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Tour de France 2017 : c’est reparti pour un Tour !

Chris Froome moins souverain, des outsiders décomplexés mais non moins ambitieux, des Français à l’affût. Cette 104ème édition semble plus ouverte que jamais. Revue d’effectif.

Le parcours : de Düsseldorf aux Champs-Élysées, en passant par les cinq principaux massifs montagneux

Cette année, Christian Prud’homme et les organisateurs du Tour de France ont décidé de faire la part belle à une large variété de terrains. Des Vosges aux Alpes, du Jura aux Pyrénées, sans oublier le Massif central, les cinq principaux massifs montagneux se dresseront sur la route des coureurs au cours des 3 semaines de compétition. Mais la Grande Boucle édition 2017 ne se résume pas à un enchaînement de côtes, loin de là. Un départ en Allemagne pour célébrer l’amitié Franco-Allemande, un passage éreintant dans le Benelux et un magnifique contre-la-montre à Marseille —  que les organisateurs rêveraient décisif à la veille de l’arrivée — sont autant d’épreuves que les 198 coureurs au départ auront à affronter. En somme, spectateurs, téléspectateurs et coureurs eux-mêmes l’auront compris, c’est un athlète polyvalent, certainement l’archétype du cycliste moderne, qui s’imposera sur cette 104ème édition du Tour de France.

© letour.fr

Les principaux favoris

Christopher Froome (Team Sky, BR, 32 ans) : Qui d’autre que le triple vainqueur de la Grande Boucle (2013, 2015, 2016) pour faire office de favori à la victoire finale ? Si le natif de Nairobi dit se méfier avant tout de Richie Porte et Nairo Quintana, c’est peut-être pour se délester quelque peu du poids de favori sur ces épaules. En manque de référence en 2017 (0 victoires) contrairement aux autres années (toujours au minimum 5 victoires avant de remporter le Tour de France), Chris Froome pourrait douter de ses capacités à remporter une quatrième fois le Tour. D’autant qu’outre les résultats, le britannique n’a pas vraiment été rassurant lors de ses sorties en compétitions, notamment face à Richie Porte. Mais le leader de la Team Sky est sûr de ses forces et affirme : « Je sais à quel niveau je dois me présenter au départ et j’y suis. Je suis parfaitement prêt ». Vraie confiance ou figure de style ? Les trois prochaines semaines le diront. Pour l’heure, ses plus proches concurrents semblent avoir une fenêtre de tir sur cette édition 2017 car si l’effectif de la Team Sky fait toujours aussi peur (Henao, Nieve, Thomas, Kwiatkowski, Landa), celle-ci a montrer ses faiblesses à de nombreuses reprises, et lorsqu’on sait que l’organisation de l’équipe est l’une des forces si ce n’est la force principale de Chris Froome, l’espoir est permis. L’autre donnée importante est de plus en plus présente sur les grands tours. Les organisateurs souhaitent de plus en plus pousser les coureurs à revenir à une mentalité offensive, qui privilégie le spectacle au-delà des calculs pour le classement final. Et avec un parcours extrêmement varié, ce sera l’occasion de voir de nombreux coureurs tenter leur chance de loin ou à plusieurs reprises.

Débutant sur un contre-la-montre, le Britannique tentera d’enfiler la tunique jaune dès la première journée.

Nairo Quintana (Movistar Team, COL, 27 ans) : Bien malin est celui qui peut évaluer avec précision le niveau réel du petit grimpeur colombien (1,67 m). Parfois étincelant par le passé, le leader de la Movistar apparaît beaucoup plus sage et réfléchi aujourd’hui, certains le trouvent même ennuyant. Sur le Tour d’Italie, il a paru serein durant une bonne partie de la course, avant de s’incliner sur la fin, sans jamais ne vouloir réellement accélérer. N’avait-il pas les jambes ou voulait-il en garder sous la pédale pour son véritable objectif de la saison, le Tour de France ? Il est vrai que la tentation était forte, à quelques secondes près, il aurait pu remporter le Giro sans trop forcer et économiser du carburant pour le Tour. Malheureusement pour lui, Tom Dumoulin en a voulu autrement. Ce sera sa quatrième participation à la Grande Boucle, et sans dire que le temps presse, il serait bien que Nairo Quintana confirme les espoirs placés en lui, et confirme tout son potentiel par un remarquable coup d’éclat sur 3 semaines. Son équipe, la Movistar, semble rodée et taillée pour lui (Valverde, Betancur, Amador, Herrada). Quant au parcours, il n’est pas fait sur mesure mais après de nombreux échecs face à Froome sur des terrains ultra-pentus, peut-être qu’un parcours moins relevé, plus varié et avec moins de kilomètres de contre-la-montre lui permettront de devenir le premier Colombien à remporter l’épreuve.

Déjà vainqueur sur les deux autres Grands Tours (Italie et Espagne), Quintana tentera d’accrocher le jaune à son palmarès.

