Arts Littérature

Rétrospective : Julie Maroh s’expose à la galerie Glénat

Du 8 au 28 février se tient à Paris, Galerie Glénat, la première rétrospective du travail de Julie Maroh. Le 8 février dernier, la dessinatrice de Le bleu est une couleur chaude était présente au vernissage de l’exposition, pour nous dévoiler des planches inédites, sa nouvelle bande dessinée et des anecdotes sur son travail. Divague s’y est rendu, et vous raconte cette expérience. A voir d’urgence.

Une exposition à l’image de son artiste : dynamique et réservée

Julie Maroh a 32 ans. Extrêmement dynamique, elle virevolte entre ses planches accrochées aux murs, sous les caméras et autres appareils photographiques, ce mercredi 8 février à 19 heures. Elle se déplace d’une pièce à l’autre selon son inspiration du moment, semble plutôt à l’aise. Impossible de la rater : elle entraîne à sa suite toujours plus de curieux, dont votre obligée rédactrice. Une certaine assurance, donc, mais pas de prétention.

Julie Maroh reste en effet réservée quant à son succès. Pourtant, celui-ci a de quoi faire tourner la tête : sa première bande dessinée (en recueil), Le bleu est une couleur chaude, commencée à 19 ans et sortie lorsqu’elle avait 25 ans, est traduite en douze langues, a été vendue à plus de 100 000 exemplaires entre 2010 et 2014 et a reçu six prix, dont une distinction à Angoulême, le plus prestigieux festival de bande dessinée d’Europe. Elle est réservée aussi quant à son sujet, le genre, la sexualité, les formes d’amour. Car quoi de plus intimidant, quand on veut toucher les autres, tous les autres, que de leur parler avec leurs propres mots, avec ce qu’il y a de plus universel ? De quel droit pourrait-on dire qu’on connaît les mots, les phénomènes ? Julie Maroh n’a pas cette prétention, et propose seulement son travail à qui veut bien le regarder, sans obligations et sans certitudes.

Une artiste, deux salles, trois ouvrages

Skandalon

Réparties dans deux salles (et une entrée), les planches, tantôt originales, tantôt extraites de l’œuvre de Julie Maroh, sont espacées, de manière à laisser toute la liberté de vision aux visiteurs. Dans l’entrée, quelques planches introductives, pour mettre en appétit, et puis, tout de suite, la magistrale couverture de Skandalon.  Deuxième ouvrage de l’artiste, paru en 2013, Skandalon est l’histoire de Tazane, un jeune rockeur adulé dont la célébrité fait tourner la tête. Arrogant et égocentrique, le jeune homme fait scandale sur scandale et enchaîne les coups d’éclat, allant toujours plus loin pour concentrer les médias autour de lui. C’est sur cette spirale autodestructrice que se concentre l’ouvrage, explorant les limites de la société et sa fascination pour la transgression.

Corps Sonores

En poursuivant sur la gauche, on pénètre alors dans la première salle, celle de Corps Sonores. Dernière création en date, sortie en janvier 2017, cette bande dessinée traite de la multiplicité des amours, en réaction à l’Amour unique prôné par la société d’aujourd’hui. En vingt-deux histoires et environ trois cents pages, l’artiste donne place à tout un éventail d’amours, dans une palette aussi large que ses différents styles. Car Julie Maroh ne se cantonne pas à un seul type de dessin : selon son propre site elle utilise le crayon, mais aussi l’aquarelle, la gouache, l’acrylique, la plume, le feutre…

Très peu de couleurs dans Corps Sonores, plutôt des reflets, intonations légères pour s’approcher au plus près des petits détails des amours, qu’elles soient lesbiennes, gays, bis, hétéros, transsexuelles, fidèles ou infidèles, qu’il s’agisse de trouples, de relations avec ou sans enfants, de polyamoureux, de « moches », de mixtes. Mais la part est aussi faite aux relations d’un ou de quelques soir.s, au désir, aux sentiments, à la passion, à la rupture, au deuil, à l’amour qui fait mal, ou à l’absence de sentiments. Le couple n’est ainsi pas la norme, mais seulement une possibilité parmi d’autres, une manière de s’engager remise en question sans que l’amour lui-même n’en vienne à disparaître. Et s’il est bien présent, c’est notamment à travers la description des doutes, des envies, des blocages, des angoisses, qui rythment la construction amoureuse, quelle qu’en soit la forme.

  

© Galerie Glénat : « Bon, elle a assez duré cette rupture, tu reviens quand au juste ? ».

Le bleu est une couleur chaude

Enfin, la deuxième salle, dans le fond de l’entrée, livre passage, après un petit couloir, à l’ouvrage le plus connu de Julie Maroh. Parue en 2010, cette bande dessinée raconte une histoire d’amour. Un amour lesbien, qui pourrait tout autant être un amour hétérosexuel. Peu importe. Le sujet n’est justement pas d’appuyer sur la différence mais de montrer qu’il n’y en a pas. L’amour est l’amour, peu importe qu’il soit entre personnes d’un même sexe ou de sexes différents. Si des différences physiques sont indéniables, si on ne peut pas démentir qu’un corps d’homme n’est pas celui d’une femme et que par conséquent l’acte ne peut pas être tout à fait le même, les sentiments ne sont pas liés à une définition sexuelle ni à une préférence.

C’est ce que montre Julie Maroh, à travers l’histoire d’Emma et Clémentine. Clémentine tombe amoureuse d’Emma, non pas pour son sexe féminin, mais pour sa personne, sa personnalité, exactement comme elle aurait pu tomber amoureuse d’un garçon. A la différence près qu’il est bien plus difficile d’assumer sa relation homosexuelle parce qu’elle rend victime de discriminations (au « mieux », quand il ne s’agit pas de violences et de mépris). L’histoire débute lorsque Clémentine est au lycée, et se poursuit sur plusieurs années, permettant à la relation d’évoluer, de passer par différentes phases. Dès le début, on connaît la fin de l’histoire, mais, et c’est là que brille le talent de Julie Maroh, on en vient à l’oublier, ou du moins on essaye d’oublier en se laissant porter par le roman graphique. Mais celui-ci nous ramène inlassablement à la fin de l’histoire par des petits rappels du présent parsemés dans le retour en arrière. Encore une fois, la scénariste ne laisse pas le dessin prendre forme au hasard de ses envies, mais accorde les couleurs à la chronologie, et aux sentiments de ses personnages, comme un film en noir et blanc dans lequel on choisirait de ne recoloriser que certains objets, pour y attirer l’attention.

Pour finir, un petit entretien trouvé sur Internet, pour redonner à cette artiste la place centrale qu’on lui a momentanément empruntée

Lucile Carré

En mémoire sur l’européanisation de l’univers carcéral, j’aime écrire sur tout ce qui a priori n’intéresse personne (genre les prisons, et la santé). J’aime beaucoup la polémique, mais je sais aussi être sérieuse. Quand je veux. Intéressée par beaucoup, beaucoup trop de choses, je ne dors pas, ce qui me permet de chiner plein de trucs cools sur le web, à l’extérieur, ou encore dans les arts. En bref, je ne m’interdis aucun domaine.

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