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Pause café avec Romain Monnery !

Une petite rencontre avec Romain Monnery, ça vous dit ? Alors, prenez une grande inspiration et venez plonger au cœur de son univers.

Direction la capitale, dans un café place de la Bastille où l’auteur a répondu à nos questions pour notre plus grand plaisir. Divague vous propose une interview exclusive de Romain Monnery, écrivain à la fois fascinant et mystérieux, déconcertant  et énigmatique. Préparez-vous à tomber sous le charme…


Romain, si vous aviez une page pour écrire votre biographie, que diriez-vous ?

C’est beaucoup une page ! (rires) Je me contenterais plutôt d’une phrase, genre « né à Lyon, il a beaucoup joué à la console en mangeant des chips avant de se mettre à écrire ». Non, en vrai, j’ai du mal à parler de moi au premier degré. Raison pour laquelle j’aime autant me cacher derrière un personnage, même si ça peut aussi jouer des tours…  Le truc, c’est que j’ai du mal à me définir à travers ce que je fais ou ce que je suis. Je peux donc vous parler de ce que j’aime, pour compenser : j’aime les rires enregistrés, les listes (surtout les « to do list »), les moments de gêne, les gens qui disent « je sais pas », ceux qui gloussent, qui sourient sans raison, ceux qui pensent à autre chose et ceux qui ne savent pas quoi faire de leur vie. Voilà, en gros.

Je pourrais aussi vous dire que je n’avais pas prévu d’avoir mon bac parce que le conseiller d’orientation m’avait dit, au regard de mes ambitions, ou plutôt de mon absence d’ambition, qu’il fallait absolument redoubler ma terminale ES. Manque de chance, je l’ai eu du premier coup. Je ne savais pas quoi faire alors j’ai regardé ce que faisaient mes potes. Comme eux, je me suis dirigé vers une fac de langues sauf qu’entre-temps, ils s’étaient réorientés et je me suis retrouvé tout seul (maudits soient-ils)… J’ai finalement eu ma maîtrise de LEA. Et c’est à ce moment que j’ai commencé à enchaîner les stages. J’ai fait tout et n’importe quoi jusqu’à dégoter un stage dans un petit journal satirique (qui malheureusement n’existe plus aujourd’hui). Ça a été une super expérience mais j’en suis ressorti avec une vision légèrement faussée du journalisme. On ne me demandait pas d’informer, mais d’amuser. Autrement dit, j’inventais tout. J’ai découvert seulement plus tard que c’était un métier sérieux où il fallait vérifier ses sources !

 Je me suis rendu compte que la lecture pouvait m’offrir un réconfort et des réponses que ne m’offraient pas le foot ou la Playstation.

Enfant, pensiez-vous déjà à écrire des livres ?

Jamais de la vie… Pas du tout ! Quand j’étais enfant, j’étais plus orienté sport. Je faisais beaucoup de foot. L’envie de lire est venue bien plus tard, quand j’étais à la fac et que je m’ennuyais avec du temps libre à n’en plus finir. Et puis, je m’étais juré de ne plus jouer à la console après avoir fini un jeu (Final Fantasy VII, pour être précis) sur lequel j’avais passé 101 heures. Peut-être que si ça avait été 99 heures, ça aurait différent. Mais plus de 100, ça m’a fait un choc, je me suis dit “aïe aïe aïe, mais qu’est-ce que tu fais de ta vie?” et je me suis juré de décrocher… C’est comme ça que j’ai poussé la porte d’une librairie, au départ : pour me donner bonne conscience. Ensuite, en chinant dans les bacs d’occasion, je suis tombé sur une quatrième de couverture qui reflétait parfaitement ce que je vivais à l’époque. Je me suis dit, « Tiens, ça pourrait me parler. » Et c’est comme ça que j’ai découvert Moins que Zéro de Bret Easton Ellis, un livre dans la lignée de l’Etranger de Camus mais ancré dans les années 80, le mal-être existentiel version MTV. Pour moi, ce roman a été une révélation. Je me suis rendu compte que la lecture pouvait m’offrir un réconfort et des réponses que ne m’offraient pas le foot ou la Playstation. Comme une sorte de thérapie, en somme.

Sinon, pour revenir à la question, venant d’un milieu modeste, je ne me voyais pas du tout écrire. Pour moi, c’était réservé aux « gens sérieux ». Et ça l’est toujours, d’ailleurs. Demandez à ma mère si je suis un auteur, il y a de grandes chances pour qu’elle lève les yeux au ciel…

A quel moment avez-vous commencé à écrire?

J’ai commencé à l’époque de mon premier stage dans le journalisme où un ami, qui faisait des nouvelles, m’a encouragé à m’y mettre. Ça m’a beaucoup amusé mais je ne me voyais pas du tout partir sur un roman. Trop dur, trop long. L’idée de rester plusieurs jours sur une même page, ça me paraissait juste impossible ! En fait, j’avais le même problème qu’au foot : j’aimais bien les sprints, les petits dribbles pour épater la galerie, mais dès qu’il s’agissait de travailler l’endurance, je me cachais dans les buissons pour éviter la corvée.

