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Rone : du crépuscule à la lumière

Le 3 novembre dernier, sortait Mirapolis le quatrième album de Rone.  Avec ce nouveau projet, le compositeur français démontre une nouvelle fois que son apport est loin de se limiter à la musique électronique.

Tout commence par la Bretagne

 

Mirapolis se définit par une mélancolie inscrite dans un ensemble plus lumineux.  Cela passe à la fois par les sonorités (synthétiseur, violon, batterie) et les thèmes abordés – explicitement ou non – comme l’addiction, la rupture ou les relations humaines. Par contraste, se dégageait de Creatures  (album précédent de l’artiste), une harmonie musicale beaucoup plus sombre.

Les pochettes respectives des deux albums reflètent cette divergence artistique. Alors que celle de Creatures est composée essentiellement de gris, de noir et de blanc, la pochette de Mirapolis  est beaucoup plus chargée et colorée.

Ce n’est sans doute pas un hasard si la découverte de Mirapolis s’est faite par Brest. En hommage à la région dans laquelle Rone s’est isolé pour écrire l’album, ce morceau représente la philosophie de l’ensemble du projet par ses sonorités (l’impact de la batterie notamment) .

L’importance des collaborations

 

Avant de commencer l’écriture de l’album, Rone souhaitait créer des musiques seul et avec peu de matériel, comme au début de sa carrière. Pourtant, lors du concert à la Philharmonie de Paris le 17 janvier 2017, le compositeur a invité de nombreux artistes à le rejoindre sur scène. C’est ce qui lui a donné envie de collaborer à nouveau sur sept morceaux de Mirapolis : Down for the cause avec Kazu Makino, Faster et Everything, avec Saul Williams et Brest avec John Stanier entre autres).

L’une des forces de Rone est de servir parfaitement les voix ou les instruments qui l’accompagnent. Le support musical sublime ces derniers et apporte le relief nécessaire à leur propos. Écoutez par exemple Faster, le pamphlet de Saul Williams contre Donald Trump ou Switch, le récit d’une rupture amoureuse par Baxter Dury. Les voix et la musique se répondent, devenant un moyen pour l’artiste de s’exprimer à travers elles. Les textes quant à eux, magnifient la structure musicale proposée par le compositeur. C’est un véritable jeu de miroir !

 

Un « Kaléidoscope musical »

 

La pochette de l’album créée par Michel Gondry (Eternal Sunshine of the Spotless Mind (2004)) reflète parfaitement l’univers du disque. Mirapolis pourrait être le récit d’une cité  futuriste, disparue et fantasmée.

L’aspect onirique et sensuel de la musique de Rone a souvent été relevé.  La Philharmonie de Paris la qualifiait d’ailleurs de “kaléidoscopique“. Mirapolis n’échappe pas à cette règle : l’album est propice au rêve et au fantasmagorique. Chaque morceau est une nouvelle toile qui laisse libre cours à l’imaginaire de l’auditeur.

L’album paraît largement inspiré de l’univers cinématographique. Construit comme une histoire dont les morceaux en seraient les différents fragments, Mirapolis pourrait largement se concevoir comme la bande-originale d’un film. Le projet tient précisément sa force de sa ligne artistique puissante et cohérente – ordre des morceaux, histoire et univers décris – et de sa musicalité précise et détaillée.

L’expérience Live

 

La dimension sensorielle de la musique de Rone ne se ressent pas seulement à l’écoute de ses albums. En vérité, cette qualité paraît s’exprimer pleinement lors des performances live de l’artiste.

À l’image de ses œuvres, les concerts d’Erwan Castex semblent extrêmement travaillés. Chaque jeu de lumières paraît avoir été pensé et réfléchi, l’harmonie entre les projections scéniques et la musique est parfaitement réalisée.

Dans ses lives, Rone réinvente ses albums et ses musiques. Il leur donne une nouvelle dimension et intègre de nouvelles sonorités. L’artiste réinvente sans cesse son propre univers, et lui donne une dimension de plus en plus grande.  Dès lors, le travail visuel avec les jeux de lumière et les projections vidéos, mêlé à l’expérience sonore, font des concerts d’Erwan Castex un trip hypnotique donnant une nouvelle profondeur à ses œuvres.

Les synthétiseurs et l’ensemble du matériel utilisé par l’artiste donnent à ses morceaux des sonorités électroniques. Néanmoins, Rone ne se réduit pas à cette catégorie musicale puisque la démarche même de l’artiste, traduite par la diversité des collaborations et la richesse des choix artistiques témoignent d’une grande variété stylistique.

Les nombreuses influences de l’artiste révèlent d’ailleurs de cet éclectisme. Rone est un grand passionné de musique classique et de jazz, et cela se ressent dans la composition de ses morceaux.

Il semble que Mirapolis s’inscrive largement dans ces réflexions : l’apport de l’album ne se réduit pas à la seule musique électronique. De la même manière, si le projet est l’une des sensations de l’année 2017, il semble qu’il soit destiné à s’inscrire dans le temps.

Rone présentera Mirapolis en live à l’Autre Canal (Nancy) le jeudi 8 février 2018 prochain : http://lautrecanalnancy.fr/RONE-MONOLITHE-NOIR-AFTER-CARTE-BLANCHE

Aurélien Montanini

Je resterai volontairement évasif pour que l'on ne puisse connaître mes côtés les plus sombres : mon addiction aussi soudaine que violente pour le hummus; la détresse psychologique dans laquelle m'a laissé la mort de Johnny; mon amour pour la musique "Shalom Aleicheim" etc...

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