Portraits

Nelly Ben Hayoun : l’envers du décor sciento-artistique

Depuis son retour de la Station Spatiale Internationale, Thomas Pesquet est partout. Mais ce bonhomme, c’est tout ce qu’on voit d’un voyage dans l’espace, c’est un des rares chanceux à avoir quitté la Terre. Nelly Ben Ayoun, pour Divague, c’est la chance de quitter la planète depuis son canapé, avec le design, les sens, les mouvements : une certaine forme d’art.

Une petite frenchie à la conquête des plus grandes explorations mondiales

 

Si on avait dit à Nelly Ben Hayoun, née à Valence, dans la Drôme, fille d’un père juif et d’une mère arménienne qui se sont battus pour ouvrir un commerce de textile dans le Sud, qu’elle allait devenir une des figures de proue de l’exploration spatiale, elle vous aurait sans doute ri au nez. Pourtant, avec son caractère survolté, elle dynamite tous les codes dès son adolescence.

Nelly Ben Hayoun dans un des bureaux de la NASA, un de ses rêves

Après avoir fait un BTS textile à l’école Olivier de Serres, elle est enrôlée dans le Royal College of Art, à Londres. Même si elle ne parle pas un mot d’anglais à l’époque et même si elle est plus douée en chinois qu’en langage du code, elle réussit. Pourquoi ? Parce qu’elle a deux choses que tout le monde ne possède pas : de la passion et de la tchatche. Passionnée par les sciences et l’art, elle décide de devenir designer.

Son acharnement a également penché dans la balance : alors qu’elle assure que « le spatial est l’un des domaines les plus élitistes qu’on puisse imaginer », elle réussit à décrocher des contrats avec le NASA Armes Research Center pour écouter les bandes-sons de la mission Apollo 11 ou à monter des expéditions hors-normes. Son but ? Donner à tous les humains de la Terre l’opportunité d’eux aussi aller dans l’espace, au plus profond des océans ou expérimenter l’énergie noire.

Le projet Energie Noire, au sein d’une simple cuisine

« Experience designer », orchestre spatial … Quésaco ?

 

Nelly Ben Hayoun est designer d’expériences, notamment au SETI (Search For Extra-Terrestrial Intelligence Institute) : son travail consiste à faire accéder au plus grand nombre de personnes possibles des expériences extra-ordinaires, telles qu’un voyage sur la Lune. Plus ses réalisations sont précises et réalistes, plus le grand public peut ressentir l’expérience dans sa véracité.

On peut dire que la jeune femme est une de ces humanistes qui percent les secrets du monde pour les offrir au commun des mortels. C’est sans doute son projet avec l’Orchestre Spatial International qui en est le plus représentatif. En 2012, la designer crée ce collectif d’employés de la NASA, auquel elle demande de jouer tout ce qui s’est mal passé durant la mission Apollo 11.

L’orchestre au grand complet

Avec l’aide des enregistrements des sons et dialogues enregistrés par la tour de contrôle, Nelly Ben Hayour a réalisé avec Bruce Sterling ou encore Sigur Ros une pièce sonore qui donne à tous l’opportunité de ressentir la mission Apollo 11. Au delà d’une simple bande-son, il s’agit pour l’experience designer d’offrir à travers des enregistrements des expériences hors-normes.


Des réalisations et des projets qui retournent la tête et les sens pour Nelly Ben Hayoun

 

Et si Nelly Ben Hayoun n’avait fait que cela ! Entre la Chaise Soyuz, qui reproduit le décollage en fusée en 2015, le Disaster Playground qui consiste à libérer de l’énergie noire dans une cuisine à l’aide d’un dispositif dans un évier, The Other Volcano avec la reconstitution de l’éruption du mont Saint Helens en 2014, la designer est en ébullition.

L’expérience d’une éruption en direct : le pari fou de Nelly Ben Hayoun

Ses deux derniers projets en date : l’ouverture d’une école pas comme les autres, la University of the Underground, et le projet The Life, The Sea and the Space Viking, un embarquement immédiat avec un groupe de scientifiques à la recherche des bactéries extrêmophiles.

À travers ses multiples bande-sons, films et expériences uniques à échelle réduite, Nelly Ben Hayoun n’a qu’un seul but : détruire l’élitisme dans lequel sont enserrés les sciences et les arts. Et pour ça, elle a déjà été récompensée (avec le Wired Innovation Fellowship en 2014) et adulée par les plus grands. Autant par Georges Lucas (le réalisateur de Star Wars), que par la Silicon Valley, où elle donne régulièrement des conférences. Et ce n’est pas près de s’arrêter.

Manon Capelle

Véritable cœur d'artichaut qu'un caillou qui a l'air triste ferait pleurer, je suis aussi le genre de fille qui aime rêvasser la tête à l'envers sur le canapé et acheter des tasses à thé de toutes les couleurs parce que c'est joli. Je suis passionnée par l'histoire sous toutes ses formes, par les saveurs du thé, j'aime les anecdotes rigolotes qui ne servent à rien, les voyages où l'on ne fait que contempler ce qui nous passe sous le nez, et les boucles d'oreilles (ma petite addiction personnelle). Plus sérieusement, je suis étudiante en lettres modernes et en journalisme à l'Académie de l'ESJ, et je suis bien déterminée à prouver à la face du monde que l'info, c'est aussi de la légèreté.

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