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Vers un journalisme spatialisé

Et si demain, chaque coin de rue pouvait communiquer directement avec vous. Si, à chaque parcelle de bitume, l’ensemble des informations qui sont ou ont été publiées à ce même endroit pouvait décupler la capacité du journaliste à faire encore mieux son travail. Et si on anticipait ?

Il est des moments où notre esprit se met à rêver pour un oui ou pour un non. Une idée vous traverse l’esprit, elle vous paraît folle dans un premier temps et puis vous réalisez que la période dans laquelle vous vivez est encore plus folle que vous. C’est exactement ce qui a dû arriver à bon nombre de journalistes espérant un jour l’avènement d’une société où des milliards de données publiques auraient la capacité d’être épinglées géographiquement dans un espace d’exploration infini. Cet « espace d’exploration » n’est plus un rêve et représente — peut-être — l’un des futurs de la presse.

Quand la réalité rattrape le songe

Concrètement, imaginons la journée type de ce journaliste tourné vers le futur. Avant de réaliser son sujet, ce dernier se lance dans un travail d’enquête. Il se rend sur le lieu d’une information qu’il compte couvrir et se munit de smartglasses qui lui permettent de voir des données géo-localisées autour de lui en réalité augmentée (ce que permet déjà l’application Layar, qui offre la possibilité de regarder en réalité augmentée les tweets et posts Instagram géo-localisés autour de nous). Son premier travail est donc de repérer les différentes traces numériques laissées sur place, pour tenter de recueillir les premiers témoignages.

Cette nouvelle façon de construire son reportage pourrait se révéler encore plus utile lors de couvertures d’événements sensibles. Typiquement, un journaliste se place en tête de cortège d’une manifestation quelconque pour interroger les principaux porte-paroles quand soudain des données quelques centaines de mètres plus bas lui signalent des débordements. Très vite, le voilà sur place pour rendre compte des échauffourées.

Journalisme augmenté

Bien sûr, ces nouvelles dispositions seront à intégrer voire même à digérer mais avec la pratique, il peut paraître évident qu’elles rentreront dans les habitudes de certaines rédactions de pointe. Cette deuxième couche de réalité permettra aux professionnels des médias d’avoir une nouvelle analyse sur l’environnement qui les entoure. En clair, de travailler tel « des archéologues du virtuel, fouillant les strates de données numériques laissées par les autres » d’après les mots du spécialiste des nouvelles cultures numériques Tristan Mendès-France. Il faudra aussi apprendre à ne pas tomber dans le piège des fausses infos géo-localisées. Comme aujourd’hui avec les réseaux sociaux, certains esprits pourraient profiter de ce nouvel espace qui leur est donné pour partager localement de fausses nouvelles (cf : les « no-go zone » de Fox News par exemple). 

Vers plus de proximité

Et si ce genre d’innovations permettait de s’extraire du microcosme parisien tant reproché aux médias aujourd’hui. Si cette avancée n’avait finalement pas plus à gagner chez les titres de PQR (presse quotidienne régionale). 1 Français sur 2 habite dans une ville de moins de 2000 habitants et souhaite savoir ce qu’il se passe au coin de sa rue. C’est pourquoi mettre en place des outils favorisant le journalisme spatialisé en province pourrait permettre un meilleur accès à l’information pour une population qui, souvent, ressent un sentiment de mise à l’écart. 

Proximité également entre lecteurs et journalistes : l’espace physique est devenu petit à petit le lieu de l’écriture virtuelle, c’est comme si le consommateur marchait dans les pas du producteur de l’information. Ils sont passés aux mêmes endroits et ont peut-être fait les mêmes gestes. Autant de caractéristiques qui pourraient permettre de renouer une certaine confiance entre population et journaliste (deuxième métier le plus détesté derrière celui de huissier de justice, rappelons-le). Oulà, peut-être que finalement, je me mets vraiment à rêver.

Harold Grand

Etudiant, utopiste, opiniâtre: rien que ça ? Non un peu radin sur les bords et perfectionniste aussi. Ah oui j’oubliais: surconsommateur de médias, drogué à tout ce qui se lit dans les kiosques, ce qui s’écoute à la radio et forcément ce qui se regarde à la télé. FORCE ET HONNEUR !

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