Arts Cinéma

« Pour le réconfort » de Vincent Macaigne : lutte des places

Après un passage derrière la caméra en 2015 avec Dom Juan & Sganarelle, commande d’Arte en partenariat avec la Comédie-Française, Vincent Macaigne offre son premier long-métrage aux salles de cinéma ce mercredi 25 octobre. 

Remarqué lors de la dernière édition du Festival de Cannes dans le cadre de l’ACID, évènement parallèle promouvant un cinéma d’Art et essai indépendant, Pour le réconfort s’érige en porte-voix d’une parole revendicatrice, passionnée et, par-dessus tout, vivante.

«  Loin des paroles d’évangiles, celles des puissants, faire régner celles des vivants. »

Pauline (Pauline Lorillard) et Pascal (Pascal Rénéric), frère et soeur, reviennent à Orléans, ville où ils sont nés, après des années de fuite vers le continent américain. Ils retrouvent leurs amis d’enfance, certains s’occupant des terres concédées après le décès de leur père. Dans l’impossibilité de payer les traites relatives au domaine, ils se demandent ce qu’ils vont en faire. Leur ami Manu (Emmanuel Matte) a bien des projets en tête…

« C’est des bourgeois qui jouent aux pecnos ! »

 

Tourné en très peu de temps, le film illustre la confrontation de personnages avec la réalité du monde, de la vie, sondant les fulgurances du paysage, de la lumière et des personnes. Une sorte d’urgence, donc, mais une urgence qui prend son temps ; les personnages ont des choses à dire, des désillusions à retranscrire et des combats à mener.

L’action débute par les mots vides d’une conversation Skype, images floues d’une traversée de New York, et constat irréfragable d’un héritage qui est en train de disparaître ; le domaine échappe à Pauline et Pascal. Mais qu’est-ce que cela peut faire ? De retour dans leur ville d’origine, ils se retrouvent en présence des personnes qui ont continué à faire marcher le commerce en leur absence, pas seulement celui du domaine mais aussi celui de la France. Leurs amis d’enfance, « mal nés », ont fait pousser des arbres, des habitations, ouvert une maison de retraite et n’attendent pas leur retour. Des premiers échanges, le rapide constat d’une division, tout est posé dès le départ : les « pauvres » face aux « bourgeois ». Dans une mise en scène qui porte une attention extrême à l’instant, les personnages sont pris sur le vif. Ils se lancent dans des monologues marinés, concentrés de rancœurs et d’injustice et débattent jusqu’à épuisement. Oui, la France a vieilli pendant leur absence, les jeunes d’hier sont les vieux d’aujourd’hui et puisque « C’est eux l’avenir », il n’y a pas lieu de les ignorer comme d’ignorer ceux dont l’on partage le sang.

« C’est un film qui divise en nous-mêmes. » Vincent Macaigne

 

Dans le décor d’Orléans, ville qui se pense en siècles, Pauline et Pascal apprennent la culpabilité d’être nés privilégiés dans un monde qui consomme et ne cesse de consumer. L’héritage, davantage une malédiction qu’une bénédiction, est traité par le prisme de la famille comme de l’Histoire française ; les transmissions verticales écrasent, le tronc doit supporter ses branches et rester fort, quoiqu’il arrive, au risque de disparaître. Le film traite avec dérision l’idée d’héritage, dans l’absurde et le comique de répétition, et l’on se plait à imaginer Fabrice Luchini déambulant entre toutes ces traces du passage des autres, vociférant autour de la primauté du passé sur le présent, poussant le ridicule, dans L’arbre, le Maire et la Médiathèque (1993) d’Éric Rohmer. Colère héréditaire, racines piétinées, l’on aimerait remettre les compteurs à zéro pour ne plus avoir affaire avec le passé mais, et c’est tout le propos de La Cerisaie de Tchekhov, le passé se conjugue au présent. La réponse des cris face à l’âpreté des ordres réels donne au film des allures bergmaniennes auxquelles l’actrice Pauline Lorillard ajoute un jeu et une beauté s’apparentant étrangement à celle de Liv Ulmann. La performance des acteurs apporte au film une vérité teintée d’empirisme, proche du constat que ferait un film documentaire de fractions réelles. La caméra semble embarquée dans les histoires des autres, acteurs professionnels ou rencontres fortuites, et nous livre un message se voulant transparent, juste, jusqu’à devenir nécessaire. Loin des paroles d’évangiles, celles des puissants, faire régner celles des vivants.

Entre joutes de répliques cinglantes et risibles, Pour le réconfort immortalise une jeunesse qui crie dans les plaines sans qu’aucun écho ne se fasse entendre, dans une France d’une guerre générationnelle latente, où l’on ne vit pas si mal mais ce n’est pourtant pas assez.

Toujours dans les salles de cinéma, nous vous conseillons vivement d’aller voir ce film qui, à défaut d’apporter du réconfort, fascine par la beauté et la simplicité de son dispositif.

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