Sport

Wimbledon ou le jardin secret d’un prince suisse

Après Roland-Garros et sa terre battue, place à Wimbledon et son gazon bien tondu. Déjà couronné à sept reprises sur les courts britanniques, Roger Federer s’avance à nouveau parmi les favoris de la quinzaine. L’occasion pour Divague de revenir sur la belle histoire qui lie le tournoi londonien au joueur suisse, devenu prince sur les territoires de Sa Majesté.

Roger Federer au sol. Voilà l’une des dernières images que l’on a du maestro suisse sur le circuit ATP en 2016. Allongé contre l’herbe sur le Centre Court de Wimbledon qui lui a apporté tant de succès par le passé. Touché physiquement, Federer rendra les armes quelques minutes plus tard, usé par les ogives répétées de Milos Raonic. Son dos grince et son genou est encore douloureux suite à l’opération de son ménisque début 2016. Federer décide alors de tirer un trait sur le reste de la saison. Une décision difficile à prendre mais qui s’avérera judicieuse quand on connaît le début d’exercice 2017 de l’ancien numéro un mondial.

Après avoir zappé la saison de terre battue, Roger Federer est réapparu sur les courts à Stuttgart, puis à Halle, pour entamer son cycle vert avec en ligne de mire Wimbledon, son objectif affiché cette saison. Là-bas il vise une huitième couronne. Ce qui ferait de lui le joueur le plus titré du tournoi. Un tournoi particulier pour l’Helvète, qui y a connu quelques-uns des plus grands moments de sa carrière. Retour sur cette histoire d’amour qui dure depuis 1999.

1999 : le coup d’essai

 

Au crépuscule du XXème siècle, le jeune Roger Federer (17 ans) se présente sur les courts du All-England Club, des rêves plein la tête. C’est ici même qu’il a triomphé chez les Juniors l’an passé. Il aspire à en faire de même sur le circuit principal dans les années à venir. Après son baptême en Grand Chelem à Roland Garros, Federer dispute son premier match chez les grands à Wimbledon. Face à Jiri Novak, il vend chèrement sa peau et ne rend les armes qu’après une lutte en cinq sets. Le public anglais ne le sait pas encore, mais il devra bientôt s’habituer à voir évoluer le jeune virtuose sur l’herbe londonienne.

2001 : l’acte fondateur

 

Après un nouvel échec au premier tour en 2000, Roger Federer souhaite rectifier le tir. Il est désormais 15ème mondial et a remporté en début d’année son premier tournoi ATP à Milan. En 8èmes de finale se dresse face à lui Pete Sampras. L’Américain de 29 ans n’est plus le patron incontesté du circuit qu’il était, mais avec sept titres au compteur, il reste la référence sur gazon. Le match se joue sur des détails, et au terme d’un combat âpre en cinq manches, le Suisse s’impose face l’une de ses idoles d’enfance. Le prétendant Federer fait tomber le roi Sampras, invaincu à Wimbledon depuis 1996.

Submergé par l’émotion Federer laisse couler quelques larmes sur son visage juvénile. En sortant du court, il manque presque de saluer le box royal. Aujourd’hui il paraît aisé de voir en ce match le théâtre d’une passation de pouvoir entre ces deux légendes. Impossible à l’époque de savoir qu’il s’agirait de l’unique rencontre entre ces deux joueurs. Au tour suivant Federer s’inclinera contre le local Tim Henman mais l’essentiel est ailleurs. Il a pris rendez-vous avec l’avenir.


2003-2007 : le règne du Maître

 

L’année 2003 marque le début du règne sans partage de Federer sur Wimbledon (et bientôt sur le circuit mondial) jusqu’en 2007. Pour sa première finale en Grand Chelem, Federer ne se défile pas et écrit le premier chapitre majeur de sa carrière. Après trois sets il s’agenouille et remporte face à Mark Philippoussis son premier titre du Grand Chelem. Le premier d’une longue série.

