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Monumenta : une fable géopolitique

La huitième édition de la Monumenta s’ouvrait lundi 9 mai à Paris. Cet événement, qui se déroule tous les deux ans sous la nef du Grand Palais, accueille pendant un mois et demi l’oeuvre d’un artiste spécialement pensée pour le lieu. L’occasion de rendre un peu plus accessible l’art contemporain au grand public tout en le rattachant au patrimoine historique. Après Anselm Kiefer (en 2007), Christian Boltanski (2010), Anish Kapoor (2011) et Daniel Buren (2012) pour n’en citer que quelques-uns, c’est au tour de l’artiste chinois Huang Yong Ping d’investir la nef.

Monumenta - ParisSon installation Empires est fidèle à sa nationalité, imposante et démonstrative. 305 containers sont superposés, formant des rangées de hauteurs variables, parmi lesquelles circule le squelette d’un serpent de 254 mètres de long dont la gueule évoque celle d’un tyrannosaure rex. Au centre est disposé un gigantesque bicorne noir , une référence à Napoléon Ier. Le chapeau y incarne un symbole de puissance et de domination, l’allégorie la plus identifiable de la notion d’empire. Face à la taille géante de l’oeuvre, le visiteur se sent minuscule, intimidé, vulnérable. Ici, la souveraineté du capitalisme, du commerce et des échanges, dépasse physiquement l’homme. Le message est renforcé par son côté réaliste et contemporain. Une dénonciation à l’encontre des pays développés mais qui pointe aussi du doigt la Chine, pays en voie de mondialisation qui s’impose avec huit des principaux ports du monde.

Monumenta - ParisL’oeuvre géopolitique parvient à conserver un côté ludique et poétique par la présence du squelette dont on s’amuse à suivre le mouvement des vertèbres à travers le labyrinthe des containers. L’animal imaginaire qu’on ne saurait définir, à la fois menaçant et fascinant, apparaît comme une créature sortie tout droit d’un livre fantastique. Face au bicorne qu’il guette, il est prêt à dévorer sa proie. Avidité allégorique de l’homme qui convoite le pouvoir. Par son apparence et sa valeur symbolique universelle, la bête apparaît comme un véritable mythe. Ainsi, l’oeuvre de Huang Yong Ping rejoint le Léviathan d’Anish Kapoor, dont le nom entre directement en résonance avec le squelette de l’artiste chinois, également lié à l’environnement marin par l’image des containers.

Le seul « bémol » repose sur le fait que l’installation n’est pas totalement adaptée au Grand Palais. Si la nef est assez grande pour l’accueillir, sa verrière complexe empêche parfois une bonne lisibilité et étouffe un peu l’oeuvre. L’oeil du visiteur est perturbé entre l’ossature métallique du dôme et les milliers de vertèbres qui se trouvent en-dessous. Une architecture plus simple et plus lisse aurait peut-être permis de faire ressortir le squelette de manière plus nette. Dimension voulue par l’artiste afin de montrer que les intérêts géopolitiques sont souvent brouillés ou simple contrainte imposée par les lieux ?

Chiara Debize

Chiara Debize

Passionnée par le 7ème art et l'Histoire de l'art, je conjugue les deux domaines au quotidien à travers mes études en cinéma à Paris. Je suis toujours à la recherche de nouvelles rencontres, qu'elles soient culturelles ou sociales. Si je devais décrire une seconde passion ? Sans aucun doute celle de voyager.

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