Portraits

Ren Hang : destin tragique et immortel

Le jeune artiste chinois Ren Hang s’est suicidé à l’âge de 29 ans à Pékin. Ses photographies resteront à tout jamais des références artistiques poétiques et érotiques pour tout amateur d’art et, en définitive, de la vie. Divague revient sur ce virtuose parti trop vite.

Un artiste complet : de la poésie à la photographie

Il n’y a peut-être qu’une seule chose à dire sur le travail de Ren Hang : il était complet, incroyablement diversifié. Chez lui, les matières se lient, les couleurs se confondent, les corps se mêlent avec une beauté toute craintive et éphémère. Cette timidité, c’est ce qui caractérisait le jeune photographe, né dans la province nordiste du Jilin, à Changchun dans une famille très conservatrice et discrète.

Le jeune artiste derrière son petit appareil photo argentique

La photographie fut le corps et l’âme de Ren Hang. Il commença très tôt, durant l’adolescence, à prendre des photos de ses amis. Il s’intéresse de très près au nu, et en fait rapidement sa marque de fabrique, son unique angle d’approche. Durant les interviews, il justifiait toujours ce type de photographie en expliquant que « quand on est nus, tout est plus simple et naturel ». Ce n’est pas un nu glauque, pornographique, qui invite à une luxure sale, non. C’est un nu érotique, sensuel et charnel, qui initie à la plus belle des poésies imagées.

Le corps nu et naturel dans la plus puissante des représentations artistiques

A travers cette photographie qualifiée de « visionnaire » par ses aînés, Ren Hang cherchait une sorte de « liberté absolue », comme en témoigne sa galeriste Lingyun Wang de la On-Gallery à Pékin. Parallèlement à cette photographie qu’il chérissait tant, Ren Hang écrivait de petits poèmes humoristiques, des sortes de haïkus schizophrènes traversés par la mort et la sexualité.

« Il te convient ou pas
Seulement quand t’es mort
Tu le seras »

Tout ce qu’il y a de plus beau et de plus affreux

Alors que le jeune photographe était adulé par les fins connaisseurs et les journalistes culture/art du monde entier, son œuvre est sans surprise très mal acceptée en Chine. Le pays, très conservateur sur les questions du corps et de la sexualité, a souvent censuré les photos de Ren Hang, et le jeune photographe a passé plus d’une nuit en prison pour « suspicion de sexe ».

Des photos prises à même le lit de l’artiste, par peur d’être arrêté par la police au dehors

Dès ses débuts, il se fait repérer dans des petites galeries : avec son Minolta Argentique, les galeristes l’invitent bientôt à faire des shootings à même les galeries pour éviter la police. Il exposait aussi sur les plaques tournantes de l’art : à Paris par exemple, et aussi à Amsterdam, où nous pouvons toujours contempler ses photographies jusqu’au 12 mars.

Ren Hang évoluait dans un monde sensible de beauté suave, c’est indéniable. Mais quelque chose de noir et de terrible le rongeait de l’intérieur, cette chose étant la cause de sa mort : la dépression. Le jeune homme en souffrait depuis plusieurs années, un combat dont il tenait la chronique (« My depression ») sur son site à travers la prose et la poésie. Cette abysse sans fond semblait le happer, c’est sans doute pour cela que ses photos paraissent si joyeuses et si vivantes.

Peut-être l’une des seules photographies de Ren Hang où perle la dépression

Vision érotique, humoristique et théâtrale des corps

Avis aux coeurs prudes : les flashs photographiques de Ren Hang y allaient à coups de pénis en érection, de tétons pointants et pointus, de pubis touffus et de pupilles dilatées. Mais, étonnamment, rien ne peut effacer la poésie et la délicatesse de ses photographies. Des images à l’influence asiatique certaine, entre les multiples carnations de rouge (les tulipes, les lèvres, le vernis à ongles) le noir de jais (les cheveux et les jeux d’ombres) et les décors fleuris ou urbains mais aussi pleins de grâce et de naturel.

Les couleurs s’entremêlent aussi bien que les matières

Cette grâce et ce naturel, Ren Hang les tenait grâce à des corps tendres et minces qui s’entremêlent, des décors épurés et sensibles, un érotisme élégant et pur, mais aussi et surtout grâce à une soif de liberté incroyable. La liberté de toucher, de sentir, de voir, de vivre. Et tout cela croisé d‘humour, avec ces mises en scène tordues dans tous les sens.

Une mise en scène étudiée à l’extrême pour un rendu plus vivant que vrai

Justement, la théâtralité de ces corps empilés les uns sur les autres, parlons-en. Le jeune photographe puisait ses influences dans les travaux japonais de Ai Wei Wei, Takato Yamamoto ou de Nobuyoshi Araki, chez qui les œuvres sont poussées vers un érotisme théâtralisé extrême. Alors qu’il prenait ses photos soit dans les rues des villes chinoises, soit dans son petit appartement, Ren Hang ne manquait jamais de mettre en scène son travail, comme pour le faire revivre à l’oeil du spectateur.

Parce que l’on aimera toujours Ren Hang et la nudité sensible de son art :
– Son site, avec des rubriques qu’il a tenues jusqu’à sa mort : RenHang.org
– La monographie que Taschen lui accorde : Ren Hang.
– Son exposition à Amsterdam, jusqu’au 12 mars au Foam 3th Museum

Manon Capelle

Véritable cœur d'artichaut qu'un caillou qui a l'air triste ferait pleurer, je suis aussi le genre de fille qui aime rêvasser la tête à l'envers sur le canapé et acheter des tasses à thé de toutes les couleurs parce que c'est joli. Je suis passionnée par l'histoire sous toutes ses formes, par les saveurs du thé, j'aime les anecdotes rigolotes qui ne servent à rien, les voyages où l'on ne fait que contempler ce qui nous passe sous le nez, et les boucles d'oreilles (ma petite addiction personnelle). Plus sérieusement, je suis étudiante en lettres modernes et en journalisme à l'Académie de l'ESJ, et je suis bien déterminée à prouver à la face du monde que l'info, c'est aussi de la légèreté.

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