Les quatre éditions suivantes tomberont également dans la besace du Bâlois. Andy Roddick et Rafael Nadal, par deux fois chacun, verront le Suisse brandir le trophée doré sous leurs yeux. Non sans le pousser dans ses retranchements par moments. En 2004 le bombardier américain Andy Roddick remporte le premier set d’une finale qui sera interrompue à plusieurs reprises par la pluie. Les mauvaises langues diront que Federer a bénéficié de ces multiples arrêts de jeu pour faire basculer la finale. Nul ne sait comment le match aurait tourné sans ces temps morts. Le Suisse revient à égalité dans un deuxième set décousu puis s’impose finalement en quatre manches.

En 2005 et en 2006 la tornade suisse ne laisse filer qu’un set dans chaque édition. L’année d’après il dispute une cinquième finale de rang et s’impose face à Rafael Nadal, qui le pousse dans une lutte en cinq sets. Encore une fois « Fed » s’en sort. Cinq trophées de suite pour Federer dans son jardin anglais. Le Suisse est au sommet du tennis mondial. En 2008 il visera la passe de six, histoire de marquer un peu plus l’Histoire.


2008 : le choc des titans

 

Finale de Wimbledon 2008. Federer-Nadal, 18ème du nom. Certains disent qu’il s’agit du plus grand match joué à Wimbledon. D’autres parlent même du plus grand match de l’histoire de ce sport. Difficile de classer objectivement cette rencontre mais il est certain qu’elle fait partie du panthéon tennistique. 4h48 de jeu. Cinq sets. Trois interruptions dues à la pluie. Une dramaturgie folle. Et un dénouement dans la pénombre londonienne.

Mené deux sets à rien, le Suisse trouve les ressources pour égaliser après un quatrième set conclu par un tie-break d’anthologie. Les deux hommes sont alors au sommet de leur art. Nadal se procure deux balles de match. Federer les écarte avec maestria avant de boucler la manche. On aurait pu croire Nadal touché et ayant laissé passer sa chance. Dans l’ultime acte de cette finale, Federer se procure une balle de break à 4-3 en sa faveur. Autant dire quasiment une balle de sacre. Mais l’Espagnol est fait d’un bois rare. Celui qui distingue les légendes des simples champions. Il écarte la menace et sauve son service. Le vent a tourné. Après un cinquième set serré au possible, Federer laisse échapper sa mise en jeu à 7-7. Quelques minutes plus tard, un dernier coup droit helvète dans le filet et le jeune Majorquin s’écroule sur l’herbe.

6-4 6-4 6-7 6-7 9-7. Rafael Nadal vient de commettre un crime de lèse-majesté. Invaincu sur gazon depuis 65 rencontres (un autre record federien) Roger Federer laisse à son meilleur ennemi le plaisir de soulever le Wimbledon Trophy pour la première fois de sa carrière. Si les observateurs s’extasient devant la qualité du match, Federer lui ne retient qu’une seule chose : la défaite. En conférence de presse il apparait abattu. « Ici c’est le désastre » laisse-il échapper. Le Suisse qualifiera même cette défaite comme « la plus dure de sa carrière ».


2009 : la reconquête

 

Meurtri dans sa chair après son revers en 2008, déchu à la mi-août de la même année de son trône de numéro 1 mondial (sur lequel il siégeait sans discontinuer depuis le 2 février 2004) c’est un Federer en reconquête qui se présente sur l’herbe anglaise. Mais il arrive également l’esprit libéré suite à sa première victoire à Roland Garros. Grand Chelem en carrière bouclé, record du nombre de titres du Grand Chelem égalé (14, comme Pete Sampras), la virée parisienne aura été fructueuse.

