Arts Théâtre

Le théâtre de Rémi de Vos, de l’amour à la haine

Du 24 mai au 4 juin, le théâtre de la Manufacture de Nancy présente la pièce intitulée Trois ruptures, écrite par Rémi de Vos et mise en scène par Othello Vilgard. Touchante et criante de vérité, cette œuvre lance des interrogations, amorce des réponses, mais n’établit aucune conclusion définitive, comme pour laisser le spectateur vivre librement sa pensée quant à un sujet aussi sensible et violent, personnel et commun que l’amour.

La violence en mots

Un couple, une séparation, une vengeance, de la violence ; tels sont les mots qui nous viennent à l’esprit lorsque l’on vient d’assister à la pièce de Rémi de Vos et de Othello Vilgard. Cette comédie présente en effet des scènes de duel entre un homme et une femme qui voient leurs liens s’éteindre de plus en plus tout en étant pourtant incapables de se quitter véritablement.

La violence est omniprésente, et apparaît dès la première scène : la femme a préparé un repas de rupture absolument exquis à son mari, comme pour atténuer la douleur du moment. Vient ensuite l’annonce de la rupture. Alors qu’elle est amplement voire lourdement félicitée par son mari pour sa cuisine, la femme lâche sans le moindre avertissement un « je te quitte », qui sera alors considéré comme une blague pendant de longues minutes par son conjoint. Enfin… ancien conjoint. Une pluie de reproches en tout genre, d’insultes démesurées et de provocations farouches et enflammées s’abat alors sur la scène. La force du texte de Rémi de Vos est de présenter une violence qui ne semble pas avoir de limites – le mari attache sa femme à une chaise et l’oblige à manger la pâté de son chien – mais qui, traitée sur le ton de l’humour, parvient à sensibiliser le spectateur, qui prend conscience de la puissance de portée des mots sur l’autre. « L’humour – les rires qu’il peut provoquer – ne cherche pas à amoindrir ou dédouaner la violence qui s’exerce. Il rend simplement possible sa représentation. » De Vos n’emploie donc pas l’humour par simple volonté de faire rire ou de cacher l’agressivité des relations humaines, mais au contraire il permet de souligner les enjeux et la destruction que la violence conjugale entraîne. « Une scène de ménage poussée à fond a toujours un aspect comique » : l’humour comme rempart, l’humour comme moyen de faire accepter la violence, l’humour comme dénonciateur, voilà comment De Vos construit ses textes.

La mise en scène d’Othello Vilgard est assez sobre, une simple baie vitrée séparant les comédiens des spectateurs, comme pour nous protéger de la férocité des paroles échangées. Les mots rebondissent sur la vitre et reviennent frapper les comédiens de plein fouet. Cette limite transparente tend cependant à être parfois oubliée, ce qui nous rend davantage concerné par les sujets abordés et par conséquent ce qui nous fait davantage réfléchir. Comment comprendre la dissolution de l’amour entre un mari et une femme ? Comment réagir à l’annonce de la rupture : vengeance ou dialogue ? Cette pièce pose énormément de questions qui partent à la recherche de leurs réponses. Celles-ci ne résident pas dans les paroles même des comédiens mais dans ce qu’elles cachent. La révélation des secrets que la pièce soulève n’est pas servie toute fraîche sur un plateau d’argent, mais c’est au spectateur d’aller la chercher, en plongeant dans ses expériences, dans ses histoires d’amour passées ou actuelles.

Rémi de Vos et Othello Vilgard tentent de donner une réalité concrète à la violence amoureuse en usant de la force du texte théâtral qui, aussitôt qu’il est prononcé, frappe le spectateur de sa présence fulgurante, mais meurt quasiment instantanément, laissant place à d’autres paroles tout aussi éphémères. À nous, spectateurs, de saisir le texte, de se l’approprier, de s’engager à travers lui ou au contraire, de le refuser, de le rejeter. Comme dans une histoire d’amour finalement ; on s’aime, on s’engage, et puis arrive parfois un moment où on lâche tout. La rupture.

Lola Schidler

Yo ! Certes Lola ne rime pas avec littérature, shoes, musique, hippopotame, chemise, booty shake, théâtre, chaussettes et humour, mais ces quelques mots sont essentiels pour moi. En espérant qu'ils le deviennent un jour pour vous.

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