Portraits

Raphaël Glucksmann : le cauchemar des pessimistes passifs

Après avoir sorti il y a plusieurs mois déjà son dernier essai (Notre France, dire et aimer ce que nous sommes), Raphaël Glucksmann revient sur le devant de la scène avec des idées de plus en plus assumées mais aussi de plus en plus suivies. Divague revient sur l’ascension d’un jeune penseur, journaliste, essayiste. 

Baigné depuis le plus jeune âge dans les racines républicaines et ouvertes de la France

 

En digne fils d’André Gluksmann, Raphaël, né en 1979 à Boulogne-Billancourt, a été plongé très rapidement dans le monde de son père. Nous reconnaissons bien là la patte d’un homme élevé à coups de réfugiés présents tous les jours chez lui et de valeurs républicaines apprises sur les bancs des écoles publiques. Il explique alors qu’il « avait le monde à [sa] table ». Son éducation forge sa passion pour la politique, notamment par la guerre d’Espagne.

Après être passé par une khâgne à Henri-IV, Raphaël Glucksmann se dirige vers Sciences Po Paris. Mais il ne se reconnaît pas dans les bouquins et la théorie : il veut passer à la pratique. Il traverse alors la Méditerranée pour débarquer au Soleil d’Algérie. Il y reste un an, car « c’était un coup de foudre absolu ». Il s’engage et devient membre de l’association « Études sans frontières », « l’objectif étant de permettre à de jeunes Tchétchènes de venir étudier en France ».

Ainsi, il part réaliser un documentaire sur le génocide rwandais dix ans après les faits (un génocide qui l’avait fortement marqué alors qu’il avait quinze ans) en compagnie de David Hazan et de Pierre Mézerette. Il confiait alors à ce sujet « vouloir aller là où la politique est une question de vie ou de mort ». Même application pour la révolution Orange en Ukraine avec David Hazan, où naît également un documentaire.

Anti-réactionnaire et cosmopolite jusqu’au bout des ongles

 

Alors qu’il est encore en Ukraine en août 2008, la Géorgie est envahie par la Russie. Il est violemment renvoyé du territoire par un général russe. Il témoigne alors dès son retour en France : « A cet instant, je me rends compte qu’il ne s’agit pas de géopolitique mais de rapport au monde ». Il décide d’entrer en opposition claire et nette avec ce qui représente pour lui l’extrême-droite et la violence par excellence : Vladimir Poutine.

Raphaël Glucksmann parlant avec un soldat aux alentours d’un camp militaire d’entraînement à Kiev

Il rencontre en Géorgie son épouse Eka Zguladze, alors ministre de l’Intérieur. Grâce à elle, il se rapproche du président géorgien Mikheil Saakachvili jusqu’à devenir son conseiller pour « se confronter à la réalité des choses ». Il participe alors aux discussions entre la Géorgie et l’Europe. Il retient de cette Europe « une fuite envers tout ce qui est politique ». Il décide aussitôt de partir vers l’Ukraine, épicentre de la menace russe. Il y trouve une effervescence révolutionnaire qui l’inspire. Il revient en France pour reprendre le combat dans son pays.

La philosophie peut-elle nous sauver aujourd’hui ?

 

Raphaël Glucksmann écrit des livres, des essais, des analyses : après Génération gueule de bois en 2015, l’intellectuel revient avec Notre France, dire et aimer ce que nous sommes en 2016. Il entreprend un grand voyage à travers l’histoire et la littérature françaises. Pourquoi ? Pour faire entrevoir une France cosmopolite, révolutionnaire, existentialiste, universaliste et rabelaisienne. Ces ouvrages sont surtout l’ambition de démontrer que le FN et autres groupes « anti-républicains » proposent « un discours vide de sens, monté de toutes pièces ».

Raphaël Glucksmann se bat aussi pour son propre pays, la France, qui a perdu la culture du combat pour les idées. Il déplore les morts rapides des mouvements de protestation, par exemple contre le terrorisme. « Nous sommes des zappeurs ! » crie t-il à la France. Il continue de croire en un mouvement citoyen qui se transformerait en une vague politique, à l’image de Podemos en Espagne. Avec réserve, il explique au cours de plusieurs interviews qu’il est utopiste, car « la rigidité des institutions françaises ne permettra jamais cela ».

Pourtant, le jeune essayiste ne démord pas et continue à avoir de l’espoir pour la France. Il milite afin que la France soit reconnue comme « une idée ». Adulé par certains, rejeté par d’autres qui le considèrent comme « un intellectuel parisien fort de ses belles convictions » (Front National), Raphaël Glucksmann est, en attendant, porteur d’un message d’universalité et de cosmopolitisme qui défend la République par et pour tous.

Manon Capelle

Véritable cœur d'artichaut qu'un caillou qui a l'air triste ferait pleurer, je suis aussi le genre de fille qui aime rêvasser la tête à l'envers sur le canapé et acheter des tasses à thé de toutes les couleurs parce que c'est joli. Je suis passionnée par l'histoire sous toutes ses formes, par les saveurs du thé, j'aime les anecdotes rigolotes qui ne servent à rien, les voyages où l'on ne fait que contempler ce qui nous passe sous le nez, et les boucles d'oreilles (ma petite addiction personnelle). Plus sérieusement, je suis étudiante en lettres modernes et en journalisme à l'Académie de l'ESJ, et je suis bien déterminée à prouver à la face du monde que l'info, c'est aussi de la légèreté.

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