Portraits

Michael Najjar : le gardien de la photographie galactique

3, 2, 1… Vous êtes prêts pour l’aventure ? En tout cas, le photographe et vidéaste Michael Najjar, lui, est prêt depuis des années à concrétiser le projet de sa vie : partir dans l’espace pour prendre des clichés uniques avec Virgin Galactic. Divague se penche sur cette figure d’artiste atypique, qui a annoncé son départ courant 2018, et qui mérite sa réputation d’extraverti .

Entraîné à la dure pour réaliser un rêve d’enfant

 

Michael Najjar sera le premier artiste-photographe à avoir la chance de voyager dans l’espace pour en prendre des photos. Un honneur qui fait entrer l’artiste allemand dans le cercle très privé des astronautes. Michael Najjar a dû suivre un entraînement spécial depuis 2011 afin de se préparer au mieux aux conditions extrêmes qu’il devra affronter un fois la stratosphère dépassée. Ainsi, il s’est notamment entraîné à l’exercice très connu de la centrifugeuse (pour supporter la pression) mais a aussi appris à gérer la gravité zéro (pour saisir l’appareil photo et prendre des clichés).

L’artiste en plein entraînement de plongée en gravitation zéro

Lors de sa préparation, Michael Najjar a bénéficié de privilèges incroyables : outre le fait qu’il a pu s’entraîner avec de nombreux autres astronautes, ingénieurs et scientifiques, il a également pu mettre à l’épreuve son corps et sa solidité psychologique en réelle condition. L’entraînement a alors eu lieu en Russie, au centre Gagarine, mais aussi au contact des grands spectroscopes au Chili (désert d’Atacama) ou encore dans la grande base de lancement de Baïkonour au Kazakhstan.

La base de lancement kazakhe d’où Michael Najjar a su se renseigner sur les tenants et aboutissants spatiaux

De cette expérience incroyable de toute une vie dont l’objectif était au commencement de se préparer à un voyage galactique est né un projet beaucoup plus vaste. En effet, lorsqu’il a commencé à s’entraîner, Michael Najjar s’est rendu compte qu’il était au centre de la procédure. Toute sa vie d’artiste, il a cherché la véritable performance à travers la photographie, mais il ne s’était jamais retrouvé sur aucune vidéo ou sur aucune photographie de son cru. Ainsi est né le projet Outer Space, dont l’artiste a tiré un livre de photographies à propos de son entraînement.

Le partage du quotidien de l’artiste dans la plus grande intimité : ici des câbles

Un croisement détonant entre un artiste et un astronaute

 

Michael Najjar s’entraîne à dompter l’espace tous les jours, sans relâche, pour s’assurer une maîtrise parfaite des éléments et de son propre corps. C’est de cette implication profonde et presque vitale qu’est né Outer Space. La vision de son périple est optimiste et intimiste, à l’image du photographe. Ce dernier a toujours été passionné par les nouvelles technologies, notamment spatiales et les théories futuristes. Ainsi, dans son projet Metropolis (2003-2006), il revivait la croissance d’énormes villes mondiales à travers un travail de photographies simultanées et construisait leur avenir.

Un des photographies les plus célèbres du projet Metropolis

Lorsque l’on regarde les photographies de Michael Najjar, on pense immédiatement à un documentaire décomposé. Cette spécialité, l’artiste l’a incorporée à tous ses projets pour évoquer au spectateur l’intimité et l’effervescence qu’il ressent. Le voyage dans l’espace n’est que l’aboutissement de ce procédé auquel il songe depuis toujours. Il est ainsi passionné de science-fiction, de films ou séries comme 2001 : L’odyssée de l’espace (Stanley Kubrick), Ex Machina (Brian V. Vaughan et Tony Harris) ou plus récemment Interstellar (Christopher Nolan). Ces films ont indéniablement forgé son attrait pour le monde spatial.

L’obsession de l’évolution, du mouvement et de la compréhension

 

Le travail du photographe est souvent décrit comme étant en suspension entre fiction et réalité, car il repousse bien loin les barrières du « physiquement possible ». Les projections se mêlent aux conditions extrêmes et aux entreprises technologiques mises en place (ou non, comme pour Outer Space où le photographe évolue sans aucune aide). L’artiste cherche bien sûr à questionner la réalité de notre imaginaire collectif, mais aussi à interroger la réalité sensible telle que nous la percevons par nos sens.

Avec internet, les réseaux incroyables des grandes villes, les nouveaux moyens de communication, tout va plus vite. Ces nouvelles pratiques qui se veulent innovantes, futuristes voire sorties tout droit de romans de science-fiction sont au cœur du travail de Michael Najjar. Tout est plus accessible, plus facile. En affirmant que nous entrons dans un nouvel âge spatial et temporel, l’artiste justifie son travail qui est obsédé par le mouvement et la compréhension de l’expansion des technologies.

Prise en Islande, cette photographie de la série Outer Space suggère l’obsession de l’artiste pour le mouvement

Son projet High Altitude (2008-2010) est entièrement tourné vers ces conceptions : en sautant du mont Aconcagua (Argentine, 6 962 mètres) et en photographiant tout ce qui se trouvait autour de lui avant, durant et après la chute, Michael Najjar a repoussé les limites de son propre corps, mais aussi les limites de la technologie, de la spatialité et de la temporalité. Et c’est ce mouvement perpétuel qu’il cherche à atteindre au plus haut point avec son prochain voyage dans l’espace, en montrant par exemple une érosion très avancée sur certains versants du mont Aconcagua. Tout avance, qu’on le veuille ou non.

L’un des prises de Michael Najjar pour le projet High Altitude

Manon Capelle

Véritable cœur d'artichaut qu'un caillou qui a l'air triste ferait pleurer, je suis aussi le genre de fille qui aime rêvasser la tête à l'envers sur le canapé et acheter des tasses à thé de toutes les couleurs parce que c'est joli. Je suis passionnée par l'histoire sous toutes ses formes, par les saveurs du thé, j'aime les anecdotes rigolotes qui ne servent à rien, les voyages où l'on ne fait que contempler ce qui nous passe sous le nez, et les boucles d'oreilles (ma petite addiction personnelle). Plus sérieusement, je suis étudiante en lettres modernes et en journalisme à l'Académie de l'ESJ, et je suis bien déterminée à prouver à la face du monde que l'info, c'est aussi de la légèreté.

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