans des retenues collinaires dans les villes de Combanie et Dzoumagné. Or, Mayotte ne compte que deux grands dispositifs de stockage. Le projet d’aménagement d’une troisième retenue collinaire devient la priorité du contrat État-Mayotte 2015-2020.

 La colère gronde à Mayotte

Les habitants se sentent abandonnés par l’État français. Le journaliste Aurélien Février témoigne dans le média Brut : « Dans les années 70, on a voté pour être français, et là on a l’impression de ne pas être français du tout, de ne pas être pris en compte, d’être abandonnés par l’État ». Cette sensation d’abandon, il n’est pas le seul à la ressentir.

« À notre requête pour des mesures exceptionnelles d’alimentation des populations sinistrées en eau, la préfecture nous a répondu que l’État n’avait pas assez de moyens, et que les mesures qui doivent être appliquées en urgence pourraient coûter trop cher à l’État », déplore Ousseni Ballache. Près de 70 personnes s’étaient d’ailleurs réunies début février à Mamoudzou, la capitale de l’île, pour alerter les collectivités et instances de l’État des conséquences de la pénurie d’eau.

Anna Kurth

About

Etudiante en photographie, j’aime faire des photos floues et sans intérêt. Sinon j’ai toujours ce petit fil rouge dans ma tête : devenir un jour journaliste. Joueuse de piano depuis belle lurette, danseuse sans style précis pendant quatorze ans. J’ai développé un amour pour les expressions et dictons. Et sinon j’aime l’allemand, je mesure 1m54 et ne sors jamais sans rouge à lèvres. Voilà, vous savez (presque) tout.

0 Comments

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Scroll Up