Arts Musique

Serge Gainsbourg retrouve le classique avec Jane Birkin

Jane Birkin fait sensation avec Birkin Gainsbourg : Le Symphonique, son nouvel album-hommage à Serge Gainsbourg. Elle reprend vingt-et-un titres composés par l’artiste, pour elle ou pour d’autres muses, avec un orchestre symphonique dirigé par le compositeur Nobuyuki Nakajima. L’oeuvre est touchante, comme sa voix à elle, comme sa musique à lui, comme leur histoire à eux.

Gainsbourg et classique : juste retour des choses

Jane Birkin et Serge Gainsbourg en 1971

Reprendre Gainsbourg version classique ? Une seule personne et uniquement une seule personne en était capable. Et elle l’a fait. Jane Birkin ou la femme qui partagea douze années d’amour avec lui, et tant d’autres musicales. Elle seule pouvait chanter Gainsbourg avec un orchestre symphonique, car elle seule connaît l’importance du classique dans la vie de l’homme à la tête de chou.

L’éducation de Serge a été classique, la grande musique c’est ce qu’il aimait le plus, avec la peinture et la poésie.

S’en inspirer fut certainement la plus belle déclaration d’amour de Gainsbourg au classique. Johannes Brahms pour Baby Alone in Babylone, Frédéric Chopin pour Jane B., Edvard Grieg pour Lost Song ; quelques titres que l’on peut citer pour lesquels Gainsbourg a puisé dans le classique pour les composer. Ces trois chansons figurent sur l’album de Birkin et finalement, avec ce retour au classique, la boucle est bouclée. Ou peut-être pas. Après tout, Jane Birkin donne une nouvelle perspective aux morceaux, une perspective classique donc, comme elle leur en avait déjà donné d’autres sur de précédents albums de reprises tels que Arabesque (2002) ou Jane Birkin sings Gainsbourg via Japan (2013). Inépuisable Gainsbourg ; mais pas par n’importe qui.

Jane B. comme Jane Beauty

Si Birkin était un instrument, elle serait un cello (violoncelle). Si Gainsbourg était un instrument, il serait un piano. De quoi faire de pétillantes mélodies, comme ils nous l’ont déjà prouvé ; comme elle nous le prouve encore aujourd’hui avec Birkin Gainsbourg : Le Symphonique. Avec les arrangements du compositeur Nobuyuki Nakajima joués par l’orchestre de la radio polonaise, les chansons de Gainsbourg se révèlent sous un autre jour. Écouter cet album, c’est se balader. L’oreille ne reconnaît pas immédiatement la chanson originale, elle s’engage sur des sentiers inconnus, puis elle se repère et doucement, elle revient sur le chemin qu’elle connaît, qu’elle a tant de fois empruntés. Mais cette fois-ci, elle y découvre de nouveaux recoins, de nouvelles nuances insoupçonnées qui la surprennent et l’égaient. Les textes de Gainsbourg dans la bouche de Birkin révèlent un peu plus encore leur poésie et leur beauté. Car oui, au risque de le répéter après tant d’autres, les textes de Gainsbourg sont d’une poésie pure, d’une puissance éclatante tant dans leurs sonorités que dans leurs sens. Les paroles de Gainsbourg respirent la liberté ; une liberté où provocation et humour s’élancent et s’enlacent avec finesse et élégance. Jane Birkin entretient cette atmosphère à travers sa voix savoureuse et délicate, exquise et langoureuse. L’exemple en est avec La chanson de Prévert, magnifique texte porté par la sublime voix de Birkin, accompagnée en crescendo par l’orchestre symphonique.

Forever Serge

Malgré la disparition de Serge Gainsbourg il y a vingt-six ans, Jane Birkin reste et restera à jamais liée à cet être qu’elle a tant aimé. Elle confie d’ailleurs dans l’émission Thé ou Café que cela fait plus de vingt ans qu’elle n’est plus tombée amoureuse, fidèle pour toujours à son Serge. Cet hommage, dans toute sa splendeur et son éclat, montre parfaitement la douceur que la jeune femme accorde encore aujourd’hui à l’artiste.

Mais là je me dis que je ne peux pas faire mieux, tout du moins faire plus émouvant.

L’émotion. Voilà ce que Birkin souhaite à tout prix transmettre. Sa voix vient se blottir dans les notes des instruments avec tellement de délicatesse, à l’instar de Jane B. et ses allures de valse. Philippe Lerichomme a, pour cet album, assuré la direction artistique et a donc trouvé l’équilibre juste entre les déhanchés vocaux de Birkin et la folie sémillante de l’orchestre. L’album de vingt-et-un titres se clôt sur peut-être la chanson la plus connue de Gainsbourg, reprise par Iggy Pop sur son album Après ; ici reprise version classique par Birkin. Véritable ode à l’amour, La Javanaise, fut écrite pour Juliette Gréco par Gainsbourg un certain soir d’été 1962, en compagnie de musique et de champagne. Gréco écrit dans Je suis faite comme ça (2012) : « Serge Gainsbourg sait jongler avec génie entre musique et paroles ». On ne peut qu’acquiescer. Allez, pour le plaisir, (ré)écoutons l’interprétation de Gainsbourg, avec lui, sa cigarette et sa tête de canaille évidemment.

L’interprétation de Birkin est joliment juste, les notes du xylophone qui accompagnent sa voix sont à l’image de cet album : raffinées. Nobuyuki Nakajima est parvenu avec brio à transmettre aux instruments la pudeur évanescente des paroles, dévoilée et finalement mise à nue par la voix aérienne de Birkin.

 

Jane Birkin rend hommage à l’homme de sa vie ; cet homme que l’on a tous déjà rencontré, que l’on croit connaître et que l’on découvre toujours. La rencontre peut être brutale, lui qui distribue les swing et les uppercuts, on s’y attend pas et ça fait shebam, pow, blop, wizz, ou au contraire, il peut vous aborder, avec sensualité, lascivité, tel le sucre d’orge qui coule dans la gorge d’Annie. Comme une évidence, Serge Gainsbourg.

1 Comment

  1. Bel article, bien écrit et bien renseigné. Chouette cacahuète.

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