Richie Porte (BMC Racing Team, AUS, 32 ans) : Selon les observateurs, le coureur australien n’est pas loin d’être le cycliste le plus en vue de ce début de saison en ce qui concerne les courses à étapes. Régulièrement solide, par moment impressionnant, Richie Porte fait forte impression depuis le début de la saison (vainqueur du Tour de Romandie, une étape sur Paris-Nice, 2ème au classement général du Critérium du Dauphiné et vainqueur d’une étape). Si l’on devait simplifier le problème, Porte n’a en fait qu’un seul ennemi : lui-même. Jamais il n’est apparu à son aise sur la totalité d’une course de 3 semaines et parfois même pas sur une course d’une semaine (Critérium du Dauphiné 2017). Mais ce que tout le monde se dit, lui le premier c’est : « pourquoi pas cette fois ? ». Épaulé notamment par Nicolas Roche et la garde suisse (Küng, Wyss, Schär), Richie Porte peut y croire, même s’il sera cette fois attendu par les autres favoris.

Longtemps barré son coéquipier Froome, Richie Porte a désormais son équipe pour mener à bien ses envies de Tour. (© TourDownUnder)

Romain Bardet (AG2R La Mondiale, FRA, 26 ans) : Une fois de plus la France se prend à rêver et espère trouver un successeur à Bernard Hinault, dernier vainqueur tricolore du Tour en 1985. Le coureur originaire de Brioude semble en constante progression sans toutefois atteindre l’apogée de sa carrière. C’est plutôt bon signe. Souvent placé bien que rarement gagnant (6ème de Liège-Bastogne-Liège, 6ème du Critérium du Dauphiné, 10ème du Tour de Catalogne), le leader de l’équipe AG2R La Mondiale a fait preuve d’un tempérament extrêmement offensif cette saison. Pour le plus grand plaisir du spectateur. Épaulé au mieux par Mathias Frank, Alexis Vuillermoz et Pierre-Roger Latour, l’Auvergnat sait qu’il devra encore franchir un palier, notamment dans la régularité, s’il veut un jour s’imposer à Paris. Ce Tour au parcours éclectique peut l’y permettre.

Deuxième l’année dernière, Bardet rêve de jaune sur les Champs-Élysées. (© (AFP/PHILIPPE LOPEZ)

Alberto Contador (Trek-Segafredo, ESP, 34 ans) : « Si je continue, c’est que je me sens capable de gagner le Tour de France ». C’est ce qu’a affirmé Alberto Contador pour justifier son intention de rempiler pour une saison supplémentaire à la fin de l’année 2016. Sauf que les jambes de l’Espagnol pourraient le faire mentir. S’il a obtenu des résultats satisfaisants depuis le début de la saison (2ème de Paris-Nice, du Tour de Catalogne et du Tour du Pays Basque), ces adversaires savent qu’il n’est plus capable de fulgurances comme autrefois. Aujourd’hui, le double vainqueur de la Grande Boucle semble plus capable de faire perdre le Tour à ses adversaires directs que de le gagner. Mais sait-on jamais, avec une équipe solide en montagne (Bauke Mollema, Haimar Zubeldia, Jarlinson Pantano) et connaissant le sens tactique aiguisé du Pistolero, une surprise de cette ampleur n’est pas à exclure. Cependant, une victoire de prestige dans une étape taillée pour les cadors (l’arrivée à Peyragudes ou au sommet de l’Izoard par exemple) pourrait constituer un formidable adieu au Tour de France pour Alberto Contador.

Mais aussi : Fabio Aru (Astana, ITA, 26 ans) ; Esteban Chaves (Orica-Scott, COL, 27 ans) ; Thibaut Pinot (FDJ, FRA, 27 ans) ; Alejandro Valverde (Movistar Team, ESP, 37 ans).

La bataille pour le maillot vert

Peter Sagan (Bora-Hansgrohe, SVK, 27 ans) : Égalera-t-il Erik Zabel, recordman du nombre de victoires au classement à points ? C’est en tout cas l’ambition du fantasque mais non moins génial coureur slovaque. À seulement 27 ans, l’homme à la gueule d’ange est arrivé par cinq fois avec le maillot vert sur les épaules. Le tout consécutivement. Explosif, rapide, malin ou encore showman, Sagan sera encore à nouveau une des attractions de cette Grande Boucle. Mais avant de peut être le voir en vert, le leader de Bora-Hansgrohe sera remarquable par son maillot arc-en-ciel, celui de champion du monde de course en ligne.

Homme la gueule, Sagan se voit en vert à Paris.

Arnaud Démare (FDJ, FRA, 25 ans) : Champion de course en ligne, lui aussi l’est. Récemment titré sur le championnat de France, Arnaud Démare débarque sur les routes du Tour avec un taux de confiance au summum. Dans un peloton où aucun sprinteur ne se démarque vraiment, c’est sans doute l’année ou jamais pour le Tricolore. Mais au-delà d’une éventuelle victoire finale au classement par points, Démare aura à coeur d’ouvrir son compteur de victoire d’étapes sur le Tour…

Avant de possiblement le voir en vert, Démare sera remarquable par sa tunique bleu-blanc-rouge.

