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Rag’N’Bone Man : la douceur musclée incarnée

Rag’N’Bone Man, de son vrai nom Rory Graham a sorti début février 2017 son premier album Human. Le titre Human nous est devenu rapidement familier, et c’est avec impatience que l’on attendait la suite. Et nous sommes servis : en version deluxe, Rag’N’Bone Man nous offre pas moins de dix-neuf titres, une composition de grande qualité.

Petit chiffonnier deviendra grand

« Rag’N’bone man » signifie dans la langue de Shakespeare « chiffonnier » ; désignant une personne qui ramasse des chiffons ou par extension des vieux objets mis au rebut. Le Britannique aime en effet combiner différentes sonorités qui n’ont pas nécessairement été mises de côté et oubliées par le temps, mais qui sont actualisées par sa patte raffinée et exigeante. Une certaine nostalgie émane des chansons de Rag’N’Bone Man, tant dans les textes que dans la composition.

Il y a encore quelques semaines, vous ne connaissiez peut-être pas du tout ce chanteur barbu et tatoué. Human est son premier album, mais ce n’est pas la première œuvre de l’artiste, loin de là. Il a sorti de nombreux EP à partir de 2012, flirtant avec le funk, mais se laissant aussi porter vers le hip-hop, ce que l’on peut parfois retrouver dans Human. C’est la chanson éponyme de l’album qui le fait véritablement surgir sur la scène musicale internationale. Il gagne d’ailleurs le Brits Critics’ Choice Award 2017 (= « le prix du choix des critiques »), et lui-même ne semble pas réaliser la fulgurance de son succès : « Je pensais qu’ils s’étaient trompés quand on me l’a annoncé. J’étais nommé contre deux grandes stars de la pop. C’est incroyable ! Je suis follement heureux de recevoir ce prix ! ».

Le titre ouvre l’album et annonce un ton grave mais plein d’humilité, tel que martelé dans les refrains : « Don’t put your blame on me, I’m only human ». Un rythme marqué par des percussions percutantes, une basse qui rôde et menace : comme une envie d’aller plus loin.

 

De la soul et du funk jusqu’au bout des doigts

Vous l’aurez aisément remarqué, Rag’N’Bone Man possède de nombreux tatouages, et notamment les mots « soul » et « funk » sur ses doigts. Ces deux genres des fifties et sixties se retrouvent dans Human, mais version 2.0. La présence – discrète mais séduisante – du saxophone dans Innocent Man peut rappeler les bars de la Nouvelle-Orléans des années 1950, berceaux de la funk et de ces rythmiques simples mais si efficaces.
Les titres de Rag’N’Bone Man résonnent tous comme des porteurs de messages. Skin nous emporte dans une chanson d’amour, chargée d’une puissance qui explose à travers la voix presque déchirée du chanteur. L’explosion est vocale mais aussi instrumentale; un élan, voire un passage en force s’opère et rompt le simple rythme du couplet et la voix qui est alors calme. Accompagné de chœurs, l’ensemble est de toute beauté.

L’instrument essentiel au funk, aux abonnés absents sur les premières pistes de Human, apparaît enfin avec Be the man : le piano. Mélodie simple, tous les instruments se déploient autour d’elle, quitte à parfois être relayée au second plan, derrière une batterie et une voix toujours aussi solide. Le duo que forment le piano avec la voix sur Grace est aussi remarquable. Une guitare, une batterie et des chœurs viennent s’ajouter dans un souci d’équilibre et de finesse qui ne vous échappera pas.

Rag’N’Bone Man s’est exercé au hip-hop avant cet album. Human n’est pas une rupture dans la vie musicale du chanteur. Les sonorités s’éloignent de celles audibles sur ses précédentes œuvres – notamment lorsqu’il s’agissait de collaborations avec d’autres artistes, surtout des rappeurs – mais il n’a pas pour autant oublié son passé. Il parvient à mêler trompettes et hip-hop dans Ego, témoignant de l’éventail musical avec lequel le chiffonnier aime à jouer.

Cette première partie d’album se clôt sur un magnifique morceau chanté a cappella intitulé Die Easy. La justesse de la voix rocailleuse vous laisse justement sans voix (le jeu de mots est ma passion, pardon).

 

Et c’est pas fini !

Rory Graham a décidé de voir les choses en grand pour la sortie de son premier album en y incluant sept titres bonus. Composé de titres inédits comme de reprises de ses propres titres, ce lot de titres bonus prolonge le plaisir, et c’est plutôt sympathique.
On retrouve notamment Wolves, aux vocalises et percussions toujours aussi bondissantes. Ce titre est fidèle à l’ambiance de Human : lourde de gravité, de menace, de rigidité. Toutefois, contrairement à la version initiale, les couplets hip-hop, alors interprétés par Stig of the Dump, ont ici disparu.


Lay My Body Down
est un morceau qui s’approche de la pop sans toutefois y sauter à pieds joints. Le début s’apparente à une simple complainte conjuguant piano et voix. La batterie et le synthé viennent ensuite mettre un léger grain de puissance qui secoue le calme instauré.

 

Sous des apparences sereines et douces se cache donc une boule d’énergie qui ne demande qu’à s’exprimer et se faire entendre. Un premier pas a été fait : Rag’N’Bone Man remporte un franc succès avec son premier album Human. Et c’est largement mérité.

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