J’aime bien l’idée qu’on puisse piocher dans un livre comme dans un paquet de M&M’s

 

Est-ce pour cette raison que vos chapitres sont très courts ?

Oui et non. Au début c’était involontaire. J’avais tellement peu confiance en moi que je m’empressais de boucler le chapitre pour passer au suivant. La peur de m’embrouiller. De ne pas tenir le rythme. Et puis, au final, c’est le truc qui m’a valu le plus de retours positifs. Beaucoup de mes amis peu habitués à lire venaient me voir en disant « c’est bien ces petits chapitres, parfait pour lire dans le métro ». Pas sûr que ce soit un compliment mais bon, j’ai fini par l’intégrer à ma façon d’écrire. Et puis j’aime bien l’idée qu’on puisse piocher dans un livre comme dans un paquet de M&M’s.

Et comment vous percevez-vous aujourd’hui ?

Je ne sais pas… Comme un singe en hiver ? Comme une ombre au tableau ? (sourires). Non, pour reprendre une citation de Benjamin Biolay, disons que je me perçois comme « un dilettante à temps partiel ».

Romain Monnery lors de notre entrevue à Paris

Romain Monnery lors de notre entrevue à Paris

Quelles conditions devez-vous réunir pour trouver l’inspiration ?

C’est une question qui m’a beaucoup obsédé notamment pour l’écriture du deuxième roman, rapport à la pression, la page blanche, la peur de décevoir, tout ça. Du coup j’ai lu pas mal de biographies et d’ouvrages sur les rituels et méthodes de travail d’écrivains, histoire de comprendre un peu comment ça marche. Mais ça relève presque de la superstition. On se dit « pourquoi j’ai eu de l’inspiration aujourd’hui ? Est-ce parce que je suis tombé dans les escaliers ? Ou parce que j’ai mangé deux cuillères de beurre de cacahuète ? A moins que ce ne soient ces chaussettes trouées qui m’aient porté chance ? ».

Du peu que j’ai compris, c’est important d’instaurer une routine. Moi, il me faut de la musique. Je passe la moitié de mon temps à faire des playlist. Elles correspondent chacune à une humeur différente. Leurs titres varient, « Chewing-gum à la fraise », « Another sunny day », « Spleen & Ideal », etc.  J’en ai même une qui s’appelle « So you think you can write »… Comme disait Voltaire ou je ne sais plus qui, « l’inspiration, c’est tirer sa chaise jusqu’à la table ». La musique, c’est ma manière à moi de me menotter au bureau. J’ai aussi besoin qu’il fasse nuit pour ne pas être tenté d’aller sur les réseaux sociaux et sites d’infos en continu, qu’il n’y ait aucune alternative. Ça fait un peu vampire du dimanche, dit comme ça, mais bon.

Sinon, comme je n’arrive pas à écrire seul chez moi, je vais dans des cafés, dont un notamment qui s’appelle L’anticafé. Là-bas, on ne paie pas la consommation mais le temps que l’on y reste. Les gens viennent principalement pour bosser. Il y a des graphistes, des scénaristes, beaucoup de freelance. Ça crée une émulation. L’ambiance de bibliothèque, à l’inverse, ne me réussit pas trop : trop studieux. Et comme je tape à l’ordi, j’ai toujours l’impression de déranger les autres en brisant le silence qui y règne… En plus, j’ai cette fâcheuse tendance à danser devant mon écran quand une chanson que j’aime particulièrement surgit dans ma playlist. Ce qui peut être un peu gênant dans ce genre d’endroit.

En fait, pour finir, je dirais qu’il me faut surtout une bonne dose de caféine !

Quelles sont vos règles d’or pour écrire un livre ?

De la patience, encore et toujours de la patience! Si je devais donner un conseil, ça serait celui de Gertrude Stein : il faut écrire tous les jours même si ce n’est que 15 minutes, (personnellement je n’y arrive pas tous les jours mais j’ai la discipline de travail d’un lama).

Sinon, il y a un truc à savoir concernant l’écriture : c’est difficile. Pour tout le monde. Quand on lit leurs biographies, on s’aperçoit que les plus grands se sont arrachés les cheveux devant la page blanche : Kafka, Flaubert, Murakami, Bukowski, Emmanuel Carrère, Amy Poelher, Maître Gims, j’en passe et des meilleures. Je ne dis pas qu’il faut se comparer à eux. Loin de là. Il y a juste quelque chose de libérateur à penser que les difficultés ne viennent pas de soi mais du support. Une fois qu’on a saisi ça, autant essayer de s’amuser plutôt que s’enfermer dans la posture de l’artiste maudit. Je ne sais pas s’il faut souffrir pour écrire, mais j’ose espérer que non.

Avoir un lecteur référent, ça peut être utile aussi. Quand je tenais un blog, j’écrivais à destination de mon frère qui me faisait part de son ressenti. Après, ça a été mon éditeur. Maintenant, je ne sais pas trop. A trop réfléchir à qui on s’adresse, on finit par s’auto-censurer. L’idéal serait donc encore d’écrire pour soi. Mais ça implique de bien se connaître. Bref, c’est compliqué.