Sur les courts londoniens Roger Federer parvient pour la septième fois consécutive en finale du tournoi. Il y retrouve pour la troisième fois Andy Roddick. Les deux hommes offrent au public un match intense qui s’achèvera en cinq sets sur le score de 16-14. Jamais Roddick n’aura été si proche de faire tomber son rival suisse sur le gazon de Wimbledon. À plusieurs reprises « Rodger » aura été sur le fil du rasoir face à un Roddick servant l’acier. Le canonnier d’Omaha doit encore cauchemarder de cette volée de revers manquée à 6-3 en sa faveur dans le tie-break du deuxième set alors qu’il menait une manche à rien. À deux sets zéro, l’affaire aurait  sans doute été différente pour Federer. Une fois de plus il parvient à faire basculer la rencontre de son côté.

Impeccable tout au long de la rencontre au service, Roddick lâche son engagement pour la première fois du match à 14-15. Un coup droit boisé qui s’envole dans les cieux et Federer peut décoller lui aussi. Sous les yeux de Pete Sampras en personne, il brise son record en Grand Chelem avec une quinzième victoire de prestige. Désormais Federer est seul dans sa galaxie (Nadal le rejoindra dans le club des quinze en 2017 après son dixième succès à Roland-Garros).

©Clive Brunskill (Getty Images)


2012 : le 7ème ciel

 

Après deux campagnes londoniennes infructueuses stoppées en quarts de finale, respectivement par Tomas Berdych (2010) et Jo-Wilfried Tsonga (2011), Roger Federer est toujours à la recherche d’une septième couronne sur herbe. Un septième sacre qui serait synonyme de record partagé avec Pete Sampras. Au troisième tour, Federer n’est pas loin du précipice. Mené deux sets à rien par le Français Julien Benneteau, il s’en tire finalement en cinq sets. Après avoir éliminé le numéro 1 mondial Novak Djokovic en demi-finale, il s’offre le scalp du chouchou du public britannique, Andy Murray, en quatre manches sous le toit du Centre Court. Devant ses filles jumelles âgées de presque trois ans, Federer remporte son septième trophée à Londres, le premier en tant que père. L’offensif joueur suisse reprend par la même occasion la place de numéro un mondial. Le triomphe est total.

2013 : la chute du Maestro

 

En ce 26 juin 2013, c’est un véritable tremblement de terre qui secoue les travées de Wimbledon. Le tenant du titre Roger Federer est éjecté du tournoi dès le deuxième tour. L’Ukrainien Sergiy Stakhovsky, auteur d’une performance offensive de premier plan ce jour-là, réussit l’exploit de sa carrière. C’est la fin de nombreuses séries records pour le Suisse. Il n’avait pas manqué un quart de finale d’un tournoi du Grand Chelem depuis Roland-Garros en 2004 (!), soit 36 quarts de finale consécutifs (record absolu). À Wimbledon il n’avait pas perdu aussi tôt dans la compétition depuis 2002. Une autre époque. Cette défaite est un véritable coup d’arrêt pour Federer et symbolise parfaitement cette année 2013 cauchemardesque, marquée par une blessure récurrente au dos.

Après deux nouvelles finales perdues (2014 et 2015) face à Novak Djokovic, devenu entre temps le nouveau patron du circuit, et un échec en demi-finale l’an dernier face à Milos Raonic, Roger Federer revient à Wimbledon pour la dix-neuvième fois de sa carrière. Le Maestro lorgne un huitième succès outre-Manche. Ce serait historique.

Mais au-delà des chiffres, Roger Federer a surtout su conquérir le coeur de Wimbledon (et de bon nombre de fans de tennis). Difficile de trouver un adversaire qui bénéfice du soutien populaire, si ce n’est les joueurs britanniques (et encore …), lors de ses rencontres. Par son style de jeu, son élégance sur et en dehors des courts, et ses résultats, Federer a bâti sa légende sur une herbe qui l’a consacré prince d’Angleterre. Avec un huitième titre il en deviendrait l’unique roi.

0 Comments

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Scroll Up