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Non, Orpheline de Des Pallières n’est pas féministe, ni sexiste

Orpheline, le dernier film d’Arnaud des Pallières, est sorti dans les salles ce 29 mars. S’il fait débat quant à la représentation de la femme qu’il propose, le jury du Festival du film francophone de Namur lui a décerné le Bayard d’or du meilleur film, ainsi que le prix d’interprétation féminine aux quatre actrices.

Orpheline, c’est l’histoire de la vie d’une femme, une histoire racontée à rebours, une histoire découpée en quatre. Quatre actrices, quatre prénoms et à quatre âges différents de sa vie. Le film s’ouvre sur Renée, l’héroïne adulte, interprétée par Adèle Haenel. Au fur et à mesure, les flash-backs nous font voyager dans le temps et dans la vie de cette femme, comme le faisait il y a quelques semaines l’oscarisé Moonlight de Barry Jenkins. On recule donc dans le temps, de sa vie d’adulte à sa vie de jeune femme de 20 ans, dont Adèle Exarchopoulos tient le rôle, à ses tourments de fille de 13 ans, sous les traits de Solène Rigot, jusqu’à l’enfance dramatique d’une petite fille de 6 ans incarnée par Vega Cuzytek.

Quatre femmes pour un rôle

Quatre actrices pour une héroïne, c’est un choix risqué que prend Arnaud des Pallières. On aurait pu s’attendre à être tenté de comparer les performances, à en préférer une au détriment des autres. Mais le casting est bel et bien solide, avec quatre femmes et filles qui livrent chacune une performance juste et intense.

Dans le rôle de la femme adulte, Adèle Haenel, à grand renfort d’expressions résignées, interprète une facette calme et meurtrie de l’héroïne. A contrario, dans sa peau de jeune femme, Adèle Exarchopoulos est provocante et dans une posture de défi permanente. Solène Rigot joue son rôle d’ado encore différemment, victime passive et rebelle à la fois, violentée et en colère. Enfin, on découvre que notre héroïne était autrefois une enfant innocente et rêveuse à travers le regard naïf de Vega Cuzytek.

Et c’est ce casting qui donne en partie sa force au film, qui montre le prisme aux multiples facettes de la personnalité d’une femme, son inconstance, son évolution.

Sexualité débridée et dérangeante

L’autre force d’Orpheline, c’est ce message subversif et gênant, cette omniprésence malsaine de la sexualité de Renée, Karine, Sandra ou quelque soit son prénom finalement. Notre héroïne est plongée au cœur d’une sexualité violente et dérangeante, avec des hommes trois fois plus vieux qu’elle, comme une nouvelle Lolita portée à l’écran – en moins sensuelle. Un énième film sur la sexualité de la femme, oui.

Une nouvelle Lolita portée à l’écran – en moins sensuelle.

Mais ici et là je lis des internautes qui s’émeuvent et s’insurgent devant cette représentation aliéné du sexe féminin, de l’idée qu’une enfant de 13 ans ait une sexualité détraquée. Comme on avait déjà pu l’entendre suite à la sortie de Elle de Paul Verhoeven, Orpheline fait débat car le film propose une représentation complètement éloignée de la véritable sexualité d’une femme. D’un côté certains crient au masculinisme et de l’autre, on applaudit le féminisme de l’œuvre…

Non, Orpheline n’est pas un film sexiste, ni féministe

Ce n’est pas parce qu’un film est construit sur une succession de paires de seins et de fesses, de scènes de sexe outrageantes impliquant des mineurs et d’hématomes et de larmes de filles, que ce film défend la libération de la femme ou encense au contraire les fantasmes masculins.

Heureusement qu’on peut encore raconter des histoires au cinéma !

Orpheline est, certes, un film sur la sexualité féminine, sur la sexualité d’une adolescente entre autre chose, mais j’ai un peu de mal à comprendre comment les spectateurs et les critiques peuvent y accoler des idées et des « idéaux » aussi universels que le féminisme et le machisme. Orpheline, ce n’est pas une vérité, c’est une histoire comme tant d’autres au cinéma. Une histoire choquante, une histoire malsaine et violente, mais une histoire et pas une représentation de La réalité. Et heureusement qu’on peut encore raconter des histoires au cinéma !

Réalité et réalisation naturaliste

Le fait est qu’au delà de cet aspect subversif, le film est tiré d’une réalité, celle de la coscénariste, Christelle Berthevas, qui a donc puisé dans son histoire personnelle pour montrer l’évolution d’une personne sur 21 ans de sa vie.

« Inspiré d’une histoire vraie », Orpheline est un film quasi naturaliste, ce qui éloigne la représentation de la femme des standards si parfaits – beauté mince et sensuelle à la peau nacrée – pour montrer un peu plus l’envers du décor, les larmes, les bleus, la peau imparfaite, la sueur et le nez qui saigne. Une peinture du réel agréable… Qui crée cependant quelques lenteurs.

Pour résumer, Orpheline est un film brillamment dirigé et réalisé, subversif et décousu, complexe et certes un peu lent. Mais pas féministe ni sexiste.

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