Arts Musique

Rocky, le mix parfait entre dance des eighties et électro pop

Trois musiciens et une chanteuse à la voix de Grace Jones, le quatuor Rocky réalise le parfait mélange entre les sonorités des années 80’ / 90’ et la musique électro-pop actuelle. Le tout donne des musiques entrainantes et un univers très graphique. Olivier Bruggeman, que l’on retrouve au clavier et à la basse, nous a accueilli dans leur studio lillois entre deux concerts. Il nous en dit un peu plus sur le projet du groupe.

Comment as-tu connu les autres membres de Rocky et comment avez-vous décidé de faire de la musique ensemble ?

Laurent, Tom (les autres musiciens du groupe ndlr) et moi avions un précédent groupe sur Lille avec un chanteur : TV Glory. Ca s’est arrêté en 2010 et on a décidé de lancer notre projet à trois. On a cherché un chanteur ou une chanteuse, on ne savait pas trop. Fin 2011, un ami commun nous a présenté Inès qui faisait alors ses études à Lille. On n’a même pas eu le temps d’auditionner d’autre chanteur, on lui a dit de rester.

Vous revendiquez des influences très variées citant plus des époques que des groupes en particulier. Sur Spotify, vous avez concocté une playlist regroupant justement toutes vos inspirations : pour ne citer que les plus connus, on y trouve George Michael, Depeche Mode, The Velvet Underground mais aussi Dr.Dre et Snoop Dogg. Comment définis-tu votre musique de ce fait ?

C’est très compliqué car chacun a des influences différentes. Nous, les garçons, on aime beaucoup la musique anglaise des années 80’ / 90’ et celle de New York au début des années 80’ alors qu’Inès est plutôt r’n’b, soul. Du coup, on ne se met pas de barrière quand on compose. On ne va pas exclure un morceau en se disant qu’il ne correspond pas à notre esthétique, on n’essaie pas de se restreindre. C’est la voix d’Inès qui fait le lien entre nos morceaux qui sont parfois très différents. Il y a des morceaux très house music et des morceaux très pop. En résumé, je dirai qu’on fait de la pop-rock électro. On respecte le format pop avec un couplet / un refrain et des arrangements électro. Je pense qu’on a du mal à nous cerner. On brouille un peu les pistes mais ça peut être une force, on préfère. Malheureusement c’est pas toujours évident pour le public de nous retrouver et nous identifier.

Vos chansons sont très riches autant au niveau de l’instrumentation que vocalement avec la voix d’Inès déjà très puissante et parfois encore amplifiée par les choeurs comme sur Big South. Comment se passe la conception d’un morceau ?

Tout dépend des morceaux. Soit on fait chacun séparément dans un premier temps soit on crée à trois, ici dans le studio où on confectionne nos démos. On envoie les instru à Inès qui est à Paris et elle nous renvoie ses essais vocaux. On rectifie notre instru, on lui renvoie… C’est une sorte de ping-pong. Elle vient à peu près une fois par semaine à Lille pour répéter. Toutes les parties additionnelles, les choeurs se font en studio. Dans le cas de Big South, il y avait un choeur de huit personnes présent dans le studio à Paris. De manière générale, on se permet tout le temps d’enrichir les morceaux au moment de l’enregistrement et du mixage. Un morceau évolue tout le temps entre la premier démo de base et l’enregistrement final.

On vous a découvert en 2013 avec le premier single Chase The Cool puis il y a eu l’EP en 2014 mais il a fallu attendre octobre 2016 pour la sortie de l’album Soft Machines. Comment s’est déroulé cette période de création ? Est-ce que vous vouliez prendre votre temps pendant ces deux ans ?

C’est vrai qu’il y avait un buzz après l’EP et tout le monde attendait l’album mais on a voulu attendre. On s’est dit qu’on allait faire les choses tranquillement, on a fait plein de versions différentes. On a amené la batterie dans nos morceaux alors qu’elle n’était pas présente auparavant. On a pris le temps pour les démos, puis pour l’enregistrement et finalement tout ça prend vite un an. L’album était prêt avant l’été 2016 mais le label a préféré le sortir à l’automne. C’est vrai qu’on a pris du temps à une époque où tout va vite dans l’industrie musicale, c’est une chance, une véritable opportunité de la part de notre label.

Pourquoi avoir fait le choix de ne pas intégrer Chase The Cool à l’album ? Band Against the Wall fait ainsi figure d’exception car elle est le seul titre de l’EP que l’on retrouve sur l’album.

On aurait pu intégrer Chase The Cool mais Band Against the Wall est un morceau qu’on n’aime beaucoup aussi et on voulait lui laisser une chance de connaitre la même diffusion que Chase The Cool. Elle a été remixé avec les autres chansons inédites pour figurer sur Soft Machines.

Comment s’est déroulé l’enregistrement de l’album ? Vous êtes partis à Los Angeles pour le mixage, c’était comment ?

L’enregistrement s’est fait en plusieurs parties. Tout ce qui est instrument s’est fait dans un super studio à Bruxelles et les finitions et la voix à Paris dans deux/trois studios différents. Pour le mixage, on avait la volonté de travailler avec Eric Broucek. Il a notamment mixé les albums de LCD Soundsystem, c’est une esthétique qu’on aime tous beaucoup et qui revient régulièrement dans nos interviews. Eric a accepté de travailler sur notre album. On pensait qu’il était à New York mais en fait il avait déménagé à Los Angeles alors on a fait le voyage pour l’assister pendant le mixage. C’était une belle expérience de pouvoir aller à Los Angeles car c’est quelqu’un dont on apprécie vraiment le travail et on était super content.

