Arts Musique

Robert Plant : un album en dualité avec lui-même

Carry fire le nouvel album de Robert Plant, son onzième en solo, est sorti à la mi-octobre. Le chanteur de Led Zeppelin offre un album toute en déclinaison d’ombre et de lumière, et cette opposition se décline en d’autres couples d’opposition qui, paradoxalement, forment une belle unité. 

De l’ombre à la lumière – et vice et versa

Rien que le titre de l’album, Carry fire, porte en lui le couplage de la lumière à l’ombre. Chacune des chansons est l’occasion d’une nuance entre clarté et obscurité. Mais quel que soit le titre, la lumière ne va jamais sans l’ombre. Avec Dance with you tonight, Plant pose un rythme sombre, ponctué par des jets lumineux de tambourins et les paroles qui reposent dessus reprennent explicitement cette opposition lumière/obscurité :

Someone turned out the light […] That little light that keeps on shining, all through the darkness, through the night

Cette opposition se retrouve aussi, sur un autre registre, dans Bluebirds over the Mountains. Cette fois, le rythme lourd, sombre et presque pesant, transforme l’opposition lumière/obscurité en contraste entre la noirceur des percussions et la lueur des cordes, sans doute un violon. Les oppositions se muent au fur et à mesure qu’elles apparaissent, et ainsi, cette seconde opposition prend aussi, particulièrement dans ce titre, le sens d’un combat entre légèreté et pesanteur.

L’album est donc d’une richesse absolue et fait unité précisément parce qu’il est traversé par ces antagonismes lumineux, que ce soit ceux des paroles, ceux des instruments ou ceux du tout formé par la musique et les paroles.

De la parole au silence – et vice et versa

Cette première opposition se substitue à une seconde. Si la parole est éclaircissement, explication du fond musical sur lequel elle se trame, c’est aussi parce l’opposition lumière/obscurité se fonde sur un autre couple, beaucoup plus primordial. Celui entre les paroles et les silences de la voix. Dans The May Queen, où on retrouve un rythme bien country accompagné de la voix presqu’inchangée de Robert Plant, les paroles sont percées en plein cœur par un silence, afin, sans doute, de laisser toute sa place à quelque chose qui n’est pas de l’ordre du verbal, du communicable par les mots.

C’est sans doute parce que la musique peut s’exprimer indépendamment de la voix qu’une chanson comme Heaven Sent ou Carry Fire peuvent exister. Elles sont empreintes d’une touche de spiritualité quasi religieuse, que ce soit dans le thème de l’ange déchu dans la première ou que ce soit dans le solo intrumental de la seconde. Quelque chose d’autre cherche à s’exprimer et il est soutenu par l’opposition silence/voix qui génère d’autres oppositions. Un ensemble solide somme toute.

De l’artistique au politique – à sens unique

Cependant, une utilisation de l’opposition lumineuse est toute particulière. Robert Plant insiste lourdement sur l’écho qu’il peut y avoir entre l’obscurité et l’obscurantisme qui commence à régner aujourd’hui. C’est là-dessus que se tiennent des chansons comme Carving up the World Again… a wall and not a fence, (qui prend tout son sens très récemment avec le mur de Donald Trump) ou Bones of Saints, un bon vieux rock de grange, qui, habité par les oppositions déjà mentionnées, met en regard un passé mythifié avec le jardin d’Eden, et l’hypocrisie de la politique d’isolement menée de plus en plus (les exemples sont fournis par la chanson elle-même).

 

Le pire, c’est qu’il reste beaucoup de titres dont Divague ne vous a pas parlé, donc prenez vos lecteurs cassette ou votre cellulaire, écoutez ça et kiffez bien. Ciao Bonsoir.

Guillaume Vernier

Affamé de soif et assoiffé de faim, je suis empêtré en Master Philo-Allemand mais je suis né prématuré. Il y'a forcément un lien entre ces deux infos. Né en avance, vie en retard, j’ai un vieil esprit dans un corps quasi neuf. Explorateur du dimanche de la distance entre hier et demain, je me dis qu'on peut peut être tomber sur aujourd'hui. Philosophie, Musique, Littérature et Voyage : un poète amateur en bout de course. A noter aussi : Anthropophile à tendance anthropophage. C’est ce que j’aime, les gens. Avec le vin blanc. Et le fromage. Avec du pain. Et Lévinas aussi.

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