Pour m’attacher aux autres, j’ai besoin de leur insuffler une part d’imaginaire.

 

Et avez-vous des idées pour vos dix prochains romans ?

Des idées, j’en ai plein ! Le courage pour les mettre en oeuvre, un peu moins. J’aimerais juste m’éloigner du format livre parce que je le trouve un peu frustrant. Quand je tenais un blog, j’avais moins de lecteurs mais j’avais beaucoup plus de retours. A l’inverse, aujourd’hui, lorsque j’écris un livre, j’ai la sensation d’être totalement coupé des personnes à qui je m’adresse. Chaque fois, je me demande : Y a-t-il seulement quelqu’un qui l’a lu en dehors de mes proches ? Aucune idée. Comme une bouteille à la mer : ça n’est pas un format qui se prête à l’interaction. Il y a une certaine solitude qui s’installe. Une lassitude, même. C’est pourquoi j’aimerais bien essayer d’autres formes d’écriture plus collaboratives.

Comment imaginez-vous vos lecteurs ?

Sous la forme de fantômes (mais des gentils, hein) ! Non, en vrai, j’ai du mal à les imaginer parce que je fais peu de salons du livre, et donc peu de rencontres. Et c’est aussi la raison pour laquelle j’aimerais relancer un blog : pour créer plus de contacts et de complicité avec les gens.

Dans votre roman Un jeune homme superflu, vous décrivez avec précision la colocation. Vous basez-vous sur votre propre expérience, des histoires entendues ou inventées de toute pièce ?

Je m’inspire des deux. J’ai toujours été influencé par les séries, les sitcoms où les personnages sont généralement construits à partir de petits défauts et travers. En ce qui concerne la colocation, j’ai gardé le cadre, l’ambiance, mais tous mes personnages sont exagérés. J’aime faire ressortir un trait de leur caractère et l’étirer, l’étirer au maximum – quitte à ce que ça me claque entre les doigts. J’ai toujours aimé personnifier les gens, même dans la vie. Pour m’attacher aux autres, j’ai besoin de leur insuffler une part d’imaginaire.

Alors, qu’avez-vous en commun avec vos personnages ? Etes-vous aussi pessimiste que certains d’entre eux ?

Tout et rien à la fois ! En revanche le terme « pessimiste » me paraît un peu fort. C’est sans appel, le pessimisme. Comme une sentence irrévocable. Moi je serais plus du genre inconstant. J’aime beaucoup ce mélange des genres qu’on appelle happy/sad en musique. La joie triste, surimpression d’insouciance et de gravité.  Celle qui donne envie de danser mais qui met les larmes aux yeux en même temps. Je multiplie les angles de vue, comme sur une montagne russe. De bas en haut, de haut en bas, j’imagine toutes les situations possibles avec peut-être, parfois, une préférence pour le scénario catastrophe. Avec l’éventualité  du pire en tête, l’angoisse peut prendre la forme de plantes grimpantes mais ça n’est jamais qu’une façade, une façon comme une autre de se protéger. Gilles Deleuze commence son Abécédaire par la lettre A comme Animal en expliquant que celui-ci se tient toujours sur ses gardes, de crainte des prédateurs, des aléas, de tout en fait. Deleuze compare cet Animal à l’Artiste qui se tient lui aussi aux aguets. J’aime énormément cette image.

Pouvez-vous faire un top 3 des livres qui vous ont le plus marqué ?

Le chameau sauvage de Philippe Jeanada. Le premier livre à m’avoir fait éclater de rire – en public qui plus est. Voilà pourquoi je continue à le voir comme un grimoire magique. Même s’il s’est éloigné du style intimiste de ses débuts, Jaenada reste cet auteur débonnaire capable de parler au lecteur comme s’il lui passait le bras autour des épaules. Un ami imaginaire comme on en fait trop peu…

C’est de l’eau de David Foster Wallace : Autant le dire tout de suite, ceci n’est pas un livre. C’est une balise existentielle. Une feuille de route. Un traité zen. Une feuille de soins. Un talisman à garder près de soi quand le tourbillon de la vie vous plonge un peu trop longtemps dans le noir. Personnellement, il ne quitte jamais ma table de chevet.

Hyperbole and a Half de Allie Brosh. En mélangeant textes et dessins volontairement enfantins, cette blogueuse américaine a littéralement créé un genre où les sujets les plus graves s’illuminent d’éclats de rire, d’absurde et de réflexions à double fond. L’équivalent d’un arc-en-ciel par temps de pluie. Aussi drôle que bouleversant.

Suite à cette interview, Divague vous réserve une petite surprise dans son prochain article sur Romain Monnery.
A suivre…

Marion Monin-Iacono

Actuellement en études d'histoire de l'art, je suis encore indécise quant à mon choix d'avenir. Mon physique est plutôt avantageux puisque la nature m'a fait grâce des pouces de Megan Fox (jaloux s'abstenir). En revanche, elle m'a également fait don d'un bon accent lorrain (ou beauf, à ta guise). Je suis passionnée par le 7ème art et surtout par l'œuvre monumentale que représente Dikkenek. Ma plus grande déception restera le départ de Diam's du monde de la musique...

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