De quoi parle vos chansons ?

C’est assez simple, ça reste des histoires d’amour la majorité du temps puisqu’on est sur un format pop. On fait preuve d’une certaine dérision : les morceaux pop sont parfois mielleux et on en joue.

Vous étiez de passage au mois de novembre sur le plateau de Quotidien avec Yann Barthès pour un live, on vous a aussi vu jouer dans C à Vous et début mars vous étiez interviewé pour Entrée Libre sur France 5. Est-ce que tu as l’impression que votre carrière s’accélère et bénéficie d’une plus grande exposition ?

Avec la sortie de l’album, on a eu une très très bonne presse. On a vraiment eu toute la presse possible en France aussi bien spécialisée que généraliste, on a eu de la télé, des belles choses. Il faut maintenant aller à la rencontre du public. Ce n’est pas tout d’être identifié professionnellement au niveau des médias mais on est peut-être pas assez grand public. Il faut qu’on défende ça. On va bientôt tourner le clip de Love Is a Soft Machine pour l’été et on a une trentaine de dates entre avril et juillet. On va aussi jouer dans plusieurs gros festivals : les Vieilles Charrues et les Eurockéennes de Belfort.

Où situes-tu Rocky par rapport à la scène musicale française ?

On colle pas du tout avec la tendance de ce qui se passe en France. Aujourd’hui tous les groupes français chantent en français et on sort un album avec des chansons en anglais. On ne va pas dévier maintenant pour s’adapter. On pourrait pourquoi pas faire une chanson en français si ça nous plait mais pas pour coller à la tendance. On ne va pas tout changer, on est plutôt à contre-courant. On suit personne à part les Shoes, on est copain avec eux et ils prennent des chanteurs en anglais aussi. On a un coté pas français, plutôt anglo-saxon, mais on joue en France c’est le paradoxe.

Seule Inès apparait dans les clips de Rocky et sur les visuels, rien ne permet de penser que vous êtes un groupe français et le design de l’album est très épuré hormis la photo d’Inès. Est-ce que ce graphisme relève d’une volonté d’entretenir un certain mystère ?

C’est vrai qu’il y a une certaine ambiguïté car le public pense parfois qu’il ne s’agit que d’une chanteuse, ils ne savent pas que c’est un vrai groupe. C’est déjà arrivé en interview qu’un journaliste colle le micro devant Inès et lui déclare “bonjour Rocky”. En fait, c’est le résultat du boulot des graphistes depuis la pochette de l’EP. On s’est dit que c’était bien de mettre Inès en avant. On voulait éviter la photo du groupe de musiciens qui posent bêtement devant un mur. Le photographe, René Habermacher, travaille dans la mode en temps normal. On trouvait cette photographie très forte, ça faisait d’Inès une icône de mode et c’était pas gênant de brouiller les pistes. Pour l’album, on a essayé de poser sans les masques mais il y avait un truc assez ridicule, c’était pas graphique.

Qu’est-ce qui te rend le plus fier en tant que musicien ?

Il y a quelques dates qui nous ont vraiment rendu fiers. Je pense à notre participation au Montreux Jazz Festival en 2014 qui est un festival assez important en Suisse. Globalement je suis fier quand les concerts se passent hyper bien comme lors de la fête de la musique à Paris en 2014 où on a joué devant 15.000 personnes à la place Denfert-Rochereau. On a aussi fait la première partie de The Shoes à l’Olympia, c’était impressionnant. Sinon, on est vraiment content du retour de l’album car on a jamais eu de mauvaise critique, personne ne nous a dit que c’était nul. On peut être fier de ça, d’avoir fait un bel album même si niveau grand public il ne se vendra jamais comme un grand album pop.

Quelle serait ta consécration en tant qu’artiste ? Qu’est-ce qui te fait rêver ?

Continuer à progresser en live et pouvoir jouer partout, des petites scènes, des grosses, de tout. Après ce qu’il faudrait c’est la consécration du public. Pas faire un tube et être balayé après mais faire une belle carrière étalée dans le temps en restant sincère. Sans être obligé de se fourvoyer ou faire des choses que l’on n’aime pas. Je pense que ça se sent dans nos morceaux : on est sincère. Rien que ça c’est un luxe, ça serait top de continuer.

A une situation semblable à celle des Etats-Unis, est-ce-que tu penses que les artistes français devraient s’engager de la même façon ?

On est pas dans cette dynamique, on reste dans quelque chose d’esthétique et on cherche pas à prendre position mais vu la situation aux Etats-Unis avec Donald Trump, je comprend tout à fait que les artistes s’engagent. C’est de la résistance et on ferait pareil si Le Pen passait. Il y a des artistes engagés qui font ça très bien : le morceau La Jeunesse emmerde le Front National des Berurier Noir a bercé mon adolescence. Néanmoins, il faut faire attention à la posture marketing qui peut y avoir derrière. Je suis peut-être un peu dur mais je me pose la question. Pour les Rocky, on est pas dans cette posture. On peut très bien jouer dans un concert contre le racisme, jouer pour une bonne cause, on peut défendre des choses. De là à avoir un discours, ça devient très compliqué parce qu’il faut vraiment avoir les mots. C’est un vrai débat : est-ce que l’art doit servir l’engagement politique ou est-ce qu’au contraire il doit en être détaché ? Il y a un moment où la situation fait que tu n’as plus le choix, ça resurgit.

De l’authenticité et un plaisir communicatif sur scène, Rocky est en concert partout en France et jouera notamment le 3 mai à la Gaieté Lyrique à Paris.

Louise Lemaire

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