André Greipel (Lotto Soudal, ALL, 34 ans) : Le moins que l’on puisse dire, c’est que le puissant allemand n’en est pas à son coup d’essai. À 34 ans, Greipel participe à son septième Tour de France. Mais le coureur est sur la pente descendante. Auteur d’un Tour d’Italie de piètre qualité, Greipel arrive en France avec peu de certitudes, et semble loin d’être le favori pour le maillot vert. Cependant, l’Allemand débutera ce Tour de France devant son public, à Düsseldorf. De quoi le booster pour les trois semaines suivantes ?

Marc Cavendish (Team Dimension Data, GBR, 32 ans) : « Être au départ ici, c’est déjà une victoire pour moi ». Victime d’une mononucléose, Cavendish a dû renoncer à plusieurs courses cette saison, à tel point que sa participation au Tour était remise en question. Finalement présent, l’homme aux trente victoires sur le Tour dit ne pas être en pleine possession de ses moyens, malgré un regain de forme ces derniers jours. Mais l’ambition d’égaler, voire dépasser, les 34 victoires d’étapes d’Eddy Merckx, pourrait être une motivation supplémentaire pour le sprinteur britannique.

Mais aussi : Marcel Kittel (Quick Step-Floors, ALL, 29 ans) ; Nacer Bouhanni (Cofidis, FRA, 26 ans) ; Alexander Kristoff (Team Katusha Alpecin, NOR, 29 ans) ; John Degenkolb (Trek-Segafredo, ALL, 28 ans).

Les coureurs à suivre de près

Louis Meintjes (UAE Team Emirates, AFS, 25 ans) : Avec le plateau très relevé que propose le Tour de France cette année, difficile de faire la part belle à la nouvelle génération. Et si certains pensent qu’elle tarde à faire ses preuves, les spécialistes aguerris auront les yeux rivés sur le duel annoncé entre Louis Meintjes et Simon Yates pour le maillot blanc. Le Sud-africain part favori de par son expérience accumulée sur les grands tours (8ème l’an passé sur le Tour de France, 10ème de la Vuelta en 2015) mais il est un moins bon rouleur que le britannique.

Simon Yates (Orica-Scott, GBR, 24 ans) : Pour le frère jumeau de Adam Yates, la dynamique est l’inverse de celle de Meintjes. Le britannique de la formation Orica-Scott est un bon rouleur et est plus à l’aise lorsqu’il faut se concentrer sur une course d’un jour ou sur une seule étape. Dans un duel qu’on espère de haute lutte, les deux coureurs n’auront en tout cas rien à perdre et tenteront de prendre les commandes d’une nouvelle génération à la recherche d’un leader de qualité.

Thomas Voeckler (Direct Energie, FRA, 38 ans) : À 38 ans, l’Alsacien d’origine va disputer son dernier Tour de France, et même sa dernière course. S’il a longtemps hésité avec le Tour de Vendée, quoi de plus normal pour lui de finir sur une 15ème participation à cette course qui l’a vu grandir année après année. De ses 10 jours en jaune en 2004 au classement du meilleur grimpeur et sa double victoire d’étapes en 2012, sans oublier sa 4ème place lors de l’édition 2011, Thomas Voeckler aura certainement des souvenirs plein la tête au moment d’aborder la grand-messe de juillet. Mais ne comptez pas sur lui pour réaliser un Tour en roue libre en guise de tournée d’adieu, si l’occasion se présente et que les jambes vont bien, Thomas Voeckler donnera tout ce qu’il a pour aller chercher une étape.

En 2011, Thomas Voeckler avait fait rêvé le monde vélo en portant le maillot jaune durant 10 jours.

Warren Barguil (Team Sunweb, FRA, 26 ans) : Etiqueté comme leader de la relève du cyclisme français, Warren Barguil a connu des jours compliqués après ses débuts prometteurs en 2013. Après son grave accident en janvier 2016, le Breton a dû travailler d’arrache-pied pour retrouver un niveau décent. En 2017, sa 6ème place sur la Flèche wallonne et sa 8ème place sur Paris-Nice constituent des résultats encourageants mais encore trop faibles pour jouer la carte du classement général sur un grand tour. Alors le Français tentera de rallier les Champs-Élysées et vise une victoire d’étape. Si son physique le laisse s’exprimer, ce pourrait être un bon départ avant, pourquoi pas, de venir de nouveau batailler pour le top 5 d’un grand tour.

Mais aussi : Jakob Fugslang (Astana Pro Team, DAN, 32 ans) ; Rafal Majka (Bora-Hansgrohe, POL, 27 ans) ; Greg Van Avermaet (BMC Racing Team, BEL, 32 ans) ; Bauke Mollema (Trek-Segafredo, NED, 30 ans) ; Pierre-Roger Latour (AG2R La Mondiale, FRA, 23 ans).

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