Portraits

Yves Meyer : la France a une incroyable intelligence

Le mathématicien Yves Meyer s’est vu remettre le vingt-et-un mars le prix ultime pour un scientifique, l’équivalent du prix Nobel : le prix Abel. Retour avec Divague sur un triomphe français et éclairage de lanternes sur la théorie des ondelettes.

Un véritable cerveau sur pattes

Yves Meyer naît à Tunis en 1939 et très tôt, il développe un attrait particulier pour les matières scientifiques. Au lycée, il est lauréat du concours général de grec et de mathématiques. S’en suit très naturellement un parcours des plus impressionnants. Il est reçu à l’École Normale Supérieure et est major de promotion à l’agrégation de mathématiques. Il est reçu à l’Académie des Sciences en 1993 et nommé membre à l’Institut universitaire de France en 1991. Mais il est aussi professeur : à l’École Polytechnique de 1980 à 1986, au CEREMADE jusque 1995 et à l’ENS Cachan. Il est alors décrit par ses paires comme « un nomade intellectuel ».

Yves Meyer recevant un de ses prestigieux prix

Formellement à la retraite mais toujours membre associé du centre de mathématiques et de leurs applications à l’ENS Cachan, Yves Meyer est le quatrième français à recevoir le prix Abel depuis la création de ce dernier en 2003. Complètement étonné et bouleversé à l’annonce de sa nomination, Yves Meyer a pourtant derrière lui un chemin couronné de succès qui ferait pâlir plus d’un scientifique : le prix Salem en 1970, le prix Carrière en 1972, le Grand prix de l’Académie des Sciences en 1984 et enfin le prix Carl-Friedrich-Gauss au congrès international des mathématiciens en 2010.

Une autre photographie, un autre prix : la renommée d’Yves Meyer était grande avant le prix Abel

L’ensemble de la communauté scientifique est tombée d’accord sur cette attribution du prix à Yves Meyer : en tant que scientifique visionnaire, il a su créer et animer une communauté et incarner le chaînon manquant entre mathématiques pures et mathématiques appliquées en démontrant que des problèmes mathématiques extrêmement théoriques pouvaient connaître des adaptations dans la situation réelle la plus banale qui soit.

La théorie des ondelettes : mystère et boules de gomme

 

La théorie des ondelettes est la recherche majeure d’Yves Meyer, celle à laquelle il a consacré sa vie. Il forge cette théorie en 1985, quand il perçoit le lien entre les travaux de Jean Morlet, d’Alex Grossman, scientifiques et les théories mathématiques qu’il connaît très bien ainsi que l’impact des « méthodes d’ondelettes » sur l’ensemble de l’analyse harmonique. Tout au long de sa carrière, Yves Meyer va démontrer, généraliser et étendre la pertinence des décompositions en ondelettes qui vont permettre des échanges fructueux entre de nombreuses communautés scientifiques.

Le scientifique en pleine conférence sur la théorie des ondelettes au CNRS

Le scientifique est surnommé le « père du JPEG », cette norme de compression d’images fondé depuis 2000 sur les ondelettes. Car les ondelettes sont présentes partout : c’est une sorte de brève vibration qui apparaît et oscille. Il a formalisé le dispositif pour le stabiliser. Cette théorie des ondelettes est présente absolument partout autour de nous, c’est pour cela que les travaux d’Yves Meyer sont si cruciaux : on retrouve par exemple les ondelettes dans la gestion du bruit ou certains procédés cinématographiques.

D’autres projets brillants et révolutionnaires

 

La popularité d’Yves Meyer a explosé lorsqu’il a été annoncé que ce dernier avait décroché le prix Abel, mais l’homme jouissait déjà d’une solide réputation dans son milieu. Si il a travaillé durant toute sa carrière sur la théorie des ondelettes, Yves Meyer a accordé une place importante à d‘autres projets brillants et novateurs, comme celui des pavages de Penrose.

Ce sujet d’étude, plutôt célèbre dans le milieu scientifique, a été étudié par Yves Meyer. Ses recherches ont été tellement fructueuses du point de vue du signal qu’elles ont permis à Daniel Shechtman de décrocher le prix Nobel de chimie en 2011. Nous devons aussi au scientifique renommé plusieurs contributions majeures en matière d’équations aux dérivées partielles.

La diversité de l’ensemble des contributions d’Yves Meyer est révélatrice de sa façon d’aborder la recherche et de sa vision transdisciplinaire des problèmes et théories scientifiques. Trêve de théories, Yves Meyer est surtout connu dans sa communauté pour être extrêmement généreux. C’est sans doute de là que lui vient la passion d’enseigner, de transmettre ses connaissances et de discuter des théories qui le fascinent, comme celle des ondelettes. Il donne son temps sans compter pour assister les jeunes chercheurs et leur assurer la réussite, tout en s’effaçant pour ne pas faire d’ombre aux talents de demain.

Manon Capelle

Véritable cœur d'artichaut qu'un caillou qui a l'air triste ferait pleurer, je suis aussi le genre de fille qui aime rêvasser la tête à l'envers sur le canapé et acheter des tasses à thé de toutes les couleurs parce que c'est joli. Je suis passionnée par l'histoire sous toutes ses formes, par les saveurs du thé, j'aime les anecdotes rigolotes qui ne servent à rien, les voyages où l'on ne fait que contempler ce qui nous passe sous le nez, et les boucles d'oreilles (ma petite addiction personnelle). Plus sérieusement, je suis étudiante en lettres modernes et en journalisme à l'Académie de l'ESJ, et je suis bien déterminée à prouver à la face du monde que l'info, c'est aussi de la légèreté.

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